‹ L'IdyLLE DES CERISESChapitre 10 sur 18 · EE DINER · texte numérisé non relu

EE DINER

Arrivés à Toune, et mot bien séché, nous déjeunâmes. Enouite il fallut procéder à l’importante affaire de préparer le dîner. Les deux demoiselles, tout en cuisinant, baisoient de tems en lems les enfans de la grangère,, el le pauvre marmilon regardoit faire en rongeant son frein. On avoit envoyé des provisions de la ville, et il y avoit de quot faire un très bon dîner, surtout en friandises ; mais malheureusement on avoit oublié du vin. Cet oubli n'étoit pas étonnant pour des filles qui n’en buvoient guère : mais j'en fus fâché, car j'avois un peu compté sur ce secours pour m'enbardir. Elles en furent fâchées aussi, par la même raison peut-être, mais je n'en crois rien. Leur gaielé vive el charmante éloit l'innocence même ; et d'ailleurs qu'eusoent-elles fait de moi entre elles deux ? Elles envoyèrent chercher du vin partout aux environs, on n'en trouva point, tant les paysans de ce canton sont sobres el pauvres. Comme

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elles m'en marquoient leur chagrin, je leur dis de

n'en pas être si fort en peine, et qu’elles n’avoient pas

besoin de vin pour m’enivrer. Ce fut la seule galanterie

que j'osai leur dire de la journée ; mais je crois que

les friponnes voyotent de reste que cette galanterie étoit P y

une vérilé.

Nous dinâmes dans la cuisine de la grangère, les deux amies assises sur des bancs aux deux côtés de la longue table, et leur hôte entre elles deux sur une esca-

belle à trois pieds. Quel diner ! quel souvenir plein de

p q p charmes ! Comment, pouvant à si peu de frais goûter des plaisirs si purs et si vrais, vouloir en rechercher d’autres ? Jamais souper des petites maisons de Partis

per des p n’approcha de ce repas, je ne dis pas seulement pour la gaielé, pour la douce joie, mais je dis pour la sensualité.

Le vieux château de Toune, cité par Rousseau, appartenant à M" Galley, était, en réalité, une simple maison forte ou gentilhommière, bâtie ou restaurée vers la fin du xvi siècle, située à 25 minutes de Thônes, sur un coteau qui domine la rive gauche du Nom, affluent du Fier, au pied du Mont Colomban, au lieu dit La Tour, dépendant du hameau de Glapigny.

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