EE LA CUEILLETTE
Le tableau en question est une peinture à l'huile sur panneau de bois de 1 mètre de hauteur sur 1 m. 15 de large, non signée, mais que l’on peut faire remonter à la fin du xvni° siècle, d’après sa facture et son encadrement. Le sujet est une reproduction de la gouache de Baudouin, intitulée « Les Cerises » et vulgarisée par une gravure de N. Ponce.
Du sommet d’une échelle appuyée contre un cerisier, un Jeune homme jette un bouquet de cerises à une Jeune fille debout au pied de l’arbre, qui tend son tablier pour les recevoir. Près d'elle, une autre jeune fille est occupée à remplir un panier de cerises ; un mulet chargé de fruits, des moutons et un chien complètent la scène.
Ainsi donc, dans la famille même de Claudine Galley, à la fin du xvur siècle, et peu de temps peut-être après la publication des Confessions, on avait tenu à rappeler la scène du cerisier.
Et puis, pourquoi douter ? Le récit de Rousseau semble si bien s'adapter au temps, aux lieux et aux coutumes.
Aujourd'hui encore, dans cette vallée de Thônes, pendant les tièdes journées de Juillet, quand les
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cerises noires sont mûres, des scènes semblables se renouvellent sans doute...
Dans le mystère des branches vertes, des jeunes gens font quelquefois les mêmes gestes ..., mais ce n’est plus Rousseau qui est sur le cerisier !
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La journée se passa de celte sorte à folâtrer avec la plus grande liberté, el toujours avec la plus grande décence. Pasun seul mot équivoque, pas uneseule plaisanterie hasardée ; el celte décence, nous ne nous l’imposions point du tout, elle venoit toute seule, nous prenions Le ton que nous donnotent nos cœurs. Enfin ma modestie, d'autres diront ma sottise, fut telle, que la plus grande privauté qui m'échappa fut de baiser une seule fois la main de Mlle Galley. Il estvrai que la circonstance donnoil Ou prix à celte légère faveur. Nous étions seuls, je resptrois avec embarras, elleavoit les yeux baissés. Ma bouche, au lieu de trouver des paroles, s'avisa de se coller sur sa main, qu’elle retira doucement après qu'elle fut baisée, en me regardant d'un air qui n’étoit point irrité. Je ne sais ce que j'aurois pu lui dire : son amie entra, el me parut laide en ce moment.
Enfin elles se souvinrent qu'il ne falloit vas attendre
€ PE mens je 48 L'IDYLLE DES CERISES
la nuit pour rentrer en ville. Il ne nous resltoit que le lems qu'il falloit pour arriver de jour, et nous nous. hâlâmes de partir en nous distribuant comme nous étions venu. Si j'avois osé, j'aurois lranapodé cet ordre ; car le regard de Mlle Galley m'avoit vivement ému le cœur ; mais je n'odois rien dire, el ce n'étoit pas à elle de le proposer. En marchant nous disions que la journée avoil tort de finir, mais, loin de nous plainore qu'elle eût été courte, nous lrouvâämes que nous avions eu le secret de la faire longue, par tous les amusemens à dont nouS avions su la remplir.
Je les quillai à peu près au même endroit où elles m'avoient pris. Avec quels regrels nous nous séparâmes ! Avec quel plaisir nons projetâmes de nous revoir ! Douze heures passées ensemble nous valoient des viècles de familiarité. Le doux souvenir de cette journée ne coûloil rien à ces aimables filles; la tendre union qui régnoit entre nous trois valoit des plaisirs plus vifs, et n'eûl pu subaister avec eux : nous nous aimions sans myalère el sans honte, et nous voulions nous aimer tou- Jours aindt. L’innocence des mœurs à sa volupté, qui vaul bien l'autre, parce qu'elle n’a point d'intervalle et qu'elle agit continuellement. Pour mot, je sais que la mémoire d'un si beau jour me touche plus, me charme