VERS POUR ETRE CHANTES
Je chante celle là qui, comme une hirondelle, Dès les premiers rayons du chaud soleil d'été. Etait venue, un beau matin, d'un grand coup d'aile, Avec le rameau vert de l'amour enchanté.
Je chante celle là qui, comme une hirondelle, Dès les premiers frissons des lugubres hivers. S'est envolée, un soir morose, oh ! l'infidèle. Pour chercher des pays toujours fleuris et verts.
76 L'Idylle éUnielh
C'est l'heure des mélancolies,
Et vos pâleurs Suprêmes sont encor pâlies,
Dernières fleurs.
Combien aussi de rêves roses
Se flétriront!
Renaîtront-ils, lorsque les roses
Refleuriront ?
Le vieux soleil découragé A perdu ses ardeurs bénies Et l'air s'est de neige chargé.
Les feuilles sont partout jaunies .
Et, le soir, les soleils couchants Ont des tristesses infinies.
Les bois, les plaines et les champs Se revêtent d'un manteau sombre, Et sont pleins de détails touchants.
La nature rêveuse s'ombre De tons pensifs et somnolents.
Tristes pensers naissent sans nombre.
Et dans les promenoirs dolents
Où l'âme s'arrête assombrie.
On sent errer, vague, à pas lents.
L'inconsolable Rêverie.
U Idylle éternelle 79
Il faut perdre cette maîtresse, Oh ! si traîtresse, Qui comme un rêve bleu n'aura fait que passer,
Il faut pleurer cette amoureuse .
Si savoureuse Lorsque sa bouche en fleur s'ouvrait pour un baiser.
Elle était toute parfumée, La bien aimée.
Des senteurs de l'avril qui commence à pousser.
8o L'Idylle éternelle
Je sens une angoisse mortelle :
Nous aimait-elle, Celle dont l'amour put si vite se glacer ?
N'étaient-ce que paroles vaines, Ou, dans ses veines, Circulait-il un feu qui sut trop s'apaiser?
Aux premiers froids, cette hirondelle Trop infidèle Sur un autre arbre en fleurs vole pour se poser.
L'Idylle ètenielle
Dans la plaine,
Une voix jolie Chante, pleine
De mélancolie,
Un air lent,
Un air éploré.
Rappelant
L'amour expiré.
82 L'Idylle étemelle
Et l'on songe
Aux amours anciennes, O mensonge !
Si musiciennes,
Aux aimés,
Aux rêves défunts Parfumés
De tant de parfums.
LlâyJle HertieUc 83
C'est donc fini. Tout ce beau rêve N'est plus qu'un beau rêve envolé.
Oh ! je sens mon cœur désolé Et peu s'en faut qu'il ne se crève.
Aimer toujours ! Souffrir sans trêve !
O mon amour inviolé,
Pour cet hiver, reste isolé ;
Il faut, vois-tu, te mettre en grève.
Sous mes cils perlent quelques pleurs, Et ce sont là les seules fleurs Que, cet automne, tu recueilles.
Le rameau s'est étiolé,
L'arbre n'a plus bientôt de feuilles
Et l'oiseau s'est vite envolé.
L'Idylle étemelle 85
Rappelle-toi, mon cœur, ce matin de Printemps
Où la chère maîtresse Faisait fleurir en toi des rêves éclatants
Pleins d'amour et d'ivresse.
Rappelle-toi, mon cœur, la belle nuit d'Été, Où, dans mes bras captive,
Je craignais de meurtrir, follement emporté, L'exquise sensitive.
Les Printemps sont passés et les Étés sont morts.
Rien ne reste plus d'elle.
Faudra-t-il donc toujours, ô cœur plein de remords,
Aimer cette infidèle ?
86 L'IdyîU êlenielU
Chère infidèle, tu me sèvres De baisers depuis bien longtemps.
Oh i je voudrais, lèvres sur lèvres, Te redire les mots chantants.
Je sens ma pauvre âme mordue Par le cruel besoin d'aimer.
Oh ! je voudrais, trop tôt perdue !
Dans tes bras encor me pâmer.
Sentir encor, dans nos caresses, Le parfum de ton corps subtil.
Au moins les anciennes ivresses.
T'en souvient-il, t'en souvient-il?
Lorsque le printemps nous rapportera Le nouveau soleil et les primeroses, Plus d'une hirondelle alors reviendra, O mon pauvre cœur, et l'on oubliera Les mornes saisons, les saisons moroses.
Sera-ce toujours, ô cœur trop subtil,
La même hirondelle aux ailes si blanches ?
QjLi'importe, l'amour nous revient d'exil
Et j'entends déjà la chanson d'avril
Qiii chante joyeuse à travers les branches.