A GEORGES MILLET
Mon cher ami, je rêve au temps Où nous aurons des barbes blanches.
Combien iVètès et de printemps Auront fait refleurir les branches !
Oh ! que de rêves envolés !
Que de choses nous aurons vues Que de lumineuses bévues, Et que d\vnours inconsolés !
^6 L'Idylle èkriielle
Que de glorieuses lubies !
Que d'échecs terribles soufferts !
D'épreuves vaillamnieut subies Et de chûtes dans les enfers !
Malgré la lutte et les années lu seras re^té droit et fier.
Et dans tes strophes déchaînées Revivra le rêve dîner.
Un beau jour, mon vieux frère d'armes, J'arriverai dans ton logis, Les yeux consumés par les larmes, Les yeux par le travail rougis.
J'arriverai, mettons de Nîmes, T>e Qu imper ou de 'Briançon, Appoitant de nouvelles rimes Et toujours la même chanson.
L'Idylle élenielU 97
Et nous ne saurons que nous dire,
Dépaysés et trop joyeux,
Si ce n'est, avec un sourire
Tout ému, ces seuls mots : C\Con vieux !
Nous serons de pauvres vieux certe, T)e pauvres vieux moroses, mais De ceux là dont nul ne déserte Et qui restent sur les sommets,
Xous serons brisés par les luîtes El nullement comblés d'honneurs.
Et les oublieuses minutes Auront trop pesé sur nos coeurs.
Le bonheur nous sera rebelle.
Mais notre part sera pourtant La plus superbe et la plus belle.
Noire sort le plus éclalaut.
98 VIdyîle étemelle
Nous serons vieux, nous serons tristes, Mais calmes, apaisés enfin, Mais nous serons de grands artistes.
S'il m ment, mon espoir divin !
Nous saurons dompter les Chimères, Nous saurons les grandes saveurs De toutes les choses amères Si douces pour les vieux rêveurs.
Tout ce que nos mains sûres d'elles Toucheront, sera transformé.
Notre œuvre immense à grands coups d'ailes Volera dans l'air enfiammé.
Cela vaut que Von se dépense Et que Von n'ait jamais fléchi !
Nous aurons notre récompense Quand nos cheveux auront blanchi.