‹ L'Idylle éternelleChapitre 4 sur 38 · LA PETITE REINE · texte numérisé non relu

LA PETITE REINE

Vous avez l'air vainqueur d'une petite reine, Reine des cœurs, ma chère âme ! De très grands Rois ' Adoreraient ce rire argentin qui s'égrène, Ce front impérieux et timide à la fois.

Je vous habillerais toute de mousselines Blanches, si j'étais Roi ; les Lys purs et glacés De royales blancheurs n'auraient jamais assez, Ni les Cygnes, ni les Aubes, ni les Hermines.

lo L'Idylle êUnielle

A vos seins adorés que j'aimerais sans fin, Des marguerites, des muguets, des roses pâles. Sur votre front charmant, le diadème fin En dentelle d'argent tout constellé d'opales.

Dans le fauteuil royal aux solennels blasons, Inconfortable et dur, votre grâce craintive S'inclinerait, rêvant à de vieilles chansons Et, dans cet apparat incommode, captive.

Voilà le cadre exquis que vous donnent mes vœux, O ma charmante, ô ma divine souveraine ! Si j'étais un grand Roi, vous me diriez : « Je veux ! » Vous avez l'air vainqueur d'une petite reine.

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Vldylle ètenielïe

Reprise du même motif

Vous avez l'air vainqueur d'une petite reine.

De très grands Rois Adoreraient ce rire argentin qui s'égrène, Ce front impérieux et timide à la fois.

Je vous habillerais toute de mousselines Blanches, d'hermines !

12 L'Idylle étemelle

Vos cheveux ondulés se crespent, exigeant,

Comme au temps où le grand Ronsard chantait sans cesse

Une princesse, Le petit diadème en dentelle d'argent.

Des marguerites, des muguets, des roses pâles Et des opales !

Voilà le cadre exquis que vous donnent mes vœux.

En souveraine, Si j'étais un grand Roi, vous me diriez : « Je veux ! » Vous avez l'air vainqueur d'une petite reine.

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r AIMEE

Quand, après l'exquise journée Qui n'aura pas de lendemain, L'heure du départ fut sonnée, Je ne t'ai pas tendu la main.

La nuit tombait, la nuit profonde ; Les contours flottaient indécis.

Mes yeux de larmes obscurcis Ne voyaient plus ta tête blonde.

Peut-être eu tes yeux passait-il Un regret qui s'envola vite Ou l'angoisse étrange et subite D'un rêve doux, triste et subtil.

Dans la grande mélancolie De cette belle nuit d'été, Je n'aurai pas même emporté Leur expression affaiblie.

Tristes jusqu'à la mort, les cieux Etaient pleins dans la nuit profonde De rêves défunts, et mes yeux Ne voyaient plus ta tête blonde.

L'Idylle èlerneïU'

Ce qui m'a mis au fond de Tàme Tant d'angoisse et tant de douceur, C'est ta grâce troublante, ô femme Encore enfant, presque une sœur;

C'est ta tristesse habituelle Qui parfois, rêveuse, sourit, Et ta tête spirituelle Sans que tu fasses de l'esprit ;

Ta voix douce, ta tête blonde Et tes fins cheveux crespelés.

Tes yeux qu'une lueur profonde Emplit de rêves êioilês.

i6 L'Idylle élerneJle

O charme exquis d'un pur visage !

Toujours, toujours, je te revois Dans l'adorable paysage, Et j'entends le son de ta voix.

Mais tu n'as pas compris, sans doute, Et tu ne penses plus à moi.

J'ai repris la banale route, Et je n'emportais rien de toi.

Ah ! ce serait si douce chose

De garder, même sans espoir,

Ce rêve, fleur craintive, éclose

Aux premiers jours d'automne, un soir.

J'ai peur que dans l'oubli funeste Mon pauvre amour n'aille sombrer.

Mais j'ai peur aussi qu'il ne reste Dans mon cœur, pour le torturer.

Et pourtant, par cette soirée Qui les rendait presque pensifs, Dans l'ombre vague des massifs De mille étoiles éclairée.

Parmi l'universel émoi Que nous versait la nuit lassée, Je t'ai pris toute ta pensée :

Un moment tu vécus par moi.

Des songes lents planaient dans l'ombre

Mystérieuse de ce soir,

Et Ton était allé s'asseoir

Au jardin, sous le grand ciel sombre.

i8 V Idylh éternelle

Un infini besoin d'aimer

Nous donnait l'angoisse profonde,

Et tes yeux bleus, chère enfant blonde,

Par instants semblaient s'allumer.

C'était l'heure des rêveries Où tremblent des regrets charmants, C'était l'heure, ô rares moments !

Des délicates causeries.

Je parlais des maîtres rêveurs Dont les rimes enchanteresses Savent donner tant de caresses Aux inoubliables saveurs.

Je parlais des divins poètes Qui, dans leurs exquises chansons.

Font passer de si doux frissons Et tant de larmes inquiètes

L'IdxJle ètenieUe

1rs

Je disais que tous ces vainqueui Sont des âmes mélancoliques Et que des rêves idylliques Pleurent toujours en ces grands* cœurs.

Je disais que tous ces artistes Semblent toujours, ivres d'azur, Chercher quelque chose d'obscur QjLii les pâlit et les rend tristes.

Je disais ces choses. J'étais Sans nul doute bien ridicule Dans cet immense crépuscule, Et, pensive, tu m'écoutais.

O minute trop tôt passée, O cher souvenir ! un moment Je t'ai pris tout ton cœur charmant Je t'ai pris toute ta pensée.

C'était pour toi, l'as-tu su voir, Que je disais toutes ces choses.

O chère blonde aux lèvres roses, L'as-tu compris ? — Qui peut savoir

Les rêves pleins d'ardentes fièvres Envolés dans l'azur sans fin, Quand le soir met, le soir divin, Des baisers à toutes les lèvres ?

/ 'Idylle t'ienu'llc

Trois OLi quatre ans se sont passés 1 Vous étiez une enfant encore Et nous déjà les insensés Qu'un espoir surhumain dévore.

Nous voulions les grands horizons Traversés d'immenses raûUes, Les extases, les grands frissons Et les passions triomphales.

Oh ! les rêves que Ton rêvait, — Sans voir que, tout près, si gracile, Une petite fleur avait L'odeur exquise de ridyilc.

L Idylle èUrnelU

Nous emportions là bas, au fond Des campagnes et des bois mêmes, Notre rêve vaste et profond Et nos projets de grands poëmes.

Et la maison, sous les lilas, Qii'on nous avait abandonnée, Retentissait des grands éclats De notre voix désordonnée.

Vous, dont les yeux sous les cils d'or Ont des pudeurs de sensitive, En ce temps là, trop jeune encor, Vous n'étiez pas aussi craintive.

Malgré les frémissements fous Des rimes prises au passage, Vous veniez broder près de nous En petite femme bien sage.

Et parfois émue, écoulant Les strophes nouvelles écloses, Vous vous arrêtiez un instant Pour songer à toutes ces choses.

Notre flamme vous ravissait Et vous vous étonniez d'entendre Le vers nombreux qui bruissait Triste ou joyeux, superbe ou tendre ;

Vous admiriez naïvement

Le poète dans le poème,

— Et c'est peut-être à ce moment

Qu'il eût fallu dire : Je t'aime!

L'JdvVe êlenielk

Après si longtemps!.. Un étrange Eblouissement m'est venu !

C'était toi, mon pauvre cher ange, Et tu ne m'as pas reconnu.

Je ne retrouvais plus mon rêve.

Moi non plus, et tu n'étais pas La vision e.^quise et brève Qlic j'appelle souvent tout bas.

Ah I bien exquise et bien troublante Cependant ! plus belle cent fois Q.ue l'autre, celle-là qui chante En mon cœur depuis tant de mois.

L'Idylk êleniclk

Pourtant! faut-il qu'il recommence Cet amour qui n'a pas cessé?

Ce serait nouvelle démence, Et nouvel espoir insensé !

O chère âme, qu'un autre t'aime Puisqu'à mes yeux irrésolus Tu n'es plus tout à fait la même.

Et que tu ne me connais plus I

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