‹ L'idylle vénitienneChapitre 18 sur 39 · AMOR] ET DOLOR · texte numérisé non relu

AMOR] ET DOLOR

Du haut du clocher de Saint-Marc, la foule, sur la Piazza, ressemble à l'ombre d'un nuage qui passe.

Le cri des bateaux à vapeur n'arrive plus jusqu'à nous.

Rien ne gêne tes yeux, à présent, ni ne harcèle tes oreilles...

AMORI ET DOLOR1 6l

Accoude-toi à la balustrade ; mets ton front dans ta main...

D'ici, l'on voit les morts renaître!

Regarde !

Wagner revient du Lido, en gondole, sa tête lourde sur les genoux de Cosima... Musset, au café Florian, mêle des pleurs à son sorbetto... Pâle et tragique, Byron, en spencer gris, quitte le palais Mocenigo et vogue vers quelque rendez-vous... Oubliant Charlotte de Stein, Goethe, sur le Rialto, sourit à Bettina qu'il croise... Aux Zattere, Bernis et Casanova escaladent le mur d'un couvent... Jean-Jacques, dans l'enclos de

San-Biagio, cueille, le long des buis taillés, un bouquet de pervenches pour le corsage d' Anzoletta. . . Desdémone sanglote à son balcon...

Venise, cité des baisers et des larmes, Venise, — petits morceaux de jardins, petites îles d'albâtre, éparpillés au pied du campanile, — vous êtes, Venise, une lettre d'amour déchirée qui flotte sur un coin de mer bleue !

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