‹ L'Ile d'OrléansChapitre 10 sur 44 · ÉTABLISSEMENTS DES DIFFÉRENTES PAROISSES DANS L’I LE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS DES DIFFÉRENTES PAROISSES DANS L’I LE

STE-FAMiLLE

La première église de File fut construite à Ste-Famille, en 1669, par Mgr de Laval.

Comme nous l’avons déjà mentionné, la paroisse de Ste- Famille fut fondée en 1661. La première entrée consignée aux registres est celle du baptême de Barthélemy Landry, le 12 avril 1666. Le premier acte de mariage célébré aussi par l’abbé Morel, le 10 septembre 1667, est celui de Marie Perrot avec François de Verchères, père de l’héroïne canadienne, Madeleine de Verchères.

Nous serait-il permis de consigner ici un évènement familial ? C’est dans l’église de Ste-Famille, qu’en 1674, le 26 novembre, était baptisé, par Messire Duplein, Jean Pouliot, fils de Charles et de Françoise Lemonier, et en 1677, le 29 septembre, Madeleine, fille de Nicolas Audet et de Madeleine Desprès, que nous réclamons comme nos seconds ancêtres paternels.

En 1685, les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal venaient établir dans la paroisse Ste-Famille un couvent sur un terrain donné par le Sr de Berthelot.

La fondatrice de ce couvent — devenue la deuxième supérieure de l’Institut — fut Sœur Barbier dite de l’Assomption.

Le récit fait par elle-même de la fondation à File d’Orléans et des vicissitudes qu’elle et sa seule compagne, Sœur Hioux ou Verand, y éprouvèrent durant l’hiver 1685 est des plus intéressants. Nous le reproduisons textuellement :

Le premier Couvent de la Congrégation de Notre-Dame à Ste-Fainille,

Représenté en sucre, d’après un moule conservé, de génération en génération, dans la famille Léonidas blouin.

“ C’était à la St-Martin, et il faisait froid comme en hiver : nous pensâmes geler pendant le voyage. A Québec, on se moqua de nous, tout notre avoir étant un petit paquet que nous portions fort à 1 aise ; on nous demanda où étaient notre lit et notre équipage; quelques-uns disaient même que nous mourions de faim chez nous, et qu’on nous envoyait chercher fortune ailleurs. Nous arrivâmes à l’Ile d’Orléans presque mortes de froid ; et nous souffrîmes beaucoup pendant tout ce premier hiver.

“ Notre maison n’étant pas encore préparée, nous logions, ma compagne et moi, chez une veuve Gaulin, dont la demeure était assez éloignée de l’église.

“ Un jour nous revenions de la sainte messe, par un vent du nord violent, accompagné d’une grande poudrerie, ce qui nous empêchait de voir où nous allions, et je tombai dans un fossé plein de neige. Ma compagne était bien loin devant moi, qui n’en pouvait plus. Je ne pouvais me retirer de ce fossé, n’ayant plus de force, et la neige me couvrant de plus efn plus. iUors je priai le saint Enfant Jésus de m’aider, s'il voulait prolonger ma vie pour sa gloire, et pour me donner le temps de faire pénitence. J’étais tout enfoncée dans la neige, et il ne paraissait que l’extrémité de ma coiffe. Sa couleur noire fit croire à quelques personnes du voisinage que c’était une de leurs bêtes qui était tombée dans le fossé ; ils y accoururent promptement, et m’ayant retirée de là avec peine, ils me laissèrent au bord du fossé, d’où j’eus bien de la difficulté à me rendre à la maison. Cela, joint au grand froid et à toutes les incommodités que je ressentis durant l’hiver dans cette demeure, me fit contracter des infirmités assez graves.”

“ Une autre fois, lit-on dans l’histoire de la Congrégation Notre-Dame, le feu ayant pris à la maison où logeaient les soeurs et chacun s’empressant de sauver les effets, sœur Barbier fut la seule qui ne bougea point. Tenant dans sa main une statue du saint Enfant-Jésus, elle le conjurait d’éteindre le feu, avec une simplicité tout enfantine. “ Que ne venez-vous nous aider! lui dirent sa compagne et l’hôtesse. “Que ne mettez-vous votre confiance au Saint-Enfant ?” répondit-elle.

“ Cependant, comme le feu grandissait et menaçait d’en? braser la maison entière, les unes redoublèrent leur travail, et les supplications de l’autre prirent une nouvelle ardeur. Celle-ci fut victorieuse : “ Saint-Enfant ! dit-elle, il ne tient qu’à vous de l’éteindre. Si vous ne le faites promptement, je vais être obligée de sacrifier cette image, et de la jeter dans les flammes pour en calmer la fureur.”

“ Elle tenait son image chérie, prête à en faire le sacrifice pour sauver cette maison. Le feu s amortit tout a coup, et, l’instant d’après, s’éteignait entièrement.”

Sœur Barbier ne passa qu’un hiver à l’Ile d’Orléans. En 1686, elle fut appelée à Québec pour y fonder la maison de Providence.

Eglise Ste-Famille, I. O.

On se plaît à rappeler au touriste que cette maison, considérablement agrandie, fut jadis honorée de la présence de la Vénérable Mère Marguerite Bourgeoys, la fondatrice de

l’Institut. On lui montre, comme une relique filialement conservée, une table sur laquelle la révérende Mère a rédigé les règlements disciplinaires de la Communauté et tracé le récit de son périlleux voyage de Montréal à l’Ile d’Orléans.

L’église de Ste-Famille est une des plus belles et des plus intéressantes du Canada. Remarquable par le site incomparable qu’elle occupe, perchée au sommet de la

Maison Cyrille Drouin

colline, de forme gracieuse, elle commande l’admiration et retient l’œil enchanté du touriste. Des statues de bois de grandeur naturelle, (œuvre des Frères Levasseur), représentant Jésus-Enfant, la sainte Vierge, saint Joseph, sainte Anne et saint Joachim, ornent la façade qui porte cette inscription de suppliante confiance: Sécurité nobis. Le visiteur ne peut taire son ravissement en contemplant la beauté de l’intérieur, où la grâce des courbes le dispute à la perfection de la sculpture des boiseries.

A Messire Lamy, venu de France en 1673, premier curé de Ste-Famille, revient l’honneur d’avoir édifié, en 1707, ce magnifique temple. La décoration intérieure est due à l’abbé Dufrost de LaJemmerais, (fils de Madame d'Youville, fondatrice des Sœurs de la Charité de Montréal) curé de Ste-Famille de 1734 à 1756.(1)

L’église de Ste-Famille fut consacrée en septembre 1749 par Mgr de Pontbriand.

Au cours de l’invasion de 1759, le toit de 1 église fut criblé de balles ennemies, à tel point que toute la couverture dut être renouvelée. L’intérieur heureusement ne fut pas sérieusement endommagé.

La maison Robert Gagnon, à Ste-Famille

En 1909, était érigé à Ste-Famille, par les soins du curé L.-J. Gagnon et de quarante prêtres de ce nom, tous descendants de Robert Gagnon qui vint s’établir à Ste-Famille en 1657, une croix commémorative, que l'on voit à deux milles à l’est de l’église.

(1) Madame d’Youville avait un autre fils, également dans le sacerdoce : l’abbé François de la Découverte, curé de St-Ours, décédé le 10 avril 1778.

Le curé actuel de la paroisse de Ste-Famille est M. Arthur Poulin. (1)

St-Pierre

L’église actuelle de St-Pierre date de 1718. Elle échappa en 1759 à l’incendie, mais fut fortement endommagée.

Toutes les autres maisons, habitations et dépendances ayant été rasées, les récoltes, vouées à une perte totale.

Eglise St-Pierre, I. O.

trouvèrent un abri de fortune dans l’église, où les colons les entassèrent.

Le premier curé de St-Pierre fut l’abbé Dauric. Grâce à ses instances, il obtint du Conseil Supérieur de Québec, le

(1) Pour liste des divers desservants et curés de Ste-Famille, I. O., voir Appendice, page 159.

maintien à St-Pierre d’un moulin a farine, qu y avait construit Joseph Costé, en contravention aux droits et volontés du seigneur.

Mgr d’Esglis, fils du Chevalier Mariauchau-d’Esglis, (Lieutenant du Roi, décoré de la croix de St-Louis) et de Louise Chartier de Lotbinière, né à Québec le 18 septembre 1734, le premier évêque canadien français et qui succéda à Mgr Briand comme huitième évêque de Québec, avait été pendant plus de cinquante ans (1734-1788) curé de St-Pierre. Il y résida même durant ses années d’épiscopat. MSr Mariauehaud D’Esglis

Selon le désir formellement exprimé dans son testament “ de venir dormir son dernier sommeil auprès de ses chers paroissiens ”, il fut inhumé à St-Pierre.

Le 4 juin 1788, M. l’abbé Plessis, son successeur à la cure de Québec, annonça, aux fidèles, en ces termes, le décès de leur évêque :

“ Je recommande à vos prières Mgr l’Illustrissime et “ Révérendissime frère en Dieu, Louis-Philippe Mariauchau “ D’Esgly, évêque de Québec, décédé à St-Pierre, le mercredi “ dernier et inhumé au dit lieu, selon ses volontés, vendredi “ dernier.

“ Son humilité, qui lui a fait préférer dans sa jeunesse “ l’obscurité du sanctuaire à l’éclat d’un nom illustre, dont il aurait pu dans le monde soutenir et relever encore la grandeur, son zèle, sa douceur, sa charité sans bornes, son

“ affabilité, la bonté de son cœur, étaient connus de tout le “ monde.

“ La droiture de ses intentions rendront à jamais sa mé- “ moire chère à tous les Canadiens, ses compatriotes, et nous “ donne lieu d’espérer que le Dieu de miséricorde lai donnera “ place dans son royaume, parmi ceux qui ont méprisé tout “ et ont renoncé à tout, pour le suivre.”

Quel bel éloge digne et de celui à qui il s’adressait et de celui qui devait un peu plus tard illustrer le trône archiépiscopal de Québec !

Une inscription commémorative, dédiée à ce pasteur vénéré de tous, a été placée en face de l’église St-Pierre par la Commission des Monuments Historiques.

Une des plus vieilles maisons de l’Ile d’Orléans. La maison Félix Goulet, St-Pierre, I. O.

Honneur royal a la veuve Dupil

Le souvenir d’un grand honneur échu à la Veuve Augustin Dupil dit Versailles, s’est transmis de génération en génération dans les familles Le Compte et Dupil :

C’était en septembre 1787. Son Altesse Royale William- Henry, troisième fils de George III, alors âgé de 22 ans, (qui

devait monter sur le trône d’Angleterre, le 8 septembre 1831 et prendre le nom de Guillaume IV), était en visite au Canada.

Pendant son séjour à Québec, il manifesta le désir d aller visiter l’Ile d’Orléans, dont les multiples beautés lui procurèrent plusieures heures d’enchantement.

A St-Pierre, le prince alla rendre visite à une vieille centenaire du nom de Dupil, qui se rappelait parfaitement l’invasion de 1759, et qui, ayant conservé tout son jugement, sut émailler sa conversation de fines réparties.

Avant de partir, le prince demanda à la veuve Dupil s’il pouvait faire quelque chose qui put lui être agréable ?

“ Oh ! oui, Monseigneur, s’empressa de répondre la vieille. Si vous vouliez bien danser le menuet, ce serait un grand bonheur pour moi, avant de mourir, de danser avec le fils de mon Souverain.”

Le futur roi d’Angleterre acquiesça de bonne grâce à l’invitation et dansa le menuet avec la centenaire, puis reconduisit à sa chaise sa partenaire en lui faisant un salut gracieux. Elle répondit par une profonde révérence, à la française.

La veuve Dupil avait alors cent quatre ans.

Nous avons extrait le récit de cette anecdote des Mémoires de Nicolas-Gaspard Boisseau, natif de St-Pierre, I. O., et élu en 1791 premier député du Comté d’Orléans. Il ajoute qu’à une noce, à laquelle il assista (invité sans doute en cette qualité), la veuve Dupil dansait encore le menuet.

Elle est décédée à St-Pierre en 1793.

C’est par erreur que De Gaspé, dans ses mémoires, mentionne le père de la Heine Victoria, comme ayant dansé avec la veuve Dupil. Le Duc de Kent n’est venu au Canada qu’en 1791, alors que William-Henry est arrivé à Québec en août 1787 sur le “Pegasus”, pour en repartir en octobre.

L’héroïne de l’anecdote ci-dessus est morte le 17 août 1793, ainsi qu’en fait foi l'extrait suivant, tiré des registres de St-Pierre :

“ Le dix-sept août mil sept cent quatre-vingt-treize, je soussigné curé ai fait la sépulture de Françoise Lecompte

veuve d’Augustin Dupil, âgée de cent dix ans. Grande confluence de monde”.

Edmund Burke, curê.{ 1)

St-Pierre fut autrefois un centre d’activité industrielle. Pendant plusieurs années, on y fabriqua la tuile et la brique. A la suite du désastreux incendie qui, le 28 mai 1845, ravagea le faubourg St- Roch, A1M. Aubin et Smollensky ouvrirent une usine, qui malheureusement ferma ses portes en 1848, faute d’un marché rénumérateur.

Fromage de St Pierre

St-Pierre de l 'Ile d’Orléans est spécialement réputé à raison d’une petite industrie toute locale : la fabrication, par nombre de cultivateurs, d’un fromage raffiné, dont la qualité peut être avantageusement comparée aux meilleurs crus français ou suisses. Sa saveur, vivement appréciée par les fins gourmets, tient cependant à distance les profanes, vite rassasiés d’en respirer les âcres parfums. Quant au procédé

(1) “Le curé Burke, devenu plus tard évêque et protonotaire apostolique de la Nouvelle-Écosse, s’il connaissait le français, le prononçait aussi irai que Mgr Plessis prononçait mal l’anglais.”

On lit dans le Rapport des Missions delà Nouvelle-Ecosse, qu’un jour, dans un sermon il énuméra à l’appui de sa thèse les Pères de l’Église: saint Hyronorimus, saint Basilicus, saint Cyprianus, etc., en un mot, dit-il, toute la cliché (1 Eglise). On conçoit l’éclat de rire qui accueillit ce mot.

La maison Louis Ferland, une des plus aneiennes de St-Pierre, I. O.

de raffinement, les insulaires en ont jusqu'ici jalousement gardé le secret.

M. l’abbé C.-O. Savard est le curé actuel de St-Pierre. (1) St-François de Sales

La paroisse de St-François de Sales, qui occupe la partie extrême de l’Ile du côté est, remonte à 1679. Elle fut érigée canoniquement en 1714 et civilement en 1845; l’église actuelle fut construite en 1734, en remplacement de la première, bâtie en 1707.

I/abbé François Leguerne, originaire de Quimper, venu au Canada en 1751, y exerça les fonctions curiales, de 1758 à 1789. Par des notes trouvées aux registres, on apprend que nombre de boulets anglais traversèrent son église et que, par l’ukase de l’envahisseur, elle fut transformée, ainsi que le presbytère, en hôpital de fortune pour les soldats anglais.

(1) Pour liste des divers desservants et curés de la paroisse St-Pierre, I. O., voir Appendice, page 158.

St-François est justement renommé pour la diversité et la beauté de ses sites : à droite, File Madame et l’Ile-aux- Reaux. A gauche, en face, s’étend à perte de vue, sur une largeur de cinq lieues, constellée d’iles verdoyantes, (parmi lesquelles File Ste-Marguerite et File aux Grues), la nappe azurée du St-Laurent. Pour encadrement de ce magnifique panorama, la chaîne des Laurentides couronnées par la cime granitique du Cap Tourmente, perché à 1892 pieds au-dessus du niveau du fleuve.

Eglise St-Francois de Sales, I. O.

Dans l’acte de foi et hommage que René Amable Durocher, époux de Marie-Anne Mauvide, rend au Château St-Louis, le 15 juin 1781, il mentionne notamment, le fief et seigneurie de l’Ile Madame, qu’il avait achetée de Jean Mauvide et de Marie-Anne Genest son épouse, le 15 janvier 1779, en même temps que la seigneurie de “ File d’Orléans Il n’est pas sans intérêt, au point de vue historique, de mentionner la succession des titres qui avaient rendu Jean Mauvide propriétaire de la Seigneurie de Vile Madame :

27 avril 1683, concession par MM. de LaBarre et Demeule à Louise Mousseaux, tutrice aux enfants de Romain Becquet ; “ de l’Ue Madame sise au sud de File et Comté de St-Laurent, d’une lieue de tour ou environ, avec haute, moyenne et basse justice, etc.” Confirmée par arrêt du Conseil d’État du Roy le 15 avril 1684.

19 juin 1711, vente par Ls Lessard au Rév. Thierry Mazure, procureur de Dame Angélique Becquet, suivant acte passé devant Barbel, Notaire.

22 juin 1711, Ordonnance de l’Intendant Raudot, autorisant la cession du dit fief au Sr Lessard.

Une relique du temps passé : La maison Hébert, assiégée par les

anglais en 1759.

12 avril 1713. Acte de foi et hommage par le Rév. Thierry Mazure esqualité.

28 mai 1753. Vente par M. Thierry Mazure procureur de Becquet au Sr Jean Mauvide du fief et seigneurie de File Madame, suivant acte reçu devant Danry de Blanzy, notaire à Montréal.

Quant à Vile aux Reaux ou Ruaux, d’une lieue de longueur sur huit arpents de largeur, elle devint en 1638, la propriété des Jésuites.

L’acte de concession, consenti le 20 mars 1638 par la Compagnie de la Nouvelle- France aux Pères Jésuites, mentionne qu’elle est faite “ pour fins de pâturage des troupeaux de leurs établissements, en considération de leur zèle et de leur dévouement à évangéliser et civiliser les sauvages, en exposant leurs personnes aux plus grands dangers, au milieu des peuplades barbares.”

Une seule condition est imposée aux concessionnaires, celle de faire, tous les vingt ans, l’aveu et dénombrement au Roy et un état de la culture.

En 1784, J. -B. Durocher, devenu propriétaire de la seigneurie de “ l’Ue d’Orléans ” comme héritier de Ré né Ama- Type de Canadien : Le Père ble Durocher, étant tombé en François Hébert (Cayen) mauvaises affaires, fit cession

de tous ses biens, comprenant une part de seigneurie de l’Ile d’Orléans. Joseph Drapeau en fit l’acquisition des Syndics, en 1800. Quant à l’Ile Madame, après plusieurs mutations, elle est devenue la propriété de la famille de M. Edmond Laliberté, décédé il y a quelques années.

Un souvenir de la grande guerre

Dès longtemps avant la guerre, les Allemands avaient pressenti l’importance statégique de l’Ile d’Orléans et en particulier de St-François.

Sous prétexte de l’établissement d’une manufacture de tuyaux de drainage, ils construisirent à St-Jean, à quelques

pas du fleuve, de puissantes assises en ciment que l’on voit ëncore, émergeant du sol.

Quelques mois avant la guerre, ils s’étaient fait consentir d’un nommé Sanschagrin, de St-François, une promesse de vente de sa propriété, qui dominait le fleuve à l’extrémité nord-est de l’Ile.

La garde, heureusement, “ veillait aux barrières du Louvre Le louche de la transaction n’échappa point à la sagacité des agents de la sûreté, “ l’Intelligence Bureau ”, auxquels “le bloc en cimenté ne disait rien qui vaille”.

Les Allemands, se sentant épiés et découverts, à la sourdine délaissèrent leurs ouvriers, les acheteurs honteux et déconfits décampèrent, laissant là arrhes et terre, exhalant, dans leur for intérieur, les regrets de Perrette :

Adieu ! veau, vache, cochon, couvée.

Inutile de dire que le vendeur, réjoui de la mésaventure des acheteurs et de sa bonne fortune, garda sans chagrin . . . et les arrhes et la terre.

Une noce tragique

St-François fut jadis le théâtre d’un incident plus tragique:

C’était au commencement d’octobre 1757.

Un jeune cultivateur de St-François, Louis Beaudoin, revenait en chaloupe de St-Joachim où il avait, le matin même, uni sa destinée à celle d’Agnès Paré, fille de l’un des notables de l’endroit.

Le groupe nombreux des “ gens de la noce, ” (ils étaient quinze,) regagnait joyeux la demeure du marié où la fête devait se prolonger en familiales agapes.

Pour la circonstance, on avait disposé plusieurs tables, recouvertes de la plus fine toile, et copieusement décorées de bouquets parfumés et de fruits succulents, cueillis dans cet éden qu’est l’ile d’Orléans.

Pendant qu à la maison les femmes se hâtaient dans les derniers préparatifs et veillaient à la cuisson des mets, un messager, en grande affliction, vint les informer d’tm malheur irréparable.

La bonne vieille demeure de “ l’habitant ” canadien. Maison Guérard, à Argentenay

Pour en corroborer la véracité, ils murmurent tristement la complainte d’un nommé Veilleux, chansonnier rustique de l’époque.

En voici deux couplets typiques :

Ce cher Louison, par trop de complaisance Laisse gouverner par un no vicier.

En déboutant la Pointe à Porte-Lance Mal gouvernée, la chaloupe a viré.

A quelques arpents du rivage, un imprudent coup de barre avait fait chavirer l’embarcation et tous les passagers, moins deux cousins de la mariée, étaient ensevelis dans les flots.

Les eaux perfides rendirent leurs victimes. Les cadavres, un par un, furent déposés sur le gazon. Pour les ensevelir, on se servit des blanches nappes qui, depuis la veille, recouvraient les tables chargées de mets et de fleurs.

Pendant les longues veillées d’hiver les vieillards d’ Argentenay redisent encore aux jeunes cette histoire lamentable.

Tout le rivage était mouillé de larmes Quand tout chacun reconnaissait les siens.

On a trouvé le mari et la femme,

Son frère aîné l’orphelin avec lui.

Sr-François a été de tout temps, renommé pour ses “ pescheries ”, ses chasses et ses légumes. L’anguille, l’alose, l’esturgeon, le bar, le petit gibier, le poireau y abondent. Les Nemrods viennent chaque année faire le coup de feu à la pointe-à-Daneau, à la pointe-aux-Pigeons, à la Caille, endroits particulièrement giboyeux. L’éloignerment des habitations, le silence des sous-bois, la douce quiétudè de la grève ont fait de ces lieux le paradis des chasseurs.

En cette année 1927, M. l’abbé Eugène Sirois remplit les fonctions curiales de la paroisse St-François de Sales. (1)

Ste-Pétronille

Bien différente est la partie ouest de l’ile où tout est mouvement et bruit.

Ste-Pétronille est le port maritime de l’ile. Il ne lui manque qu’une “ cannebière ” pour être un petit Marseille, bien

Chateau Bel-Air, Ste-Pétronille, I. O.

(1) Pour liste des missionnaires et curés qui ont desservi François de Sales, voir Appendice, page 160.

paroisse St-

qu’elle soit le port d’escale d’un seul navire, mais qui y verse incessamment à chaque heure du jour, durant la saison d’été, un flot considérable de citadins et de touristes.

“ Le bout de 1 Ile ”, comme on l’appelle généralement, est le port d’embarquement des produits maraîchers qui, deux fois la semaine, sont offerts en vente sur les marchés Finlay et St-Roch, de Québec. C’est aussi l’endroit où descendent les touristes américains, dans leurs randonnées annuelles à travers la province de Québec et les citadins qui passent la saison estivale dans les différentes paroisses de File.

Pour accommoder les diverses classes de la société canadienne et les touristes étrangers, pour répondre aux exigences d’un trafic progressif et pour faciliter le transport rapide des centaines d’automobiles qui viennent chaque jour faire le tour de l’ile, une compagnie locale a fait récemment construire un bateau, qui sans cesse voyage entre le Bout de l’Iîe et Québec.

La compétence et la courtoisie du personnel du paquebot “ Ile d’Orléans ” assurent un service excellent, d’une parfaite régularité, très appréciable et très apprécié par les touristes et les hommes d’affaires. (1)

“ Le Bout de l’Ile est pourvu d’un excellent hôtel, fréquenté, durant la belle saison, par la société la plus select.

D’aucuns prétendent que l’Hôtel Fraser et le quai sont construits sur le site de “ L’Anse du Fort ”, jadis occupé de 1651 à 1658 par les Hurons, avant d’émigrer à Notre-Dame de Foy, et plus tard à la Jeune Lorette.

A ces pauvres sauvages, pourchassés par les Iroquois, les Jésuites avaient offert l’hospitalité de cette terre, qu’ils avaient eue d’Éléonore de Grand’Maison, une grande bienfaitrice de la colonie et une “fervente propagandiste” de la mission française du Canada, puisque de ses quatre mariages avec les Srs Antoine Bondier de Beauregard, François de Chavigny de Berchereau, Gourdeau de Beaulieu

(1) Un autre bateau Le Pèlerin fait aussi un service régulier entre Québec, St-Laurent et St-Jean. Deux fois la semaine, il fait escale à St-Michel et Berthier sur la rive Sud du St-Laurent.

L’Anse du Fort.

et Caillau de la Tesserie, elle laissa une nombreuse progéniture, dont les familles delà Chevrotière, delà Gorgendière, Renaud, Couët, Lemoyne et Taschereau.

C’est l’assassinat du troisième mari de cette dame par le valet du Sr Gourd eau, qui fournit au Sr de la Tesserie l’occasion de lui offrir un quatrième convoi, qu’elle accepta.

En 1653, une petite chapelle fut érigée à l’Anse du Fort, sous, le vocable de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie.

Le Père Chaumonot vécut un grand nombre d’années (1650-1657) à l’Anse du Fort, avec ses chers sauvages Hurons.

La paroisse de Ste-Pétronille ne fut détachée des paroisses de St-Pierre et St-Laurent qu’en 1870, date à laquelle elle a été érigée canoniquement.

La municipalité de Beaulieu ne date elle-même que du 1er janvier 1874.

A quelques arpents du village, sur l’une des terres du fief Gourdeau, les touristes, les chercheurs passionnés des

endroits historiques de File, ne manquent pas d’aller voir “ le pied de Saint'-Roch” :

Sur un rocher émergeant de terre se dessine l’empreinte d’un pied d’homme et d’un bâton ; un peu plus loin, celles des pistes d’un chien. L’imagination populaire a vite reconstitué la scène : saint Roch, cheminant, en ses courses de charité, appuyé sur son bâton et suivi de son chien.

L’église de Ste-Pétronille.

Des profanes pensent que l’un des “ sorciers de l’ile ” a voulu léguer aux adeptes de l’archéologie, l’empreinte de son passage, comme marque impérissable de sa paissance occulte.

Pour ceux qui ajoutaient créance aux racontars de la rue, que l’ile était infestée de sorciers etc, ces traces étaient sûrement celles du Juif Errant.

Le touriste, lui, est tenté de se découvrir à la vue de ce tableau évocateur et de saluer chapeau bas le grand thaumaturge.

C’est également à Ste-Pétronille que naquirent et vécurent, bien que d’une vie éphémère, les premiers chantiers maritimes canadiens. A cet endroit furent construits, en 1824 et 1825 pour une compagnie marchande de Glasgow, deux grands navires, de trois cents pieds de longueur et d un jaugeage de quatre à six mille tonnes chacun.

Lancement du “Columbus” et du Baron “Renfrew”

Le lancement du Columbus, le 25 juillet 1824, comme d’ailleurs celui de sa sœur jumelle (sister-ship), baptisée le 27 juin 1825 sous le nom de Baron Renfrew, fut un évènement sensationnel, qui rassembla plus de cinq mille personnes et donna lieu à de grandes réjouissances.

Le compte-rendu qu’en fait alois La Gazette de Québec ne saurait manquer d’intéresser nos lecteurs. Le voici :

“ Le Columbus, qui mesure trois mille sept cents tonneaux de registre, et que nous croyons être le plus grand vaisseau qui ait jamais été bâti, a été lancé, hier matin, vers huit heures, sans accident.

“ La foule qui s’était portée sur les lieux de bon matin et dès la veille, était aussi grande que nous en avons jamais vue en Canada; il ne pouvait pas y avoir moins de cinq mille personnes, sans compter un grand nombre qui s’étaient rendus à la Pointe-Lévis, de l'autie côté du fleuve, qui est large d’environ deux milles en cet endroit. Il y avait beaucoup de personnes accourues d’autres paities de la province. Sept bateaux à vapeur qui se trouvaient dans le port, avaient été mis en réquisition pour transporter des passagers et avaient pris poste auprès du chantier, et une centaine de chaloupes et autres petites embarcations qui s’étaient rendues de bonne heure étaient disposées au devant ; ce qui, avec l’activité des charpentiers, la beauté des paysages environnants et la sérénité du jour, présentait une scène tout, à fait nouvelle dans ce pays, et sur laquelle le pinceau

de 1 artiste aurait pu s’employer avec avantage. Nous sommes informés qu il en a été fait plusieurs esquisses, par des messieurs qui s’étaient placés à la Pointe-Lévis.

Le Columbus appartient à une compagnie de marchands d Ecosse, et a été bâti sous la direction d’un monsieur Hood, jeune homme de Glasgow, qui a montré beaucoup de talent, et qui joint à la pratique une connaissance intime de la théorie et de l’art. Les inquiétudes sur le succès d’une entreprise toute nouvelle, dont les difficultés ne pouvaient pas être appréciées, et dans laquelle il y fallait tant de capitaux, devaient être bien vives, et il a dû se sentir soulagé beaucoup lorsqu’il en a vu le terme.

Le vaisseau se rendit par un mouvement égal et majestueux dans son élément, et n’avança pas à plus de cent toises dans le fleuve. Pendant ce mouvement, la musique du 68e. régiment, qui était à terre, et celle du 71e qui était à bord du Swiftsure, jouèrent le God Save the King, ce qui fut suivi d’acclamations générales, et d’une décharge de canon, à terre et à bord des bateaux à vapeur.

“ Le feu prit aux cadres, et se communiqua aux copeaux à l’entour, mais il fut facilement éteint.

“ Le vaisseau monta avec la marée, la distance d’un mille et demi, où les bateaux à vapeur, le Malsham, le Swiftsure et le Sherbrooke lui furent attachés et le conduisirent à l’ancrage, près du Sault de Montmorency, à environ six milles audessous et à la vue de cette ville. On dit qu’il sera prêt à faire voile dans environ trois semaines. Malgré une apparence un peu lourde, il est bâti très solidement et ne tire à présent que treize pieds d’eau ; on croit que, lorsqu’il sera prêt pour la mer, il ne tirera guère plus de vingt pieds, et l’on voit tous les ans des vaisseaux qui n’ont qu’un pont et qui tirent autant. Il a quatre mâts avec un beaupré, comme les autres vaisseaux et traversera l’Atlantique à la voile. Il est commandé par un marin expérimenté et son équipage, d’environ quatre-vingt-dix hommes, est composé de matelots envoyés d’Ecosse, l’automne et le printemps derniers.

“ Voici ses dimensions exactes : longueur, 301 pieds 6 pouces ; largeur, 50 pieds 7 pouces ; profondeur, 29 pieds 4 pouces ; port 3,690 tonneaux et 32-94°.

“ Les plus grands vaisseaux de la manne royale ont environ 240 pieds de quille. Leur largeur et leur profondeur passent celle du Columbus, mais leur tonnage est beaucoup moindre ; car des juges compétents nous disent que le Columbus

portera 9,000 tonneaux de bois cane.

“ Les capitaux déboursés dans ce pays, pour sa construction, doivent être immenses ; des personnes expérimentées comptent qu’il aura coûté au moins L5 par tonneau, exclusivement des mâts et agrès. Il a procuré de l’emploi a un grand nombre de charpentiers, et autres depuis neuf mois , la demande qu’il y avait pour la construction des autres vaisseaux a fait qu’ils ont eu de bons gages, et pendant quelque temps jusqu’à deux piastres par jour. (G a^etie

de Québec.) . ,

Un autre vaisseau, de dimensions encore plus considérables, fut immédiatement mis en construction sur le même chantier, et par la même compagnie.

“Voici les dimensions de ce vaisseau qui fut appelé le Baron de Renfreu : Longueur, 309 pieds ; largeur, 60 pieds ; profondeur, 38 pieds ; en dehors, 5/. Il jaugeait près de 5,300. L’ancre seul pesait 90 quintaux ; le grand mât avait 75 pieds au-dessus du pont ; la grande vergue, 73 pieds ; le beaupré, 60 pieds ; le câble, vingt-sept pouces de tour et cent brasses de long. Trente tours du cabestan faisaient un mille, vingt-neuf fois le tour du vaisseau faisait une lieue. Il entra dans la construction de ce léviathan, 3,000 tonneaux de bois et 2,500 quintaux de fer.”

Une compagnie locale, récemment formée pour doter les diverses paroisses de bile d’Orléans de l’électricité, est en train de bannir de l’ile le pétrole et de conjurer enfin le sort et une légende séculaire, en enlevant aux lutins de 1 ile le pouvcir de terrifier les mortels par les feux de leurs falots. Elle possède à Ste-Pétronille ses bureaux d’administration.

Le camp de Wolfe. — L’explorateur Cook.

Un souvenir historique se rattache à Ste-Pétronille :

Wolfe, de son regard d’aigle, ne fut pas lent à constater ce que d’ailleurs le marquis de Vaudreuil appréhendait vive-

ment — que l’extrémité ouest de l’Ile d’Orléans (d’où l’on pouvait observer les opérations militaires tant sur les côtes de Lévis que sur les hauteurs de Montmorency) offrait un point stratégique de tout premier ordre.

Aussi s’empresssa-t-il d’y établir le camp de son armée. C’est donc du “ Bout de l’Ile ” que le général anglais dirigea les mouvements des troupes et des vaisseaux, dans cette fameuse campagne de 1759, qui devait assurer à l’Angleterre sa plus belle conquête d’outre-mer et lui donner un peuple dont la loyauté ne s’est jamais démentie.

Deux plans dressés par des officiers de l’état-major anglais, l’un par Hawkins, l’autre par Jeffreys, permettent de constater la savante ordonnance des troupes de Wolfe et la disposition des diverses unités de la flotte anglaise, ainsi que les positions des divers détachements français, avant le suprême engagement des Plaines d’ Abraham.

Ces cartons sont très intéressants à consulter.

Le fameux explorateur James Cook, le découvreur de la Nouvelle Calédonie et des Iles Sandwich ou Hawaii, (où il fut assassiné par les naturels en février 1779), faisait partie de l’escadre de l’amiral Saunders en 1759, comme maître du Mercure.

Chargé par le capitaine Palliser, qui avait pleine confiance en son habileté et son courage, de faire des sondages entre l’ile d’Orléans et les battures de Montmorency en vue d’y placer des vaisseaux pour couvrir l’armée de Wolfe projetant d’attaquer les batteries françaises, érigées sur les hauteurs de Montmorency, Cook, sept nuits durant, procéda à cette tâche périlleuse. Surpris le dernier soir, il réussit, à force de ramer, à prendre terre à l’ile d’Orléans, laissant sa chaloupe aux sauvages ; et il put remettre à l’Amiral Saunders une carte très exacte et très complète de cette partie du fleuve, entre l’ile d’Orléans et la côte de Beaupré.

C’est ce même capitaine James Cook qui, après la conquête, fît des relevés si exacts du St-Laurent que la carte du fleuve, parue plus tard en France, n’est qu’une reproduction, mais à une échelle plus petite, de celle faite par Cook.

Le moulin de Vineennes. ù IJeaumonl.

Le Commodore Lord Colvil lui confia plus tard le titre de maître d’équipage du “ Northumberland ”, qu’il commandait à Halifax.

C’est à la suite de la campagne de 1759 que Cook se fit explorateur dans les mers du sud et acquit cette réputation mondiale, dont il jouit si justement.

(Extrait de la Vie du Capitaine Cook, par le Dr Kippis, traduction française de 1789.)

Notons en passant qu’il existait autrefois à l’ile d’Orléans une station de signaux, formée d’amarques d’arbres, reliée à celles de lTslet-du-Portage et de Kamouraska. M. de Lanaudière en avait la direction. Ces stations de signaux, jugées favorables à la marche des vaisseaux ennemis, furent supprimées en 1758.

Tout pacifique, on le conçoit, est le service des signaux établi maintenant à St-Jean de l’Ile, pour enregistrer le mouvement des navires.

Le notaire M. Bowen, un fervent admirateur de l’ile d’Orléans, auteur d’une étude très intéressante Stir l’ile d’Orléans, lue à la Société Littéraire et Historique de Québec le 14 avril 1860, a été longtemps propriétaire d’un terrain à Ste-Pétronille où, prétend-il, se trouvait “l’Anse du Fort”.

Cette propriété est maintenant occupée par M. Horatio Walker, l’artiste émérite, dent les jeunes peintres apprécient hautement le bénévole encouragement, les sages conseils, l’exquise affabilité.

La paroisse Ste-Pé tronille est actuellem ent sous la direction clé M. le curé Paradis, dont la famille est originaire de St-Pierre. (1)

St. Laurent

Dix milles. environ séparent St-Laurent de Ste-Pétronille. On s’y rend en côtoyant vers l’est la rive sud de l’ile.

Du promotoire formé par “ les coteaux ” de St-Laurent, la vue des opulentes campagnes s’étageant de l’autre côté

(1) Pour liste des missionnaires et curés qui ont desservi cette paroisse, voir Appendice, page 164.

La première église, St-Laurent. (St-Paul) I. O

de la plaine diaprée du grand fleuve, avec les gracieuses silhouettes de leurs clochers, fixant comme autant de jalons indicateurs des centres de l’activité paroissiale, éveille l’image des splendeurs du paradis terrestre. Il n’y manque que la pomme, “ la St-Laurent,” abondante dans l’Ile de Montréal.

Jusqu’à l’acquisition par François Berthelot de la seigneurie de “ hile d’Orléans ”, cette paroisse avait pour patron saint Paul. Devenue “ Comté de St-Laurent ”, M. Berthelot fit des instances auprès de l’évêque pour que la paroisse prit le nom de son comté. Le prélat, cédant à la demande du puissant seigneur, changea le nom de St-Paul en “ St-Laurent ” et St-Laurent de la Durantaye, paroisse en face de la rive sud, devint “ St-Michel deBellechasse ”.(1)

C’est ainsi que l’apôtre des Gentils, de nouveau renversé “sur le chemin des coteaux”, céda, en 1698, à saint Laurent, la gloire de patronner l’une des plus jolies, des plus pittoresques paroisses de Québec.

Jusqu’alors et depuis 1675, la chapelle avait existé à l’endroit dit de “ l’Arbre Sec ”. Les livres de compte tenus par le Séminaire de Québec mentionnent le fait qu’il aurait été payé à Charles Pouliot — celui-là même qui avait bâti le premier moulin à vent de Ste-Famille — une somme de 435 livres “ pour équarrir et tailler l’église de St-Paul ”(2)

Le 23 août 1697, M. Berthelot faisait donation en “ franche aumône ”, c’est-à-dire sans démission de foi ni réserve de prestation ou droiture quelconque, d’un terrain spacieux pour l’église et le presbytère de St-Laurent.

Le 29 mars 1707 le seigneur Jean-Paul Maheu faisait à son tour, devant le notaire Genape, donation d’un second terrain en faveur de la fabrique de St-Laurent, au Père Poncelet.

Un échange de reliques

Le changement de la paroisse St-Paul en celui de St- Laurent fut l’occasion d’une difficulté assez grave.

(1) Cette appellation fut donnée à cause du Sr Jean Marsolet de Bellechasse.

(2) Détail fourni à l’auteur par Mgr Amédée Gosselin.

Nouvelle église St- Laurent

La paroisse St-Pierre, placée désormais, par l’effet de ce changement, sous le vocable de “ St-Pierre et de St-Paul ”, le Père Poncelet remit à l’abbé Dauric, curé de St-Pierre, une relique consistant en un os du bras de saint Paul et reçut en échange pour l’église de St-Laurent, une relique de saint Clément, dont le corps est conservé au monastère des Ursulines de Québec.

La transaction n’eut pas l’heur de plaire à un certain paroissien qui, furtivement et d’une main sacrilège, contraignit les pauvres saints à réintégrer leur église primitive. L’Ordinaire saisi de 1 affaire, apres une longue enquête, ordonna une restitution solennelle des reliques aux deux églises respectivement.

Au jour fixé par l’évêque, dans chacune des paroisses, une procession des fidèles se forma, emportant pieusement les reliques de saint Paul et de saint Clément. L’endroit de la route, dite “ des Prêtres ”, où s’opéra la restitution, fut marqué d’une croix, encore visible.

Calvaire à St Laurent, I. O.

A quelques arpents de l’intersection de cette route “ des Prêtres ” avec le grand chemin conduisant de Ste-Pétronille à St-Laurent, un immense caillou isolé au bord du fossé attire l’attention; il indique le sentier par où, à travers champs et ravins, on peut se rendre à la légendaire “ grotte Maranda ”, d’une discrétion impénétrable, comme l’oracle du Sphinx.

Dans ses Mémoires Nicolas Gaspard Boisseau la décrit comme suit :

“ C’est une caverne formée par l’auteur de la nature dans “ le roc. Elle a environ huit pieds de profondeur sur six de “ hauteur; aux deux côtés l’on voit avec admiration deux “ lits taillés dans le même roc, assez grands chacun pour y “ coucher une personne.”

Un peu en aval sur le fleuve, se trouve une baie très favorable au mouillage des vaisseaux de tout tonnage qui “ venaient autrefois régulièrement y chercher et y attendre, dit Bou-

chette, les instructions définitives pour faire voile.” C’est le “ trou St-Patrice

Le nom donné à cette crique, et qui remonte aux premieis temps du régime français, puisque \ illeneuve le mentionne dès 1689 dans sa carte, provient, dit-on, d’une protection visible attribuée à ce grand saint, ou selon d’autres, au voisinage d’une grotte remarquable, dite “ caverne de Bontemps Non loin de là se dresse un rocher inaccessible, de forme pyramidale renversée et très curieux à voir.

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