‹ L'Ile d'OrléansChapitre 12 sur 44 · LE MANOIR SEIGNEURIAL A ST JEAN · texte numérisé non relu

LE MANOIR SEIGNEURIAL A ST JEAN

Il existe, à l’orée du village, une maison aux allures françaises, aux proportions imposantes, qui pourrait, si le don de la parole lui était donné, faire un long récit des horreurs de l’invasion anglaise au Canada, en 1759. Sa physionomie rappelle singulièrement le vieux fort de Port -Royal, construit par M. de Monts et Champlain en 1605 (mais plus tard restauré) et les constructions des premiers temps de la colonie : le ehateau de Maizerets et la maison du Petit Cap, à St-Joachim. Sous son aspect vétuste, cette bâtisse se dresse encore altière, défiant les âges et les vents, attestant, par de nombreuses balafres, que si les boulets ennemis l’ont effleurée, ils n’ont pu réussir à l’abattre, pas même à la déflorer.

Cette construction en pierre, de soixante-quinze pieds sur vingt-cinq de profondeur, à deux étages, demeure encore, après bientôt deux siècles, le témoin irréfragable d’une brillante épopée, le monument irréductible d’une oeuvre difficile mais glorieuse : la naissance sur le continent américain d’une race latine et l’épanouissement d’une nation autonome dans le “ commonwealth ” de l’Empire Britannique.

En pénétrant dans cette maison, en touchant de la main ses murs, d’une toise d’épaisseur, lézardés jadis par les obus, en parcourant, de la cave au grenier, les diverses pièces d’aspect sévère qui la constituent, on éprouve je ne sais quelle émotion, à la fois douce et profonde, qui tient de l’admiration et provoque un élan de reconnaissance envers les ancêtres.

Il n’y a pas à s’y tromper: cet édifice féodal, dominant le fleuve, a été construit non seulement pour le confort de ses maîtres, la sécurité des insulaires eux-mêmes comme aussi pour assurer la sanction des sentences des seigneurs exerçant les prérogatives de la haute, moyenne et basse justice,

Le manoir “Ma uvide- Genest,” en 1924. Photographie gracieusement fournie par Mlle de Prévostat,

mais surtout pour protéger la colonie contre l'invasion et empêcher les flottes ennemies de parvenir jusqu’à Québec, considérée, au dix-huitième siècle, comme la clef du Canada et aujourd’hui encore comme le boulevard de la civilisation française en Amérique.

Cette construction du plus pur style français, dont l’apparence est plutôt celle d’un fortin que d’une demeure seigneuriale, fut bâtie, vers 1734, par le Sr Jean Mauvide, devenu possesseur de la seigneurie de l’Ile d’Orléans par l’acquisition qu’il en fit de M. Gaillard.

Les familles Mauvtde et Genest

Jean Mauvide, chirurgien du Roi, était établi à St-Jean depuis 1732. On lit dans le journal du lieutenant de Léry qu’il fit partie de l’expédition de 1754-1755 au fort Duquesne. Il était aussi à la prise du fort Bull, entre Schenectady et Oswego.

Son habileté médicale reconnue le fit appeler, avec M. Vigée, pour soigner M. Péan.

Si les descendants de Charles Pouliot peuvent revendiquer l’honneur pour leur premier ancêtre, d’avoir construit, dar.s Pile d’Orléans, le premier moulin à vent, d’en avoir été le meunier de 1669 à 1675, d’avoir taillé la charpente de la première église de “St-Laurent,” les descendants du seigneur Mauvide peuvent pareillement s’enorgueillir du fait qu’à Jean Mauvide est dû l’établissement de la plupart des moulins qui existaient dans l’ile, lors de la conquête.

Les divers actes suivants tendent à le prouver :

1753, juillet 8. Vente par J. Chabot à Jean Mauvide et Marie-Anne Genest, d’en emplacement à St-Pierre pour l’érection d’un moulin à vent ; N. Larue, N. P.

1771, août 13. Vente par Frs Audet et F. Leblanc au Sr Jean Mauvide, d’un emplacement à St-Laurent, où déjà il possédait depuis 1766, un emplacement de moulin ; Filion, notaire.

1776. Achat de Charles Fortier, par Jean Mauvide, d’un emplacement à la rivière Lafleur, pour un moulin à farine ; Filion, N. P.

La calèche du seigneur Jean Mauvide Pour le vol de grand chemin, dont le Sr Mauvide fut la victime, relaté dans “ La Gazette de Québec” du 18 juin 1766. voir l’Appendice page 142

Coïncidence assez singulière, les épouses des trois propriétaires successifs du manoir de St-Jean portaient le même nom de famille et le même nom de baptême.

Ainsi, Jean Mauvide était marié à Marie- Anne Genest dit LaBarre, fille de Charles Genest dit LaBarre et de Marie Mourier, décédée le 15 juillet 1781.

Laurent Mauvide, son fils, qui avec M. Hubert, le curé de Québec, trouva une mort si tragique, le 21 mai 1792, quand “ entre les deux églises ” leur chaloupe chavira, était lui aussi marié à une Marie- Anne Genest, celle-ci fille de Laurent Genest et Marie-Louise Riopel, qu'il avait épousée à St-Jean le 9 juillet 1781.

François-Marc Turcotte, qui devint en troisième lieu propriétaire du manoir, avait lui-même épousé, le 25 juillet 1825 a St-Jean, Marie-Anne Genest, fille de Joseph Genest, aussi fils de Laurent Genest et de Marie-Louise Riepel.

Notons en passant que feu le docteur Hubert Lame, eleve par sa tante J. -B. Genest, née Geneviève Turgeon, naquit au manoir “ Mauvide-Genest ” le 24 mars 1830.

M. Francois-Marc Turcotte et Dame Marie-Anne Genest, son épouse

Détail spécialement intéressant pour le propriétaire actuel, sa grand’mère, Marie-Angélique Genest, fille de François Genest et deJosephte Turgeon, avait, avant 1818, date de son mariage avec le colonel Louis Blais, vécu plusieurs années dans le manoir, chez son oncle Laurent Mauvide.

La famille “ Mauvide-Genest ” occupait depuis longtemps cette propriété, lors de la campagne tristement mémorable de 1759, puisque l’acte de vente de Charles Genest à Jean Mauvide et Marie-Anne Genest, passé devant Me François Barbel, remonte au 24 mars 1734.

Ce Charles Genest, fils de Jacques Genest (Genay) et de Catherine Doribeau, est porté à l’aveu et dénombrement de la seigneurie fait par Guillaume Gaillard en 1725, comme possédant, en la paroisse de St-Jean,une étendue de “quatrevingts arpents de front sur la moitié de la profondeur de File”

45 tsa

w HH

U AU <u ° '

fl ° S’ïP •SK a c t .fcÏÏh

fl S>

•— Vfc

^ c» 5 £W fl C" i 3

~ja t,;

C a t. 1 * si « a:

• ÏS

Hw 2 H . •<?

a: Cy z.

fl * 0

t: ïi ü p>j ^

• pe

0 fl 5 *

tH 55,^

Page 1