CHAPITRE DIXIÈME
LA PLUS ANCIENNE CARTE DE L’ILE D’ORLÉANS DRESSÉE EN 1689, PAR LE SR DE VILLENEUVE
Plan fait par le Sr de Catalogue, en 1709.
Il existe aux archives de la Marine à Paris, une ancienne carte de l'Ue d’Orléans, dont l’abbé Ferland a pris copie, grâce à une bienveillante permission des autorités françaises.
Le calque même de ce dessin est malheureusement perdu, mais il en existe cependant au pays quelques copies lithographiées.
Cette carte topographique intitulée “Carte de l’Ue et de la Comté de St-Laurent”est excessivement intéressante. Faite en 1689 par le Sieur de Villeneuve, ingénieur du Roi (tout probablement à la demande et aux frais du Comte de St-Laurent qui déjà, sans doute, convoitait des yeux et d’un vif désir, comprimé cependant dans son for intérieur, ce domaine seigneurial,) elle est exceptionnellement instructive.
La légende, qui accompagne la carte, atteste que les mesures prises de l’ile sont très exactes.
Outre que la configuration de l’ile est fidèlement reproduite sur le plan, les anses, les routes d’alors, les rivières, les ruisseaux, les lignes séparatives des paroisses y sont minutieusement indiqués. Et, particularité unique, - — qui donne à cette carte de l’ingénieur Villeneuve une valeur extraordinaire vivement appréciée par les antiquaires, désireux de relier les temps présents aux premiers jours de la colonie par un enchaînement de faits constants, — le plan de Villeneuve indique la situation de toutes les bâtisses, maisons et autres constructions qui, en 1689, étaient érigées dans l’Ue d’Orléans, avec la nomenclature des noms des occupants de chacune de ces constructions, et cela pour chaque paroisse de l’ile respectivement.
Une autre carte extrêmement intéressante est celle du Sr de Catalogne, lieutenant des troupes de Sa Majesté Louis XIV et qui, à la demande du Sr de Pontchartrain, dressa en 1709 un plan très détaillé de Québec et de ses environs.
Origine du mot “catalogne”.
D’où nous vient le nom de “ catalogne ” dont on se sert habituellement pour désigner ces laizes d’étoffe fabriquée par nos fermières canadiennes ?
D’aucuns attribuent à cette expression une origine espagnole. Pour notre part, nous ne croyons pas cpie la “ catalogne ” soit un produit d’importation de la province catalane.
Il nous semble que le nom du Sr de Catalogne, que nous venons de citer, nous offre une explication toute naturelle, du moins bien plausible :
Puisqu’il y avait en la Nouvelle-France au commencement du XVIIIième siècle, un lieutenant du Roi portant le nom noble de Sr de Catalogne, ne se peut-il pas, qu’au cours de ses randonnées à l’ile d’Orléans et sur la côte de Beaupré, aux fins de dresser son plan de 1709, il ait fait faire au pays quelques tapis pour les parquets de sa maison ? De là, croyonsnous, l’origine de la “catalogne”: la marchandise a fini par prendre le nom de celui qui l’avait commandée ou achetée.
Cette carte de Catalogne, nous a permis de vérifier l’exactitude de plusieurs faits relatés au cours de ce travail.
L’original de ce plan serait, paraît-il, conservé dans une des bibliothèques de Providence, dans le Rhode-Island.
Ne serait-il pas à souhaiter que des démarches fussent faites, tant auprès de la République française, dépositaire du précieux parchemin dressé en 1689 par l’ingénieur du grand roi, qu’auprès de la République américaine, en possession du plan (de Catalogne), remontant à une époque où Québec était la capitale du royaume s’étendant jusqu’au golfe du Mexique, pour que ces reliques, évocatrices d’un passé glorieux, ayant pour nous tout le prix et le charme de layettes amoureusement préparées par l’aïeule, fredonnant près de
notre berceau les chansons de “la doulce France”, soient rendues à la vénération des descendants des pionniers de la civilisation française en Amérique, et remises à la Province de Québec, pour l’ornement de son “ Musée National” ?
Une telle remise, rappelant le geste gracieux de la ville de Hastings, restituant à la Cité de Québec l’écusson qui ornait l’une de ses portes, sous le régime français, serait tout à l’honneur des deux grandes nations et cet acte de courtoisie internationale assurerait à la France et à la République Américaine, l’affectueuse gratitude du peuple canadien.
Dans le désir d’être agréable à nos lecteurs et d’être utile à ceux d’entre eux qui s’intéressent aux choses ancestrales et aux recherches généalogiques, nous avons fait faire pour accompagner cette étude, une carte spéciale de l’ile d’Orléans. On la trouvera à la fin du volume. Elle est basée sur la carte de Villeneuve, que nous avons reproduite, en la complétant et l’accompagnant de détails supplémentaires.
Ainsi le plan fait voir: la situation topographique de chacune des paroisses de l’He d’Orléans, partagée sur toute sa longueur par une ligne centrale “ de pointe en pointe ”, les lignes de division territoriale de chacune d’elles, la location et l’étendue respective de chacun des divers arrière-fiefs Argentenay, Lirec, de la Chevalerie, de la Regnardière, de la Grosardière, De Mesnu, Maheu, tous détachés de la “ Seigneurie de l’ïsle d’Orléans , dont ils relevaient originairement.
La plus grande partie du résidu de la Seigneurie de l’Isle d’Lrléans ”, (distraction faite des arrière-fiefs ainsi aliénés), est aujourd’hui la propriété des héritiers des Seigneuresses Drapeau.
La désignation légale sous laquelle un immeuble est connu, étant le numéro porté au cadastre, nous avons mentionné le numéro que porte chaque lot, tel qu’indiqué au livre de renvoi officiel pour l’Ile d’Orléans. Ces lignes
candastrales donnant l’étendue en largeur et en profondeur de chacune des terres, il suffira au lecteur, de bien localiser le site de la propriété qui l’intéresse. Ainsi, sera limitée la zone de ses recherches et grandement facilitée la tâche de renouer la première occupation de la terre, jusqu’à 1689.
Les noms portés au plan et correspondant au chiffre mentionné dans un cercle, sont ceux des premiers occupants de ces lots en 1689, en autant, du moins, que nous avons pu le constater par la comparaison de l’échelle de la carte de Villeneuve avec celle du plan reproduit dans l’Appendice, lequel contient tous les noms des propriétaires d’alors.
Nous avons cru également qu’il serait intéressant pour nos lecteurs, pour l’intelligence du récit, d’indiquer sur ce plan descriptif de l’Ile d’Orléans, en précisant le site, certains endroits, théâtre de faits historiques que nous relatons dans cet ouvrage.
L’appendice contient la liste complète des occupants de chacune des paroisses de l’Ile, en 1689, d’après Villeneuve.
La carte à la fin du livre dans la-quelle nous avons cru devoir reproduire les noms d’une quarantaine de propriétaires d alors (et que nous avons extraits, à l’intention de leurs descendants) indique approximativement, autant que nous avons pu la vérifier, la situation de leur résidence respective.
Grâce à ces cartes, de Villeneuve et du Sr de Catalogne, il sera relativement facile aux personnes originaires de l’ile et désireuses de se renseigner sur leurs premiers ancêtres, de retracer la lignée d occupation de toutes les propriétés de 1 ile d Orléans, à compter de 1689, jusqu’à nos jours.
On conçoit qu il y a là un vaste champ d’action, qui nécessiterait, pour faire œuvre parfaite, le labeur tenace d’un bé-
nédictin. Mais en retour, quels trésors de renseignements historiques enfouis, qui provoqueraient dans chaque famille, un nouvel élan de reconnaissance et envers nos pères “chevaliers sans peur et sans reproche” et aussi envers nos héroïques mères françaises, qui sacrifièrent les douceurs de la vie de famille, parfois même la splendeur des palais, pour venir faire rayonner sur les rives du St-Laurent, avec le charme de leurs sourires, le parfum de leurs vertus et l’exubérance de la vitalité française!
Ce travail de recherches, nous avons cru devoir nous l’imposer au sujet d’une propriété de St-Jean, à laquelle s’attache un souvenir familial maternel, datant de 1813.
Une heureuse découverte fut la récompense d’un long et constant labeur : en 1702, Jeanne P ouliot, fille de Charles Pouliot. et de Françoise Lemonier, (nos tout premiers ancêtres canadiens) obtenait par son contrat de mariage, avec Joseph Audet dit La-pointe fils de Nicolas, un douaire préfix sur l’immeuble même que nous avons acheté en 1926. D’autre part le frère de cette Jeanne Pouliot, Jean Pouliot avait épousé lui-même, le 11 février 1697, Madeleine Audet dit Lapointe, la sœur de son mari. Or, Jean Pouliot et Made- Dine Audet sont nos seconds ancêtres du côté paternel.
Une semblable jouissance attend tous ceux qui voudront se livrer à la même tâche filiale. Une seule condition est requise pour réussir : une persévérance que ne rebutent point les multiples obstacles, qui sans cesse se dressent sur la route du chercheur. “La persévérance, a dit Boïste un savant lexicographe, utilise le passé, le présent, l’avenir. ”
“ Il s’établit, a dit quelque part Viollet-le-Duc, entre les hommes et les objets, certains rapports harmonieux qui donnent aux habitations du caractère, comme une âme”.
Cette affirmation de l’éminent écrivain ne reçoit-elle pas une heureuse vérification par rapport à l’Ue d’Orléans ?
Comme conclusion de cette étude, rappelons les belles paroles, si pleines de vérité, de l’illustre Cardinal Bégin, extraites d’une lettre pastorale, en date du 18 avril 1913:
“ LA FOI D’UN PEUPLE SE FORTIFIE DE L’HIS¬ TOIRE, DES TRADITIONS RELIGIEUSES, DES MONUMENTS, DE TOUTES LES CHOSES AUX¬ QUELLES ELLE S’EST ATTACHÉE OU QU’ELLE A VIVIFIÉES, DE TOUS LES ORJETS QUI L’ONT EN QUELQUE SORTE INCARNEE OU RENDUE SENSIBLE.”
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