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DECOUVERTE DE L’ILE D’ORLEANS

Entre la terre du nord et la grande Ile, en face d’un endroit appelé “ Minigo ” par les Indigènes, le capitaine Malouin, dit la chronique du temps, crut sage de jeter l’ancre avant de s’aventurer plus loin.

Là, sur la Grande Hermine, le 7 septembre, fut tenue, selon toute probabilité, la première “ conférence internationale ” entre Cartier et le grand chef sauvage Donnacona. On y jeta les bases de l’entente cordiale qui devait, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, se perpétuer à travers les âges, entre les Français et les Hurons.

Loin de se refroidir, leur amitié pour la France ne fit que s’affermir avec les années.

D’ailleurs, la rudesse avec laquelle les Anglais, après la prise de Québec par les Kirke, en 1629, repoussèrent les tentatives de camaraderie des Hurons, en les jetant “ à grand renfort de coups hors des habitations ”, était bien de nature à leur faire regretter l’accueil plutôt familier des Français.

Les bienveillantes dispositions du Grand Ononthio, à l’égard des Sauvages, avaient d’emblée conquis leur allégeance.

Le cardinal Richelieu, dans les Lettres Patentes accordées en 1628, à la Compagnie des Cent Associés, avait inséré une clause par laquelle les Sauvages du Canada convertis au catholicisme seraient réputés regnicoles et jouiraient des mêmes droits que les Français. Dans les autres pays, on le sait, les pauvres indigènes étaient réduits à l’esclavage.

Il n’est pas sans intérêt de relater ici l’incident de cette première rencontre entre français et sauvages à l’automne l£35. Sur le vaisseau se trouvaient les interprètes indiens Taiguraguay et Donagaya que Cartier ramenait d’Europe, où il les avait conduits à son premier voyage.

Les naturels du pays, pris de peur à la vue de ce navire aux formes étranges, aux proportions colossales, monté pai des hommes au visage pâle, revêtus de tuniques et de costumes bigarrés, s’étaient tout d’abord enfuis vers la forêt ; à la vue de Taiguraguay et Donagaya, membres de la grande tribu indienne, ils revinrent sur leurs pas, commencèrent à échanger des signes, puis des paroles et enfin à traduire leur admiration envers les visiteurs du pays des grands lacs ”, en exécutant d’interminables sarabandes aux mouvements les plus bizarres, les plus désordonnés.

Il semble donc que le tango, lecharleston et les danses soidisant modernes ejusdem farinae, loin d etre un raffinement de la civilisation ne sont qu’un produit adultéré des mœurs barbares.

L’échange diplomatique de présents, destinés à entretenir l’amitié, fut suivi de la visite officielle du seigneur du Canada, Donnacona, à bord du vaisseau amiral.

Le droit de cité dans le “ Royaume du Canada ” lui étant accordé, Jacques Cartier vint mouiller au Havre St e-Croix, à l’entrée de la rivière St-Charles.

Quelques jours après, Cartier commanda quelques barques pour aller avec son équipage faire une reconnaissance de l’Ile dont l’aspect l’avait si fortement impressionné. Il fut donc le premier européen à visiter l'Ile d’Orléans.

“ Étant à la dite Ile, lit-on dans le récit de son second “ voyage, la trouvâmes pleine de forts beaux arbres, comme “ chênes, ormes, pins, cèdres et autres bois de la sorte des “ nôtres et pareillement y trouvâmes force vignes, ce que “ n avons vu parci-devant en toute la terre, et pour cela nom- “ mûmes Vile de Baechus ”.

Nul doute qu’un sentiment d’exultation, semblable à celui qu’éprouvèrent les marins de Colomb à la vue de la terre si longtemps promise, s’empara des braves matelots de Cartier, qui retrouvèrent ainsi, dès leur arrivée en la Nouvelle France quantité de vignes agrestes, débordantes des généreuses effluves de la treille.

Serait-ce parce que les impressions ressenties à la suite de cette rencontre de fortune furent trop vives et la vertu du “ pinard de la Nouvel le-Françe trop forte, que Jacques Cartier nomma cette Ile par trop accueillante “ L’Ile de B a celui s ”. Gardons à ce sujet de Conrad le silence discret.

Quoiqu’il en soit, le règne du dieu mythologique ne fut pas de longue durée, puisque dès l’année suivante, Bacchus était déposé et banni.

Ne convenait-il pas, en effet, que cette Ile, la plus belle du Canada, devenue partie intégrante du royaume de France, reçut un nom plus digne, un nom qui perpétuât à travers les âges le rayonnement de la splendeur française, dont Louis XIV demeura durant soixante-douze ans le prototype, et dont il était alors le foyer ? Il semble que c’est en 1 honneur du duc d’Orléans que, le 6 mai 1536, elle fut baptisée par Cartier “ L’Ile d’Orléans

Ce nom ne fut pas désavoué par Champlain, puisqu’il dit dans le récit de l’un de ses voyages :

“ L’Ile d’Orléans ” a six lieues de longueur, très belle et “ agréable par la diversité des bois, prairies et vignes.”

La pointe ouest de l’Ile (connue maintenant sous le nom de Ste-Pétronille) s’appelait, dit Champlain, “ Cap de Condé ”, sans doute en mémoire du grand général français.

Les Hurons, qui séjournèrent de 1650 à 1657 à “ L’Anse du Fort ” avaient, dans un élan de pieuse confiance et de reconnaissance envers la sainte Vierge qui, souventes fois, les avait miraculeusement protégés contre les Iroquois, donné à l’Ile le nom de “ Ste-Marie ”, mais la première appellation a définitivement prévalu. C’est sous le beau nom d’ “ Orléans ”, fécond en évocations historiques, que l’Ile est maintenant connue et désignée.

Toute cette étendue de terre, côtoyant les Laurentides jusqu’à la “ Seigneurie du Gouffre ”, dans le Comté de Charlevoix, s’appelait la “ Seigneurie de Beaupré ”. On y avait adjoint File d’Orléans, comme en faisant partie intégrante, sous le nom de “ Seigneurie de V Isle-d’ Orléans ”.

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