CONCESSION DE LA SEIGNEURIE DE BEAUPRÉ
ET DE L’ILE D’ORLÉANS — PRISE DE POSSES¬ SIONS — MUTATION DE PROPRIETE.
C’est en 1636, le 15 janvier, que la “ Seigneurie de Beaupré et de l’Isle-d’ Orléans” fut octroyée par l’ancienne Compagnie de la Nouvelle France auxSrs. Cheffaud delaRegnarddière, Jacques Castillon, MM. de Lauzon et Fouquet Berryer, Rosée, Duhamel et Juchereau, chacun pour un huitième, tous associés, pour favoriser l’immigration et l’établissement de colons français dans la colonie, et, notamment, pour faire la traite du castor.
Cette association est, croyons-nous, la première société commerciale, dont fassent mention les annales de la Nouvelle- France.
Le Bulletin des Becherches Historiques , dans le numéro de janvier 1927, relate la prise de possession de la Seigneurie de l’Isle d’Orléans, qui fut faite solennellement le 1er juillet
“ Le Gouverneur, Monsieur de Montmagny, s’étant “ transporté au dit lieu de l’Ile d’Orléans au bout qui “ regarde le sud-ouest éloigné de Québec d’environ deux “ lieues, assisté du Chevalier de l'Isle, du Sr. Olivier Le “ Tardif, du Sr. de Gan, etc., lecture fut faite de l’acte de “ concession, après quoi “ pour marque de possession aurait “ledit Sr. Gan rompu quelques branches, arraché de l’erbe “ et fait autres cérémonies à ce requises.”
Le premier juillet 1927, date de la célébration des noces de diamant de la Confédération Canadienne, marque donc le deux cent quatre-vingt-neuvième anniversaire de la première prise de possession de la Seigneurie de l’Ile d’Orléans.
La Compagnie des Indes Occidentales ayant succédé à la Compagnie des “ Cent Associés ”, Mgr de Laval, évêque de Pétrée, devenu évêque de Québec et acquéreur des droits
des concessionnaires primitifs, obtint d’elle, le 28 mars
1674, des “ Lettres d’affranchissement ” le dispensant de certaines prestations insérées au titre primitif de concession.
ÉCHANGE POUR i/lLE JÉSUS
A la suite d’un acte d’échange entre Mgr de Laval et le Sr. François Bertlielot, conseiller souverain du Roy, suivant acte reçu à Paris par Duparc et Carnot, notaires, le 24 avril
1675, la seigneurie “ de l’Ile d’Orléans ” fut détachée de celle de Beaupré pour devenir un fief indépendant.
En retour de l’Ile Jésus et d’une soulte de vingt-cinq mille livres, l’évêque de Québec cédait et abandonnait au Sieur de Berthelot tous ses droits seigneuriaux, de haute, moyenne et basse justice, rentes, prérogatives, prééminences, etc, sur File d’Orléans.
Le Séminaire de Québec, par la donation universelle de tous biens, à lui subséquemment faite par Mgr de Laval, est ainsi devenu seigneur de l’Ile-Jésus dans le district de Montréal, tout en demeurant seigneur en titre de la seigneurie de Beaupré.
En 1676, un édit royal reconnaissait officiellement les droits du Sr. Berthelot à la seigneurie de l’ile d’Orléans en fief noble, à être assigné à l’avenir, sous le nom de L’Isle et la Comté de St-Laurent.
Après 1725 la seigneurie a repris son ancien nom de “ l’Isle-d’ Orléans”.
Dès 1652, un arrière-fief, celui d ’Argentenay avait été constitué dans la seigneurie de l’Ile d’Orléans par une concession du Gouverneur de Lauzon au Sr. d’Aillebout de Coulonge et à Mgr de Laval. Cette érection avait cependant été stipulée à charge de rendre foi et hommage à la seigneurie de Beaupré dont le fief d’ Argentenay est “ mouvant ” et en outre d’y payer les droits de mutation exigibles par les seigneurs, en vertu du titre de concession originaire.
Pour prévenir tous conflits entre le grand et les “ petits seigneurs ” propriétaires d’arrière-fiefs, des Lettres Patentes furent émises en 1676, à la demande du nouveau seigneur de
nie d’Orléans, autorisant l’établissement dans la seigneurie d’arrière-fiefs à des vassaux qui eux-memes auraient droit au nom de seigneurs, relevant toujours cependant du seigneur en titre de la seigneurie d’Orléans, auquel ils devront rendre foi et hommage.
Voici, dans l’ordre chronologique de leur succession, la liste sommaire des divers seigneurs en titre de l’Ile d’Orléans:
1675. Le Sr. François Berthelot.
1702. La Veuve du “ Noble Homme ”, François Paschau Dame Françoise Charlotte Juchereau, épouse séparée de biens du Sr. François de la Forêt, capitaine commandant de la Compagnie des troupes d’un détachement de la Marine. (1)
Le Sr. de la Forêt fut, dit le père Charlevoix, gouverneur du Fort Frontenac, puis nommé par d’Iberville commandant au Fort Bourbon, où il fut fait prisonnier et amené en Angleterre.)
Extrait de l'acte de vente :
“ Faute de V entière exécution des présentes, sous V obligation ci hypothèque de tous ses biens, présents ou à venir qu’ils ont chacun à son égard fourni à la justice, juridiction et contrainte de la dite prêvostê et vicomté de Paris, Renonçant à toutes choses contraires aux présentes, Que nous avons fait sceller par le dit Bru Notaire. Ce fut fait et passé à Paris en l’étude du dit Bru, l’un des dits Not. soussigné, l’an mil sept cent deux, le vingt-cinquième jour de février après-midy, ont signé la minute des présentes demeurée au dit Bru Notre.
Guyot Bru.
Scellé le 25 avril 1703 T 13. Mi Guyot.
La dite Dame Charlotte Françoise. . . ”
(1) Vente par le Sr Berthelot à Dame de la Foret, 25 février 1702. Guyot & Bru, notaires à Paris. Cet acte est reproduit en entier, dans l' appendice.
Facsimile du dernier feuillet de l’acte de vente de la “seigneurie de l’Isle-d’Orléans” par François Berthelot à Dame Charlotte Françoise Juchereau (Veuve Paschau), épouse du Sr. de la Forêt. (25 février 1702)
1705. Le Sr. François Berthelot, qui s’était porté adjudicataire de la seigneurie à une vente judiciaire, (1) à la suite d’une action intentée contre la Dame de la Forêt, pour inexécution des prestations portées en l’acte de vente de 1702.
1712. Guillaume Gaillard, époux de Catherine Nepveu, membre du Conseil Supérieur, négociant à Québec et longtemps le chargé d’affaires de M. Berthelot.
1738. Charles François Gaillard, le révérend Joseph Ambroise Gaillard, chanoine de la cathédrale de Québec puis subséquemment curé de Lanoraie et Jean-Baptiste Gaillard, conseiller de Québec, époux de Dame Desjourdy de Cabanac.
Les héritiers de J. -B. Gaillard : Louis-Joseph Gaillard, lieutenant au régiment de Dauphiné, Louise Gaillard, épouse de Denys de Ta Ronde (fils du Sr. Denys de la Ronde Chevalier de l’Ordre de St-Louis) et Catherine .Gaillard, vendirent, le 6 juillet 1764, leur part de seigneurie au lieutenant James Murray qui la revendit à Malcolm Fraser le 10 mars 1779.
[Louis Poulin devint acquéreur de cette seigneurie par acte de vente à lui consenti par Malcolm Fraser et Delle Julianna Fraser, le 12 février 1805, passé devant Planté, Notaire. Cette partie de la seigneurie “ Poulin ”, comprise dans les paroisses de Ste-Famille et St-Jean, successivement acquise par Alexandre Poulin (1884) Alfred Poulin (1891), est aujourd’hui la propriété de Dame Lachance, veuve du capitaine Jean Delisle. ]
Quant à la part de seigneurie affectée à Charles François Gaillard et J .-Ambroise Gaillard, elle passa dans l’ordre chronologique que voici, aux propriétaires suivants :
1752. Jean Mauvide, chirurgien du Roi et Marie-Anne Genest son épouse. (2)
(1) 7 décembre 1705.
(2) 1752 novembre 21. Vente par le Révérend J. -Ambroise Gaillard, chanoine, à Jean Mauvide. Barolet, N. P.
1753 février 21. Ratification par D. Marie-Anne Genest. Barolet, N. P.
1779. Réné-Amable Durocher et Marie-Anne Mauvide, son épouse. (1)
1784. J. -B. Durocher
Olivier Durocher, de St-Antoine-de-Richelieu.
[ Cet Olivier Durocher avait épousé sa cousine, Delle Geneviève Durocher de St-Pierre, Ile d’Orléans. De ce mariage naquirent, notamment :
Eulalie-Mélanie, la fondatrice de la Communauté des Saints Noms de Jésus et Marie à Longueuil.
Le Révérend Père Flavien Durocher, Oblat, St-Sauveur de Québec.]
Madeleine Mauvide, épouse de Pierre Volant de Chamblin,
Marie-Anne Genest (De. Laurent Mauvide).
1800. Joseph Drapeau et De. Geneviève Noël, son épouse. (2)
1829. Dame Geneviève Noël Vve Joseph Drapeau. (3)
Au décès de leur mère, 17 novembre 1829, les Demoiselles Drapeau, entrèrent en possession de la seigneurie de l’Ile d’Orléans que leur avait léguée leur père. (4)
(1) Vente par Jean Mauvide et Marie-Anne Genest à R. -A. Durocher et ux, 15 février 1779. Panet, N. P.
(2) 1800 mai 24. Vente Olivier Durocher à J. Drapeau. Planté, N. P.
“Le seigneur Drapeau,” comme on l’appelait, d abord marchand a la Basse-Ville, se fit ensuite armateur et constructeur de vaisseaux.
Ayant ainsi acquis une grande fortune, il acheta successivement plusieurs seigneuries : celle de Champlain, en 1789 ; en 1790, celles de la Pointe-au- Père, de la Baie des Ha ! Ha !, de Rimouski ; en 1800, la seigneurie de “ l’Isle-d’Orléans ” et de la Rivière du Gouffre.
Après sa mort, sa succession fit l’acquisition des seigneuries Lepage et
Thivierge. , ,
“ Les filles du seigneur Drapeau, héritèrent de la fortune et des qualités de leur père. Instruites, intelligentes, charitables, elles furent les bienfaitrices des différentes paroisses qui prirent naissance dans leurs seigneuries. 4 rois paroisses du comté de Rimouski perpétuent le souvenir de ces femmes de bien : Ste-Luce, nommée en l’honneur de Madame Casault ; Ste-Angèle de Merici et Ste-Flavie, en l’honneur des Demoiselles Angèle et Flavie Drapeau.”
Le Bulletin des Recherches Historiques, juillet 1927.
(3) 1805 février 20. Testament Joseph Drapeau. Bourdages, N. P.
(4) Les Dames Drapeau ont disposé de leur part de seigneurie de l’ Ile d’Orléans en faveur de divers membres de leurs familles, parmi lesquels les seigneurs Tessier, encore aujourd’hui propriétaires d’une partie de la seigneurie de l’Ile d’Orléans.
Joseph Drapeau avait pour enfants :
Marie- Josephte, mariée à Québec, le 25 février 1805, à J.-Bte-Philippe d’Estimauville, décédée à Montmagny, le 17 janvier 1755.
Marie-Adélaïde, épouse de Augustin Kelly (1).
Marguerite, Dame Pierre Garon.
Luce-Gertrude, épouse de Thomas Casau.lt.
Angélique-Flavie.
Louise-Angèle.
De toutes les concessions de seigneuries faites en la Nouvelle-France, celle de Pile d’Orléans fut l’une des premières.
Si donc hile d’Orléans peut réclamer à juste titre l’honneur d’avoir été le berceau du Canada, la nation canadienne n’a-t-elle pas elle-même raison de se glorifier d’avoir pris naissance dans un berceau seigneurial ?
N’est-il pas heureux, en effet, que la colonie se soit formée et développée sous le régime féodal ? Les hauts et puissants seigneurs français pouvaient ainsi faire une sélection judicieuse des familles destinées à fonder, dans la Nouvelle-France, une nation forte, saine et puissante.
Bénissons le geste généreux, par lequel ils firent, bénéficier nos ancêtres, non seulement de leurs exemples de vertu et de noblesse d’âme, mais aussi de leur civisme et leur sagacité, en investissant leurs richesses dans une entreprise véritablement colossale.
(1) Le 17 juin 1829, Augustin Kelly, comme procureur de Dame Geneviève Noël, propriétaire d une moitié de la “ Seigneurie de File d’Orléans, en vertu de la communauté ayant existé avec Joseph Drapeau et usufruitière de l’autre moitié appartenant à ses enfants et au nom des autres héritiers, avait porté foi et hommage au Roi au Château St-Louis, devant le gouverneur Sir James Kempt.