‹ L'Ile d'OrléansChapitre 7 sur 44 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

ÉTABLISSEMENT DU PREMIER MOULIN BANAL DANS L’ILE — LE MOULIN A VENT DE STE- FAMILLE — PREUVES DOCUMENTAIRES.

Il ne peut être question d’assigner à la construction de ces moulins banaux dans l’Ue une date antérieure à 1667. L’acte de concession par Mgr de Laval à Nicolas Audet, le 22 juin 1667, par acte reçu devant Vachon, notaire, d’un compost de terre de trois arpents de front dans la paroisse de St-Jean, (précisément à l’endroit où plus tard sera érigé le manoir Mauvide-Genest), mentionne d’abord “ comme prix : vingt “ sols de rente foncière, par arpent, douze deniers de cens et “ trois chapons au choix des dits seigneurs ”, par chacun “ an, payable au lieu seigneurial du domaine

Puis l’acte stipule : “ Lorsque les dits seigneurs jugeront à propos de construire un moulin dans la dite seigneurie, le dit Audet “ sera tenu d’y apporter ses grains moudre ”.

Il n’y avait donc point, en 1667, de moulin banal dans la seigneurie de “ l’Ue d’Orléans ”, appartenant à Mgr de Laval.

Il n’y avait pas non plus de moulin banal dans l’arrière fief d’ Argentenay, formant la partie nord-est de l’Ile et concédé en 1652 par le gouverneur de Lauzon au Sr. de Coulonge et à Mgr de Laval, puisque dans l’acte de vente, consenti à Jacques B arbel, devant Binet Notaire, le 10 mars 1716, par Joseph Perrot, (le seigneur “ en second ” de ce fief,) il lui est aussi vendu avec la rivière Argentenay le terrain nécessaire pour la bâtisse d'un moulin et au bord de l’eau ”.

Le moulin d’Argentenay, qui est encore en opération dans cette partie est de File, est donc de construction postérieure à 1716.

Lequel de ces trois moulins de St-Laurent et de Ste- Famille existant en 1702, a été le premier érigé ?

Nous croyons que le premier moulin construit dans l’Ile fut celui de Ste-Famille et que ce fut le “ moulin à vent ”

dont on revoit encore la masse imposante au bord de l’eau ”, et non pas le moulin, à eau, adossé à la falaise et exploité encore par le seigneur Poulin.

Moulin à vent de Ste-Famille (1668)

Ce moulin à vent était une construction en pierre compacte aux murs épais, en forme de rotonde, (comme les tours des buttes à Nepveu que l’on voit encore sur les plaines d’Abraham) munie de deux portes, pour l'entrée du grain et la sortie de la farine, pourvue d’une seule lucarne dans le toit. Des enfoncements creusés dans les parois des murs à mi-hauteur de l’édifice, mesurant bien vingt-cinq pieds de hauteur,

Si

indiquent qu’une forte charpente traversait la tour à deux étages.

Particularité remarquable, la toiture de cette construction, garnie de vergues géantes fortement articulées à l’armature, elle-même puissamment reliée à l’arbre de transmission pour résister aux violentes poussées et aux changements brusques du vent, était mobile à volonté, de manière à pouvoir actionner le moulin sous l’angle que commandait le caprice d’Êole.

Ce môle de pierre, qui jusqu’à ce jour a résisté aux vents et aux marées, reste l’un des rares survivants du passé, comme un témoin des faits historiques qui ont marqué l’établissement de la colonie. Il atteste le rôle primordial joué par le moulin à vent dans le développement de la Nouvelle- France.

Il n’est pas hors de propos de rappeler ici que les premiers colons recherchèrent tout d’abord la côte de Beaupré pour s’v établir(l) : Beauport, l’Ange-Gardien, le Château-Richer, Ste-Anne, St-Joachim, furent les endroits où les Canadiens se groupèrent tout d’abord . Rien d’étonnant dès lors que ceux qui allèrent se fixer dans l’Ile d’Orléans, distante d’environ deux milles, choisirent de préférence les collines avoisinantes de St-Famille, bordée comme le dit Champlain “ de belles prairies qui inondent deux fois le jour ”.

Ste-Famille, fondée en 1661, par Mgr de Laval, ne fut érigée canoniquement qu’en 1664. Dès 1666, l’abbé Pommiers, premier missionnaire y ouvrit les registres et les rédigea jusqu’en 1671. L’abbé Morel lui succéda à la cure de cette paroisse.

Il fut l’un de ces missionnaires qui, au début de la colonie,, parcouraient les divers établissements français ; ils écrivaient sur des feuilles volantes, pour plus tard les consigner dans

(1) Ce n’est qu’en 1683 que fut habitée cette partie de la seigneurie de Beaupré joignant la rivière du Gouffre. La Baie St-Baul comptait alors trois familles, soit trente-une âmes. .

Dans une lettre à Colbert en date du 8 octobre 1663, Boucher lui dit qu ü n’y avait heureusement aucun habitant à la Baie St-Baul, lors du fameux tremblement de terre.

des registres, les actes des baptêmes, mariages et sépultures faits au cours de leurs missions apostoliques.

Ainsi, dans les registres de Ste-Anne de Beaupré, on trouve plusieurs entrées faites par 1 abbé Morel. Dans ceux de Notre-Dame de Québec, notamment est consigné, le baptême, par l’abbé Morel, de l’un des premiers colons, François Lemieux, né le 2 novembre 1760, qui épousa à St-Pierre, I. O., le 20 octobre 1698, Marie-Anne Paradis, fille de Guillaume et de Geneviève Millouet :

Le douzième jour du mois de novembre de l’an mil six cent soixante-seize, par M . Thomas Morel, prêtre, missionnaire du Séminaire de Québec, a été baptisé François, fils de Guillaume Lemieux et d’Elizabeth Langlois sa femme, né le douzième octobre de la présente année. Les parrains et marraine on été le Sr. Paul Dupuis et Geneviève Couillard, fille de Louis Couillard Sr. L’Epinée ”. (1)

En 1668, la population de l’Ile comprenait 471 âmes ; elle était donc plus considérable que celle de Québec. Il importait par conséquent de pourvoir à la subsistance des colons en leur fournissant les moyens de se procurer de la farine.

Le 26 février 1668, en son évêché de Québec, Mgr de Laval passait avec un maître-charpentier un contrat notarié pour la construction d’un moulin à vent, dans la limite de la seigneurie, à l’endroit dont il se réservait le choix. Les travaux devaient être terminés en septembre 1669 et exécutés

(1) Ce François Lemieux était le fils de Guillaume Lemieux, premier ancêtre de la famille de l’Honorable Rodolphe Lemieux, Président de la Chambre des Communes du Canada, Guillaume Lemieux est décédé à Berthier (en Bas,) le 13 octobre 1725.

Qu’il nous soit permis de reproduire ici, comme hommage à sa mémoire, le beau témoignage que comporte son extrait de sépulture tel qu’il se lit dans les régistres de la paroisse de Berthier (en bas) :

“ L’an mil sept cent vingt-cinq, le 15 octobre, a été inhumé dans l’église de cette paroisse, vers la porte, le corps de Guillaume Lemieux, habitant de cette paroisse. Il était âgé de 80 ans ou environ. Après l’estime que tout le monde en fait on a sujet d’espérer que Dieu lui aura fait miséricorde. Il est mort après trois ans de maladie pendant laquelle il a reçu avec beaucoup de piété plusieurs fois l’Eucharistie et l’Extrême-Onction. Comme il était aimé de tout le monde, chacun s’est trouvé à son enterrement.”

Leclair, prêtre.

selon les règles de l’art par l’entrepreneur, puisque l’acte spécifiait “ qu’il sera tenu de le rendre moulant et faisant farine, au dire de gens experts et à ce connaissant

C’est ainsi qu’en 1668 fut érigé dans le fief “ Lirec ” (s’étendant du fief d’Argentenay au fief Gourdeau dit Beaulieu, sur le versant nord de l’Ile), le 'premier moulin banal, actionné par le vent.

Si, comme d’aucuns le prétendent, un premier moulin mû par l’eau avait préexisté, n’est-il pas à croire que l’acte cidessus relaté en eût fait mention ? D’ailleurs, rien ne démontre qu’il se trouvait dans la colonie des personnes versées dans l’exploitation des forces hydrauliques, tandis que les notions de l’utilisation des vents, (comme la chose se pratiquait communément en Europe, en Hollande spécialement) pour la mouture des grains, étaient généralement répandues même au Canada.

Vu l’accroissement de la population et la surabondance des récoltes, l’on construisit au pied de la falaise, à proximité de ce dernier moulin à vent, un moulin auxiliaire actionné par la force motrice du petit cours d’eau qui descendait de la montagne. (1)

Tant qu’une preuve documentaire n’aura pas démontré que le moulin “ Poulin ” a existé avant le moulin à vent, nous persisterons à croire, appuyé sur le contrat authentique trouvé dans les Archives de Québec, que le premier moulin seigneurial érigé dans l’Ile fut ce moulin à vent et que le constructeur fut Charles Pouliot.

On conçoit facilement que ses descendants, de la septième génération, se glorifient de compter comme leur premier ancêtre canadien celui qui édifia sur le sol de l’Ile d’Orléans le tout premier moulin à farine.

Les livres de compte tenus par le procureur du Séminaire de Québec font foi que ce Charles Pouliot fut le premier usinier de ce moulin, qu’il aurait loué, en 1669, à raison de 200 L pour cinq ans (2).

(1) Ce moulin est indiqué sur le plan de Sr de Catalogne en 1709, comme le moulin du Comte de St Laurent.

(2) Notes fournies par Mgr A. Gosselin.

Moulin Poulin ” Ste-Famille (1706)

Il semblerait, par une autre entrée aux vieux comptes du Séminaire, que ce n’est qu’en 1674 et 1675 qu’un autre moulin aurait été construit, du côté nord de l’Ile ; Charles Pouliot y est mentionné comme ayant alors fourni, pour ce moulin du nord, un rouet et un arbre de transmission.

Page 1