LIVRE I. CHAPITRE I
cher des lieux de refuge en dehors de la ville, leur défendant de s'arrêter Mti 1191. dans rintérieur. Espérant ensuite retirer une forte rançon de Jeanne de Sicile et de sa nièce, s'il parvenait à se rendre maître de leurs personnes, il invita les princesses, par un message amical, à venir sans crainte à terre, en leur offrant de riches cadeaux et des vivres du pays : des pains de froment, des viandes de chevreaux et du vin renommé que produisent les riches coteaux au nord de Limassol. Les marins, plus expérimentés, engagèrent les princesses à se défier des propositions dlsaac, et à profiter seulement de son apparente hospitalité en faisant renouveler la provision d'eau douce par quelques honunes de l'équipage. Isaac refusa cette permission, et, pour empêcher tout débarquement, il fit aussitôt couvrir le rivage de Limassol, dont l'abord est naturellement sans défense, de corps de vaisseaux hors de service, de grosses pierres et de meubles divers, employant jusqu'aux portes des maisons des Grecs et des Arméniens qui habitaient la ville. Irrité de voir repousser ses nouvelles offres, et craignant que le navire, objet de sa convoitise, ne lui échappât, il faisait déjà préparer les galères du port, les chargeant de s'en emparer, quand les marins lèvent l'ancre et gagnent la haute mer, où ils retrouvent le vaisseau du roi Richard, et bientôt le reste de la flotte anglaise ^
Les événements qu'il apprit contrarièrent le roi Richard. Il désirait se hâter Richard dewend d'arriver à Saint-Jean d'Acre en ménageant ses hommes; il n'aurait pas voulu être contraint d'exiger par la force le repos et les vivres qui leur étaient nécessaires. Une tentative en faveur des naufragés, et une nouvelle demande d'eau douce pour les navires, n'ayant reçu qu'une réponse dérisoire, le roi se décida cependant à faire descendre une partie de son armée sur les terrains bas et faciles qui forment la plage de Limassol. Il ordonna à ses troupes de s'avancer lentement vers la ville, pendant qu'il les suivait lui-même avec la flotte en côtoyant le rivage^. Instruit des préparatifs de défense d'Isaac, et sachant que des troupes avaient été échelonnées sur le bord de la mer, Richard s'attendait à une assez vive résistance. Quel ne fut pas son étonnement lorsque des Latins, à qui Gomnène permettait de séjourner à Limassol en s'occupant probablenient de commerce', viennent le trouver à bord de sa galère, et lui annoncent quisaac, effrayé du débarquement de l'armée, s'était enfui vers les montagnes, abandonnant la ville, où restaient seulement un peuple inof-
' Vinisauf, p. 3a 1; Contin, de Guill. de ^ Condn, de GuiU. de Tyr, p. i64; //'«t.
7/r, p. 161. de Chypre, t. II, p. 4. note 3; p. i33,
* Hist de Chypre, t. II , p. 4 . 20. note 2.
fensif et des marchands désireux d*étre placés sous sa sauvegarde I Le roi , satisfait de ces dispositions de bon augure, et croyant ne pas être obligé de prolonger son séjour dans Tile, envoya deux chevaliers assurer les Grecs de sa protection. U vint en même temps à terre, fit camper Tannée dans les vergers de Limassol, sans lui permettre d^entrer dans la ville, et publia un ordre sévère, menaçant d'un châtiment immédiat tout soldat qui violerait le domicile d'un homme du pays, ou qui ne respecterait pas ses propriétés et sa personne ^.
Les auteurs du temps ne sont pas d'accord sur le sort des croisés contraints de chercher un asile dans les lieux mêmes où se trouvait alors Tarmée anglaise. Il semble, d'après les mieux informés, que la plupart des naufragés durent en ce moment, ou peu après, rejoindre leurs compatriotes, et qu'ils ne furent pas entraînés par Isaac dans sa retraite précipitée vers les montagnes de l'Olympe. La mer avait rejeté sur la côte les cadavres de ceux qui étaient morts dans la tempête. Parmi ces corps défigurés se trouva celui du chancelier d'An^eterre. Un paysan grec détacha le sceau royal suspendu encore à son cou ; il apporta cet objet curieux dans les tentes chrétiennes, et le vendit au roi*.
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Hichard P' espérait encore qu'une entrevue avec Isaac, en rassurant le prince sur les intentions des Francs, le rendrait plus favorable à leur entreprise, et permettrait à la flotte de reprendre prochainement sa route. Après deux jours donnés aux soins du débarquement et au repos, il choisit deux moines du pays et les envoya au bourg de Kilani , où était campée Tarmée grecque , à six lieues au nord dans les montagnes. Les caloyers portaient à Isaac des paroles de paix, et l'engageaient à une conférence avec le roi. Comnène, habile à approprier aux circonstances ses sentiments et son langage, acquiesça volontiers à leur proposition. Aussitôt que le roi Richard lui eut adressé, sur sa demande, un sauf-oonduit, que lui porta un chevalier normand nommé Guillaume de Préaux ', Isaac descendit dans la plaine avec la plus grande partie de ses hommes, et vint établir ses tentes à Kolossi, vill^ à deux lieues au couchant de Limassol , où fut plus tard le chef-lieu de la commanderie de Rhodes. Il se rendit peu après lui-même au camp des Anglais, accompagne d'un brillant entourage.
* Contin. de GailL de Tyr, p. i6&.
^ Vinisauf, p. 3 20 ; Brompton , col. 1 1 98 ; Roger de Hovoden , p. 690.
^ Coniin. de GailL de Tyr, p. 1 65 ; llist, de Chypre, t. II, p. 5.