‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 100 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIII

Blessé dans son honneur, atteint dans sa fortune, Montbéiiard, dés son arrivée en Syrie, s'adressa en effet au souverain pontife, qui pouvait intervenir pacifiquement dans sa querelle et lui faire rendre raison. Il exposa au pape que le roi Hugues , son beau-frère , méconnaissant ses services , Tavait , sans jugement de la haute cour, dépouillé de sa terre et banni du royaume ^ U pouvait, disait-il, essayer de reprendre son bien lui-même et par la force; mais il préférait attendre que le prince revint naturellement à des sentiments d'équité. Il agissait ainsi, d'abord par déférence pour le Saint-Siège, d'où il espérait justice, puis dans la crainte de nuire aux intérêts sacrés des pays d'outre-mer. On ne sait si Montbéiiard finit par obtenir satisfaction, et si la saisie de ses biens fut levée avant sa mort, survenue peu d'années après^. On connaît seulement l'objet de ses réclamations par une lettre apostolique, dans laquelle Innocent III, en demandant à Gautier de rester loyalement soumis et fidèle au roi Hugues, recommande au patriarche de Jérusalem, son légat, d'insister auprès du roi pour qu'il rende à son beau-frère les droits et les possessions quïl avait en Chypre ^

ISll.

II M plaioi au pape.

Gautier de Montbéiiard acquitta,- du reste, honorablement sa dette à la Ranouvaiamem Terre sainte sous les ordres de Jean de Brienne. Il concourut a la défense du

pays, que l'expiration des trêves tenait sans cesse en alerte depuis 120g. Mais l'insuffisance des moyens dont le roi pouvait disposer ne permit aucune opération de longue durée. On fit quelques incursions sur les terres du Vieux de la Montagne, du côté de la route de Damas; on dirigea une expédition sur les côtes de Damiette^; ce fut à peu près toute la campagne. Malec-Adel connaissait si bien la faiblesse des dhrétiens, qu'il vint, sans se préoccuper de leurs sorties, s'établir au mont Thabor, à sept ou huit lieues de Saint-Jean d'Acre, et reconstruisit sous leurs yeux le château démantelé par Saladin^. II accepta néanmoins un renouvellement des trêves que lui demanda Jean

avec

Maine- Adel.

de Vitry, Narratio de statu Terrœ sanclœ, lib. m, ap. Martène, Thés, anecd. t. III, col. 387.)

' «Sine judicio curie a regno ejus ejecit « et sibi abstuiit terram suam. b (Lettre d'Innocent III , du a4 sept. 1 a 1 1 ; t. II , p. 555.)

' Hist. de Chypre, t. II, p. i4» note.

^ Innocent III au patriarche de Jérusalem, ad septembre iaii,fiiiioc. JU epist. lib. XIV , ep. loÀ et i34 » ap. Baluze, t. II, p. 555; Reinhard, t. I, note, p. 8-9. Voy.

aussi lettre du 3o déc. 1 a 1 1 , lib. XIV, ep. 1 34 1 t. II , p. 570.

* Contin. de GuiU. de Tyr, p. 3 1 6 ; Sanudo , p. ao6; M. Reinaud; Chron. arabes, p. 386. Jacques de Vitry attribue également, mais avec peu de vraisemblance, à Gautier de Montbéiiard, une autre descente près de Damiette, qui avait eu lieu en iao4 sous Amaury II. (Âp. Martène , Thés, anecd, t. III , col. 287.)

* Contin. de GuilL de Tyr, p. 317.

de Brienne, quand les chevaliers de France, croisés ia plupart pour un an , firent leurs préparatifs de départ. La paix fut conclue vers le milieu de Tannée 1211, pour une durée de six ans ^ ; elle devait se prolonger ju8qu*en 1217.

CBnetère et

goavernement oppresseur •Hu

Ces six années s'écoutèrent sans événements bien remarquables dans les deux royaumes. Sur le continent, la reine Marie de Montferrat mourut en d*uûgiies i«'. 1212, après deux ans de mariage^. Elle laissait un seul enfant, Yolande, encore au berceau et destinée à être la femme de Tempereur Frédéric H. Le roi Jean de Brienne, remarié avant le mois de mai 1 2 1 A avec Stéphanie ou Isabelle, fille de Léon II d'Arménie', continua de gouverner plus directement encore qu'au nom de sa femme, en qualité de régent du royaume et de tuteur de sa fille.

En Chypre, le roi Hugues prit personnellement la direction de l'Etat; mais nous savons peu de chose des actes mêmes de son gouvernement La curiosité historique n'est pas toujours satisfaite dans ce qu'elle a de plus légitime. On regrette de ne pouvoir suivre l'administration du jeune homme qui avait annoncé de bonne heure un caractère prononcé et soutenu. Un contemporain fait son él(^e, en donnant les détails suivants sur la personne même de ce prince « qui tant valait. » « Le roi Hugues , dit le continuateur de Guil- « launie de Tyr, était de moyenne taille, ni grand, ni petit, membru et bien « fait, quoiqu'un peu fort et voûté d'épaules. Son visage était froid et sérieux, «son teint blanc, ses cheveux blonds. U montrait un grand désir d'ap- « prendre les choses qui devaient lui être utiles et dont il pouvait tirer hon- « neur. U aimait beaucoup la compagnie des chevaliers et de tous les hommes « d'armes. Il était emporté et violent, mais sa colère ne durait pas*. » Il y a peut-être de l'indulgence ou de la flatterie dans ces derniers mots. Hugues de Lusignan , dans le peu de faits que l'on sait de son règne fort court , y parait d'une humeur exigeante et vindicative. Comprimé dans son enfance, il fut tyrannique à l'âge de la liberté, et sa passion alla quelquefois jusqu'à la dureté vis-à-vis de ceux qui lui déplaisaient.

^ Contin, de GuilL de Tyr, p. 817. Le départ des chevaliers et le renouvellement des trêves durent avoir lieu après la Saint-Jean [là juin), époque fixée précédemment par Jean de Brienne pour son passage en Terre sainte. (Contin. de GailL de Tyr, p. 3o$.)

* Ihid, p. 3ao; Baluze ,./iutoc. lit epist. lib. III. ep. 307.

^ Contin. de Guill. de Tyr, p. 3x0; Paoli. Codice diplom. 1. 1, p. io4-io5 , 879-380.

* Contin. de GtiilL de Tyr, p. 36o; Hist. de Chypre, t. Il, p. 1 5.

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