LIVRE I, CHAPITRE VIII
Innocent lil intervint en diverses circonstances avec une autorité bienveil* 1211 -isi6. lante eptre le roi et ses adversaires. Hugues ne pardonnait pas à Jean de . s«.
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Brienne l'accueil que Gautier de Montbéliard avait trouvé auprès de lui. Il «««c s'en vengeait en cherchant à provoquer des troubles en Syrie et en favorisant les mécontents. Tout homme hostile au roi de Jérusalem était assuré de l'appui du roi de Chypre ^ Les rapports entre les deux princes prirent tout à cofip une aigreur qui pouvait devenir funeste aux deux pays. A la suite de quelques engagements avec les Arabes , probablement dans le nord-est de la Syrie, où les ordres et la trêve de Malec-Adei étaient méconnus, plu> sieurs seigneurs du royaume de Jérusalem, poursuivis par l'ennemi, prirent des navires et passèrent en Chypre; dans le nombre se trouvait un propre cousin de Jean de Brienne^. Hugues se conduisit indignement à leur égard; il les fit jeter en prison, il les soumit aux plus durs traitements, et peut-être rintervention du Saint-Siège, qui s'émut de leur sort, fut-elle impuissante à' obtenir leur délivrance.
La nomination d'un archevêque à Nicosie fut encore une occasion où se CodAu montra l'esprit impérieux et altier du roi Hugues. Ici, du moins, il avait à lo s«int-sirg« défendre un usage devenu une indispensable prérogative de sa couronne. d« i/nommatioD
Les bulles d'érection du clergé catholique en Chypre , aussi bien que le droit " **'^''**général de l'Église, consacraient d'une manière incontestable la liberté des chapitres diocésains dans l'élection de leurs pasteurs, archevêques ou évêques'. Le choix de l'évéque devait seulement être ratifié par le métropolitain; et l'élection du sujet, évêque ou archevêque, devenait irrévocable par la seule confirmation du souverain pontife. Dans l'un et l'autre cas, le pouvoir civil devait rester étranger au choix, à la nomination et à l'institution du prélat Telle était rigoureusement la seule règle canonique que l'Eglise romaine reconnût et soutint dans le monde chrétien. Mais, en réalité, l'usage, plus fort que toutes les théories, et les légitimes efforts du pouvoir laïque avaient presque partout fait accepter de sages ménagements par les chapitres. L'évéque, qui devait rester le sujet du prince, ne pouvait être désigné , nommé et installé dans ses fonctions à son insu ou malgré lui. De fait ,
* i Regnum ipsius , homines suos , qui • régis et quosdam alios vasalos ejusdem , qui , «sîbi rebelles existunt, contra eum, ut di- «Suvceais eos armis ac igné urgentibus, « citur, manutenendo perturbas. » (Inno- «ad terrain tuam quasi tutum Ghristiani pocent m à Hugues I**, 7 janvier i2i3, Ba- cpuli receptacuium , etc.i (Innocent III, laie, t. II , p. 707 ; Reinbard , 1. 1 , pr. p. 1 a. ) 7 janvier 1 3 1 3 , loc. cit. )
* « Nobiiem vinim O. consanguineum dict ' Voy. ci-dessus , p. 1 s 4 .
184 HISTOIRE DE lIlE DE CHYPRE.
1211-1216. sans toucher à la forme de rélection capitulaire, le pouvoir royal prenait partout une part directe soit au premier choix des candidats, soit à Tinvestitore définitive de Télu. Dans certains pays, en France, par exemple^, son inter> vention allait jusqu'à pouvoir exclure préalablement de l'élection tout candidat qui ne lui convenait pas.
En Chypre, dès la fondation du royaume latin, il avait été établi en usage, comme une convenance obligée, que les chapitres, avant de procéder au vote , présenteraient au roi les noms de deux chanoines ou de deux dercs éligibles. Celui que préférait le prince était ensuite r<^[ulièrement élu et institué^. Les choses pouvaient durer ainsi longtemps; mais, au premier dissentiment qui s'élèverait sur le mérite ou les dispositions des sujets présentés, une vive contestation pouvait éclater entre les deux puissances sur les principes même de Télection. Il était certain que le Saint-Siège réclamerait pour TEglise chypriote l'entière liberté du vote, tandis que le pouvoir h>yal voudrait conserver, comme un droit inviolable, la concession qui lui avait été bénévolement accordée dans la pratique.
La nomination de Durand au siège de Nicosie, vers 12 lo , fut la première occasion d'un pareil débat. Durand, autrefois mai vu de Gautier de Montbéliard, avait été choisi par le roi Hugues, et élu suivant les formes ordinaires. Rien ne semblait devoir s'opposer à son institution, que l'un des chanoines, son confrère, avait été poursuivre en cour de Rome, quand les observations de Gautier de Montbéliard sur le candidat du roi Hugues^ déterminèrent le pape à suspendre sa confirmation. En 1 2 1 1 , le patriarche de Jérusalem fut chargé d'examiner l'affaire et de voir si , comme le prétendait la défense de Durand , les dénonciations de Montbéliard n'avaient d'autre motif que le dévouement connu de l'élu pour le roi Hugues et le ressentiment de l'ancien régent contre le roi^. Le patriarche rendit pleine justice au mérite de Durand; mais il cassa son élection, pour défaut de formes, à cause de l'ingérence de l'autorité laïque dans la désignation du sujet ^. Le
* Fieury, Insût. aadrQit ecclés. 1. 1 , p. 1 o4 • Jérusalem , du 3o décembre 1 a 1 1 , lib. XIV, L'immixtion du pouvoir civil dans le choix ep. i34; Baluxe, t. Il, p* 670; Reinhard, des évéques en Allemagne finit par devenir t. L pr. p. 9.
un abus intolérable. (Hurter, In%ùiut. de TE- * Lettre dlnnocent IIL du 3o décembre
gUse, t. II , p. 263. ) 1211, hc, cit.
* Innocent III se plaint de cet usage, ' cNon person», sed electioipa vitioauccomme d*une usurpation du pouvoir civil, «toritate nostra irritam nuntiavit. * (Innodans ses lettres du 1 3 et du 1 5 janvier 1 2 13 , cent III au chapitre de Nicosie , 1 5 janvier mentionnées ci-api*ès, p. i85. i2i3,lib. XV, ep. 206; ap. Baiuze, t. II
^ Lettre d'Innocent III au patriarche de p. 706; Reinhard, 1. 1, pr. p. 11.