LIVRE I, CHAPITRE VIll
dans la partie publique de la rdation de son voyage. C'est un aperçu général isii- laie.
de la situation du royaume de Chypre à Tépoque de la majorité de Hugues P'.
«De Gorhigos, dit Willebrand» nous passâmes en Chypre, cette ile d'une
« si grande fertilité, et où croissent des vins exquis. Elle a un archevêque et
« trois évéques latins ; les Grecs, qui leur doivent obéissance, ont treize évéques ,
« dont un est archevêque. Les maîtres de ce pays-ci sont les Francs ; les Grecs ,
«ainsi que les Arméniens, sont leurs sujets, et leur payent tribut comme
« des serfs. Toute cette population est misérable, mal vêtue, très-portée à la
« luxure , ce qu'il faut imputer sans doute au vin chaleureux du pays ou
• plutôt à ceux qui le boivent. L'ile renferme beaucoup d'ânes et de moutons
« sauvages, des cerfs et des daims; mais elle n'a ni ours, ni lions, ni aucune
« autre espèce d'animaux féroces. Le premier lieu où nous débarquâmes est
« Cérines, petite ville fortifiée, avec un bon port, dont elle est très-fière, et
« un château entouré de remparts garnis de tours. Le roi de Chypre possède
« dans cette partie de l'ile quatre bons châteaux ^.
« Le premier seigneur de l'ile a été créé roi par l'empereur Henri, et cou- « ronné, en son nom, par le chancelier Conrad ; aussi le roi de Chypre est-il « obligé à la fidélité vis-à-vis de l'empereur des Romains , son seigneur. En « quittant Cérines,' nous allâmes à Nicosie, située presque au milieu d'une « grande plaine. C'est la ville capitale du royaume. Elle n'est protégée par « aucune fortification ; mais on y élève en ce moment un fort château. Les « habitants sont innombrables et extrêmement riches. Leurs maisons, par les « peintures et les ornements intérieurs dont elles sont décorées, ressemblent « beaucoup aux maisons d'Antieche. Cette ville renferme le siège archiépis- « oopal, la cour royale et le palais du seigneur roi. C'est dans ce palais que «j'ai vu, pour la première fois de ma vie, une autruche.
«De Nicosie, nous nous rendîmes à Limassol, pour aller voir la croix du « larron crucifié à la droite de Notre-Seigneur. Limassol est une ville peu forte, « située sur le bord de la mer ; son port est très-fréquenté. C'est le premier « siège sufiragant de l'archevêché de Nicosie. Du haut de la montagne de Sainte- « Croix, où nous vînmes ensuite, montagne plus élevée que toutes les autres, «nous aperçâmes Paphos, petite ville, second siège épiscopd, où se voit « encore cette tour sur laquelle, du temps des Gentils, Vénus était honorée.
^ Les chAteaux de Cérines , Dieu*d.* Amour, heureusement perdu , de Tun de ses contem-
Buffavent et Kanlara. Willebrand d*01den- porains et compatriotes: «Qui autempleniua
bourg renvoie ici » pour plus de détails sur • de hac terra scire Yoluerit . . ille requiral
nie de Chypre, à un ouvrage (liber), mal- ilibrum Hermanni de Lugonne, in quo ipso
1211.1210. « Famagouste, où nous allâmes aussi, est une ville peu forte ; mais elle a un « bon port Cest le troisième évéché suffragant de Nicosie^. >
Fondations
et oonfttrnctioas
catholiques.
Les prélats latins recueillaient les privil^es que perdait insensiblement le clergé grec. Albert , troisième archevêque de Nicosie depuis la conquête , avait voulu donner à sa métropole un temple plus approprié aux habitudes du nouveau rite, et plus en rapport au développement qu'il avait pris. En 1 209, vers la même époque où le roi Hugues faisait construire un château fort à Nicosie^, Albert jeta les fondements de Téglise de Sainte-Sophie, beau vaisseau de style ogival, dont sa mort n'interrompit pas la construction. Secondé par la munificence des rois et des chevaliers, Eustoige d'Auvei^e compléta Tœuvre de ses prédécesseurs. U termina la cathédrale en 1228^; il éleva ensuite un palais archiépiscopal^; il augmenta le nombre des desservants de sa métropole , en constituant plusieurs prébendes ou assises pour Tentretien des clercs et des chanoines et les besoins du culte ^. Saint-Nicolas, ^ise principale de Famagouste , réédifiée au xiv* siècle , à la suite d'un tremblement de terre , remonte, dans sa première construction, au temps de Sainte-Sophie de Nicosie^, comme un grand nombre d'églises de Limassoi et de Paphos, qui of&ent encore aujourd'hui dans leurs ruines les traces des réparations des siècles suivants.
Les ordres religieux de l'Occident, venus déjà la plupart en Syrie, se portèrent de préférence en Chypre, où ils trouvaient plus de ressources et de sécurité. On croit que les Carmes possédaient des établissements dans File, avant l'arrivée de Guy de Lusignan ''. Il est certain que, soit à cause de l'ancienneté de la règle du mont Carmel, soit en raison de l'époque reculée de son introduction en Chypre, ces religieux furent considérés comme le premier ordre monastique du royaume. Réglementé de nouveau par le patriarche de Jérusalem, sous les règnes de Jean de Brienne et de Hugues I"'
«vir nobiiis et piissime memorie omnia et cmulto piura de statu hujus terre plene et c ad unguem descripsit. >
* Itiner. Terrœ satictm, ann. i2ii, in-13, p. lÀi, Cologne; dans la Byzantine, à la suite de Genesius et de Matala , p. 1 6 ; Hist, de Chypre, t. II, p. 35. M. Laurent vient de publier à Hambourg une nouvelle édition de cet intéressant itinéraire (Wiihranà4 ooii 01denburg Reise, in-4**. 1 859).
* Nous avons recherché les restes de ces
anciennes constructions françaises à Nicosie, et nous croyons en avoir retrouvé (pielques vestiges. ( Voy. ie Correspondant, t. XVII , p. 53 1 .) ' Amadi, fol. 36; FI. Bustron, fol. 8s. (Voy. Arch, des missions scienfij, 1. 1, p. 5a i.)
• FI. Bustron. fol. 82.
• Cariai, de SainteSopkie, n*** 3 1 , 33 , 34» 35 . 44 » 49 , 53 , 59 , 6 1 ; cf. Hist, de Chypre, t. III. p. 63 1 et suiv.
• F. Bustron, fol. 83.
^ Kyprianos , p. 60.