‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 106 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIII

maisons et des terrains pour fonder des couvents à Nicosie et à Limassol. Il ajouta à ces possessions urbaines quatre villages, qui devinrent dans la suite autant de conunanderies : Platanistia et Phinika, la Feaiquê, alors dans le district de Paphos; MonagrouUii et Kolossi, sur le territoire de Limassol. Une partie des terres et des droits seigneuriaux de ce dernier village avait été concédée par le père ou Toncle du roi Hugues I" à un Français nommé Gariu , qui depuis s'appelait féodalement Garin de Kolossi ou du Colos. Le roi Hugues racheta tous les démembrements de ce beau domaine et le remit en totalité à FHôpitaP, qui en fit plus tard, sous un commandeur, le centre du gouvernement de ses possessions dans Tile.

Telle est Torigine de la grande conmianderie de Chypre, que les chevaliers de Rhodes et de Malte ont conservée jusqu'à la prise de Tile par les Turcs, et dont les terres appartiennent aujourd'hui pour la plus grande partie au domaine particulier du sultan. C'était, par le nombre et la fertilité de ses villages 3, un des plus riches bénéfices de l'ordre. Ses revenus, indépendamment des tailles en argent, consistaient surtout en récoltes de blé, de coton, de sucre, d'huile et de vin^. Les bonnes qualités de oe dernier produit, dans les districts du Kilani et du Limassol, ont conservé jusqu^à ce3 temps le nom de vin$ de commanderie, qu'elles doivent au séjour et aux anciennes possessions de nos chevaliers.

Le comte d'Oldenboui^, dont nous citions les paroles à propos de l'extension rapide de l'occupation latine en Chypre , avait eu pour mission de présenter à l'empereur Othon , en vue de la croisade que réalisa seul peu après le duc d'Autriche, un état de la situation de l'Orient. Il dut chercher aussi, vraisemblablement, bien que Willebrand se taise à cet égard, à entretenir les rapports établis à l'origine entre les royaumes d'outre-mer et l'empire d'Allemagne. Les empereurs sentaient bien qu'une déférence nominale, dépourvue de toute obligation effective, ne tarderait pas à être oubliée et méconnue dans des pays si éloignés. La suzeraineté réelle au-dessus des rois de Chypre et d'Arménie, si elle pouvait se constituer d'une manière durable» semblait appartenir plus naturellement aux empereurs latins d'Orient. Néanmoins, ni Baudouin, ni Henri, son successeur, ne paraissent avoir pensé à

Prétention»

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chypriote.

^ Le diidôme du roi Hugues constatant ces donations est du mois de sept. laio. ( PaoH , Codice diplom, 1. 1 , p. ici.)

' A la fin du xv* sîède , \a commanderie

comprenait encore hi villages. {HUt de Cfyfïres t. III t p* 5oa. )

' Cf. Hiêt. de Chypre, t. II, p. 90» 455, 5oo, 5o3; t. III, p. 27, 88, 5o9.

)2ii-i2id. faire rentrer Tile de Chypre sous la dépendance de leur couronne. Mais le nouveau patriarche de Constantinople renouvela les réclamations élevées par ses prédécesseurs contre les privilèges du métropolitain de Tile au temps de Zenon et d* Alexis ^ Dès sa promotion, Thomas Morosini avait adressé à Rome un mémoire à cet effet, insistant pour que la province de Chypre fût replacée dans sa juridiction. Ses réclamations furent repoussées, comme l'avaient été celles de Tempereur Alexis , et par des raisons analogues. Constantinople était séparée de la communion romaine quand le clei^é latin avait été appelé en Chypre, et bien avant la promotion de Morosini à la dignité patriarcale^. Innocent III manda cependant Tarchevêque de Nicosie auprès de lui^; mais TÉglise chypriote sortit encore une fois avec avantage de cette épreuve ; son indépendance fut de nouveau assurée et ses immunités spirituelles respectées. On ne voit pas qu'à cette époque encore l'Église de Chypre fût r^lementairement soumise au droit de visite, qu'on sait avoir été exercé postérieurement^ dans ses diocèses par le patriarche latin de Jérusalem.

Une extension de prérogatives dédommagea le patriarche de Constantinople des pertes que lui avaient fait éprouver les Turcs et les croisés. Le concile de Latran, réuni en I2i5, le proclama premier des patriarches d'Orient , et marqua sa place immédiatement après l'évéque de Rome dans la hiérarchie du monde chrétien^. Cette grande assemblée, formée de plus de douze cents prélats d'Europe et d'Asie, au sein de laquelle les nouveaux ordres de saint Dominique et de saint François reçurent leur consécration, et où le patriarche des Maronites renouvela son union, décréta enfin la croisade, à laquelle le pape avait consacré deux années de préparatifs et d'efforts*.

^ Voy. ci-dessus, p. 81 et i54.

* Lettres d'Innocent III au patriarche de Constantinople, du 2 août 1306; Baluze, Innoc. m Gesta, S io3 , p. 64 ; Murât. Script. Ital. t. III , part. I , p. 54 5 ; La Porte du Theii , Innoc. epitt. p. 954 ; Buchon , Nouv. recherch. sur la Morée,i. I, I"* partie, p. xly.

' Lettre du 5 août 1206» à Tarchevèque; Hitt de Chypre, t. II , p. 35.

* Une fois au moins en 1267. (Voy. cidessus, p. 124.)

^ Cincpiiëme Canon. (Labbe , ConciL t. XI , col. i53.) Alexandrie fut reconnue comme second patriarcat, Ântioche le troisième et Jérusalem le quatrième.

* C'est à Toccasion du concile général que Jacques de Vitry, alors évéque de Saint-Jean d'Acre, plus tard cardinal, adressa au patriarche de Jérusalem et au Saint-Siège son mémoire sur Tétat de la Terre sainte (Narratio) publié d'abord par Bongars comme III* livre de YHistoria orientaUs, du même écrivain (Gesta Dei, p. 11 25). Le texte, à partir des mots Lœtetur mons Syon (p. 1 1 39]. est d'Olivier le Scolastique. Martène a donné aussi le mémoire de Jacques de ViU^ d'après un manuscrit augmenté de passages originaux, mais postérieurs à la première rédaction. (Tkes* anecd, t. III. ool. 267-287.)

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