‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 112 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IX

ses moyens de défense. Jean de Brienne passa le fleuve, le ô février 1219^ isio-iaso. afin de compléter Tinvestissement de la place. Il vint s'établir sur les terres qui la séparent, à Test, du lac Menzalé. Le siège reconmiença, plus opi* niàtre et plus laborieux que le premier. Il fallait, en poussant les travaux d'attaque, se défendre contre la grande armée arabe campée à Farescour , qui inquiétait sans cesse les retranchements chrétiens. Une compagnie de cent chevaliers chypriotes avec leurs sergents d'armes, aux ordres de Gautier de Césarée, connétable du royaume, beau-frère des princes dlbelin, arriva en ce moment à l'armée. Elle prit sa place autour de l'enceinte, vraisemblablement en haut du fleuve, du côté du midi, où étaient établis le roi de Jérusalem et les chevaliers de la langue de France ^.

Damiette manquait déjà de vivres; ses places étaient infectées de cadavres, et la garnison refusait de capituler. On ne savait qui se lasserait des assaillants ou des assiégés, quand les doubles remparts de la ville furent miracu» leusement emportés, dans une dernière attaque, dirigée par le cardinal d'Albano, lui-même, au milieu d'un orage, la nuit qui précéda le mardi 5 novembre 1219'.

Damiette conquise, Tanis, vaste forteresse au milieu du lac Menzalé, occupée bientôt après , le territoire des deux villes érigé en archevêché et réuni par le légat au domaine du royaume de Jérusalem^, des difficultés inattendues surgirent devant Jean de Brienne. Les rivalités, maintenues à grand'peine pendant le si^, se réveillèrent, aux premiers succès, entre le roi et le légat. Chacun aspirait à la domination exclusive dans l'armée. Le légat soutenait que les seuls sujets du roi étaient les vassaux du royaume de Jéru-

Incertitadet

•ar U diracUon

la guerre.

^ Le jour de Sainte-Agathe , 4* lettre de Jacques deVitry au pape. Thés, anecd. t. III, col. 3o3.

' Contin, de Gaill. de Tyr, p. 387 , 339.

' Cest la date certaine de la prise de Damiette. Voy. le Mémorial des podestats de Reggio (Muratori, Script, ital. t. VIII, col. 1 1 02 , 1 lOÂ ) ; la 4* lettre de Jacques de Yitry au pape (Martëne, Thés. oMcd. t. III, col. 3o3} ; la lettre des prélats et des barons de Tannée au pape , du 3 des ides de novembre , six jours après Tentrée des Francs à DamieUe (Martène, AmpUss, coUect. t. V, col. 1479. Rinaldi, 1918, S 6-7); enfin le

récit de la prise de la ville par Olivier le Scholastique , adressé d*abord au clergé de Cologne sous forme de lettre (ap. Bongars, p. 1 1 9 1 ) et compris ensuite dans sa relation générale de la croisade (Eccard, Corp. hist. L U, col. i4 15). Il faut lire dans ce dernier texte itoRÎs navembris, le jour des nones, au lieu de nono novembrit, le neuf novembre.

* Olivier le Schol. ap. Eccard, t. II, col. 1 4 1 9 ; Jacques de Vitry , 4* lettre à Honorius III , Thés, anecd, t. III , col. 3o 1 ; la même adressée par l'évoque d'Acre à ses amis de Lorraine, ap. Bongars, Gesta D«i> p. 1 146.

ISI9-ISS0.

salem; mais que les étrangers venus en Orient pour la guerre sainte, conservant partout leur caractère de soldats de la croisade, ne relevaient que du Saint-Siège et ne devaient obéir qu*à ses ministres, ou à leurs officiers immédiats ^

Deux partis divisaient, en outre, les chefs croisés au sujet des opérations ultérieures. Le l^at voulait profiter de l'abattement des Arabes et marcher sur le Caire aux premiers mois de beau temps. Les Romains, les Lombards, les chevaliers de la Pouille, ceux de 1* Allemagne et de TAngleterre, ef généralement tous les clercs partageaient la confiance de Pelage. C'était une grande force pour une campagne offensive, car il y avait dans Tarmée, indépendanmient des hauts dignitaires de TEg^ise, venus de presque tous les pays d'Europe, beaucoup de religieux et de prêtres, partis comme saint François d'Assise et (Hivier le Scholastique, en qualité de prédicateurs, de confesseurs ou de simples combattants, qui avaient fait le sacrifice de leur vie, et ne cherchaient dans la croisade que le triomphe ou le martyre. Brienne, les Français et les chevaliers d'outre-mer, avec les ordres militaires, étaient d'avis, au contraire, de se borner à conserver les positions de la côte, en s'y fortifiant, pour donner le temps à Frédéric U d'amener son armée de Sicile et de prendre la tète des forces croisées, ainsi qu'il en avait toujours témoigné l'intention^. Les Arabes, mdtres de la branche du Nil débouchant à Alexandrie, avaient fait sortir un grand nombre de galères qui gênaient les approvisionnements de l'armée chrétienne. La défense de Damiette et de Tanis devait être hors de toute incertitude avant de porter la guerre dans l'intérieur du pays'.

Comptant qu'on n'oserait risquer un mouvement agressif en leur absence, le roi Jean et la plupart des barons orientaux, ainsi que le patriarche, s'éloignèrent de l'armée, et allèrent prendre quelque repos, les uns en Syrie, les autres dans l'ile de Chypre^. Jean de Brienne, qui, après la mort de Marie

^ Memor. potest, Reg. ap. Murât, t. VIII, col. iio3.

' Richard de Saint-Germain , Chron, col. 999* Dès le printemps de 1330, on croyait que Frédéric allait passer en Orient (Lettre de Jacques de Vitry à Honorius III , datée de Damiette, SpiciL t. III, p. 593.) L*empereur retarda son départ jusqu*en 1338.

' Lettre de Jacques de Vitry à Honorius III, datée de Damiette, de Toctave de Pâques 1330, et non 1319, Spicil, t. III, col. 591.

i'* coi. Lettre du grand maître du Temple â Tévèque de Norwich, écrite de Saint-Jean d*Acre , le 3o septembre 1 230 , dans Matthieu Paris, Chron, my. ann. 1231, éd. Wats,

* Les écrivains ecclésiastiques blâment le départ des Orientaux. Oliv. le Schoi. ap. Ëccard , t. II , col. 1 ^ 3 s- 1 433 ; Jacques de Vitry, lettre à Honorius, de Toctave de Pâques. 13 30, ap. d*Âchery, Spicii t. III, p. $90. où la pièce est, par erreur, datée de 1319.

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