LIVRE I. CHAPITRE IX
royal ou les chevaliers jouir paisiblement de toutes les terres qu'ils s'étaient i3So. attribuées ^
Les seigneurs reconnurent que tous les membres du clergé grec, mariés ou voués au célibat, étaient de droit exempts des liens du servage et ne pouvaient être par conséquent assujettis aux tailles personnelles ni aux corvées^. Mais, attendu le nombre considérable des clercs indigènes qu*il y avait dans nie, il fut réglé que tous les ecclésiastiques, papas, diacres ou caloîers, devraient rester dans les villages ou dans les domaines qu'ils habitaient actuellement^, et qu'à l'avenir un serf ne pourrait recevoir le premier degré de l'ordination ou la simple marque de l'ordination monacale, sans l'assentiment de son seigneur féodal^. On stipula même que, si un serf venait à être consacré à Tinsu de son maître, l'évêque diocésain, sans la participation ou l'assentiment duquel l'ordination n'avait pu avoir lieu, devrait rendre en échange un autre paysan à son légitime seigneur.
La convention de Limassol , qu'on pouvait croire suffisamment explicite sur tous ces points, ne fut pas trouvée assez précise dans la pratique; et , deux ans après son adoption, il fut nécessaire de la compléter par un nouvel acte.
Des avis opposés parvenaient depuis quelque temps aux chefs chrétiens 1221. d'Egypte et de Damiette sur la disposition des musulmans. Tout annonçait Peri« que de grands préparatifs se faisaient dans la haute Syrie, et que de puis- Fi>
/ do la croisade.
sants renforts allaient descendre de l'Oronte et de l'Euphrate vers l'Egypte. Ceux qui transmettaient ces nouvelles engageaient les Francs à ne pas quitter Damiette^ et à conserver toutes leurs forces autour de la ville pour résister à l'armée musulmane qui allait vraisemblablement fondre sur eux. Les messages des prisonniers francs emmenés au Caire invitaient au contraire les croisés à se porter sans retard au cœur du pays et à ne pas se laisser surprendre par l'inondation du fleuve, de plus en plus prochaine. Une seule victoire encore leur paraissait devoir assurer la soumission des Arabes, dont ils attestaient le trouble et l'épuisement^.
Encouragés par l'arrivée du duc de Bavière, que l'empereur Frédéric avait envoyé en Sicile avec quelques troupes , en promettant de le suivre prochainement, les chrétiens sortirent de Damiette à la fin du mois de juin 1221,
* Art. 10. * Art. K et 9 , et l'article 9 de la confir-
' Art. 3 , 9 , et les articles correspondants mation de 1232.
de la confirmation de 1223. * Oliv. le Scholast. col. iA33,
^ Articles 3 et 9. • Ihià. col. 1427.
it%ï.
et dressèrent leurs tentes dans la campagne ^ À la confiance que leur inspirait l'enthousiasme des troupes, se joignait, dit-on^, chez le légat et chez le duc de Bavière, le désir secret d'obtenir quelque grand avantage avant le retour des barons d'outre-mer. Jean de Brienne, prévenu à temps, débarqua cependant à Damiette au mois de juin, avant leur départ, suivi des chevaliers de Chypre et de Syrie^. Il essaya d'arrêter le mouvement de l'armée. Il aurait voulu établir un vaste camp retranché sur les bords du fleuve, en avant de Damiette, et attendre dans cette situation l'arrivée de l'empereur et de sa flotte, projet plein de sagesse, bien que les circonstances l'eussent rendu tout à fait inutile, car il n'entrait pas dans les calculs de Frédéric d'exécuter de longtemps encore la croisade si souvent annoncée^. Jean de Brienne ne put faire prévaloir son avis. Les grands maîtres ayant reconnu eux-mêmes qu'il était impossible de retenir les croisés dans les murs de Damiette^, tout fut disposé pour l'attaque. Les chrétiens, ayant quarante mille fantassins, et à peu près six mille hommes à cheval , dont mille chevaliers^, s'avancèrent d'abord pleins de détermination en chassant devant eux les Arabes. Parvenus au sommet du delta formé par la branche phatmétique et le canal d'Achmoun, ils virent sur la rive droite du Nil l'inmiense camp des Sarrasins établi au lieu de Mansoura, qui, d'un simple campement, était devenu en quelques mois une véritable ville. Toutes les forces de la Syrie et de l'Egypte s'étaient donné rendez-vous en ce lieu, fermant le passage à l'armée chrétienne. Les chefs croisés les plus confiants avouèrent qu'on ne pouvait songer à forcer cette position inexpugnable, et résolurent de rentrer à Damiette; mais il était trop tard. La retraite commençait à peine, que les écluses des canaux d'irrigation, ouvertes par ordre du sultan, submergèrent les routes par où la veille les troupes chrétiennes s'étaient avancées de pied ferme. Sans avoir livré combat, l'armée entière était vaincue et prisonnière. En un jour, les résultats et l'espoir de la croisade se trouvaient anéantis.
* Oliv. le Schoiast. col. 1427; lettre de Philippe d^Albiny, dans Matthieu Paris , ann. 1333, p. 3 13.
' Cest, du moins, Taccusation de quelques continuateurs de Guillaume de Tyr, peu favorables, en toutes circonstances, au légat. (Mss. de Golbert et de Fontainebleau, liv. XXXII , ch. xYi-zvii , p. 349 > 353.) D'autres continuateurs disent, au contraire, que le cardinal eut soin d'avertir le roi Jean du mouvement qui se préparait, en l'invitant à
revenir au plus tôt en Egypte. (Mss. c. D. g. p. 356, 357.)
' Oliv. le Schol. col. 1437; Conùn. de GttilL de Tjrr, p. 349*
« Huiliard-Bréholies, HUt dipL Frid,
p. CCCXXIV , CGCXXV.
* Lettre du grand maître du Temple an commandeur de Tordre en Angleterre, dans Matthieu Paris , ann. 1333 , p. 5i4.
* Lettre citée du chevalier Philippe d*Albiny, Matth. Paris, ann. 1333.