LIVRE î, CHAPITRE IX
Brienne, qui se lia personnellement dans ces circonstances avec Malec- 1221. Kamel, se hâta de conclure une capitulation pour sauver les malheureux qui avaient refusé de l'écouter. Il promit au sultan la reddition immédiate de Damiette^ et se livra lui-même, ainsi que le légat, parmi les otages garants de révacuation. Les Occidentaux durent regretter alors de n'avoir pas accepté les propositions avantageuses que Tespérance de voir arriver l'empereur leur avait fait rejeter après la conquête de Damiette^. Il parait certain en effet que les Égyptiens , effrayés de l'invasion , avaient offert de rendre la Palestine entière en échange de la ville conquise'. Mais Dieu, disent les anciennes chroniques, semblait se plaire à confondre les desseins des hommes présomptueux , et à punir l'ingratitude des cœurs qui l'avaient oublié après la victoire. La ville ayant été remise au sultan et une trêve conclue pour huit années, les chrétiens rentrèrent en Chypre et à Saint-Jean d'Acre, d'où les croisés repassèrent la plupart en Europe.
Les dissentiments manifestés plusieurs fois en Egypte entre la noblesse et issi-iass. le clei|[é chypriotes sur\Tcurent au siège de Damiette. La discussion des u eim^jé uuo rèdements concernant les propriétés rurales avaient mis plusieurs fois en rentière
• . . . . . . «oamisaîon
opposition les intérêts des deux corps. Les questions relatives à la condition ^«
des indigènes accusaient une divei^ence plus marquée dans leurs vues et leurs moyens de gouvernement. Le clergé catholique, désirant ramener à l'unité les Églises dissidentes, exigeait l'entière subordination des Orientaux et de leurs prélats. Il admettait la diversité des rites et des formes du culte; mais, pour établir manifestement la complète suprématie de l'Eglise romaine, il voulait qu'il n'y eût en Chypre qu'un seul archevêque, métropolitain de toutes les communions chrétiennes, qui étendît par lui-même et par ses trois suffiragants la juridiction latine sur toutes les parties de l'ile. S'il avait consenti à laisser aux Grecs quatre de leurs anciens sièges épiscopaux, c^était à la condition que les titulaires, dont il ne voulait faire que de simples vicaires , exerceraient leurs fonctions sous la dépendance des ordinaires làtins dans le diocèse desquels se trouvait le lieu de leur résidence.
Aussi voulait-il que les Grecs, les clercs comme les laïques, pussent tou-
* Conûn, de GailL de Tyr, p. 35 1 ; M. Rei- de GttiU. de Tyr, p. 33g , 34a ; Oliv. le Schol. naud , p. 4 1 7. coi. 1 d 1 4 ; Jacques de Vitry , 4' lettre , Thés.
* Lettre d'Honorius III , du ignov. laai; anecd. t. III, col. 3oi; Vincent de Beativ. Hist. diplûm. Frid. i. II, p. 231. lib. XXX, cap. lxxxvii, éd. Douai, t. IV,
^ Cf. M. Reinaud, p. 4i3, 4i8; Contin, p. 1263.
âlO HISTOIRE DE L'ÎLE DE CHYPRE.
122M222. jours, dans leurs procès, interjeter appel de la décision rendue par leurs évêques nationaux au jugement des évoques et de Tarchevéque latin , leurs supérieurs ^ Il tenait, en outre, à ce que nul dignitaire de TÉ^ise grecque, évéque, abbé ou papas, ne prit possession des fonctions auxquelles TélectioD régulière Tavait appelé, sans la permission expresse de son évéque diocésain. Enfin, et comme premier témoignage de soumission, il exigeait de tous les prélats grecs nouvellement nommés qu*ils vinssent s*agenouilier devant révéque latin , leur ordinaire , et que , mettant leurs mains dans ses mains , à la manière du vassal rendant hommage à son suzerain, ils lui jurassent fidélité et obéissance^. G*était, à ses yeux, la conséquence légitime de rétablissement de la domination et de Forthodoxie latine en Chypre. Le clergé grec devait être sans doute toléré, il serait protégé, s'il obéissait; mais, puisque les barons avaient exclu la population indigène des privilèges européens, les iévéques latins ne voulaient pas admettre les prélats indigènes à partager avec eux les droits de la souveraineté spirituelle , que devait seule posséder TEglise catholique et romaine.
u» roi» Le pouvoir civil cherchait à tempérer la rigueur de ces principes, dont il
ménagent
1» portait cependant le germe en lui-même, et dont il consacrait chaque jour
iD<)i|ffDrs. l'application dans Tordre politique. En toute occasion il avait ménagé les sentiments religieux des populations indigènes. Il n'avait pas voulu ajouter, aux obligations féodales qui pesaient déjà sur elles , le fardeau et Thumiliation de la servitude ecclésiastique. Les rois auraient consenti à laisser à TEglise grecque, sous leur autorité et sous la protection dq Saint-Siège, une existepce à peu près égale à celle de l'Eglise latine. Ils ne voyaient pas d'inconvénient à conserver à la tête de chaque diocèse, avec des résidences différentes, deux prélats indépendants, l'évêque grec, chef naturel et indispensable de la popuiatioh indigène, et l'évêque latin, représentant des intérêts et des droits de l'Eglise universelle. Vainement les constitutions apostoliques avaient-elles, depuis le règne d' Amaury , transféré le pouvoir métropolitai n à l'archevêque latin , et réduit les Grecs à n'avoir que de simples évêques; les rois avaient toujours maintenu le métropolitain indigène dans sa dignité. L'Eglise protestait contre
' Première lettre de Germain , patriarche * Première lettre de Germain , S g * 1 3 .
de Gonstantinople , au clergé chypriote, de 17; ap. Reinhard, t. I, pr. p. 21, aA. iS;
Tan 1233; ap. Cotelier, Monwn, Ecclesim 2* lettre du patriarche Germain au clergé
grœcœ, t. II, p. ^62; Reinhard, t. I, pr. chypriote, S 8, ap. Reinhard, t. I, pr.
p. 21 et suiv. S 9, 17. p. 3d.