‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 116 sur 283 · LIVRE J, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE J, CHAPITRE IX

cette déférence coupable; elle n'admettait pas qu'il put exister, au sommet de 1221-1922. la hiérarchie sacrée ou dans les diocèses particuliers, deux prélats égaux en attributions et en puissance. Diviser ainsi Tautorité, disait-elle, c'est la détruire, violer les saints canons, et donner monstrueusement deux têtes à un même corps ^

L'archevêque des Grecs était alors un prélat estimé, nommé Néophyte, le même peut-être qui, simple moine à l'époque de la première invasion des Francs en Chypre, cédant aux sentiments de répulsion que provoqua d'abord en lui l'aiTivée des barbares d'Occident^, avait répandu dans l'Eglise d'Orient un violent écrit sur les malheurs de l'île. Tant que l'Egée latine n'avait pas été bien assise, l'archevêque avait pu, grâce à la faveur royale, conserver ses fonctions et demeurer ou revenir dans l'ile, sans être trop inquiété. Recherché sous Henri P', sommé de remettre l'anneau pastoral ou de faire acte de soumission à l'archevêque latin, Néophyte préféra l'exil à l'humiliation^.

A l'exception des Maronites , dociles à l'Eglise et au gouvernement des Latins, les autres sectes dissidentes asservies par la conquête avaient éprouvé la même agitation et les mêmes mouvements d'ambition que les Grecs. Les Syriens, les Jacobites, les Nestoriens, supportaient, parce qu'ils ne pouvaient s'y soustraire, les lourdes chairs de l'autorité civile; mais, enhardis par TindifTérence des barons sur les questions de juridiction ecclésiastique, ils relevaient depuis peu la tête devant les prélats latins , et réclamaient aussi , comme les Grecs, quelque indépendance. Leurs évéques déniaient toute supériorité aux évéques latins; ils voulaient administrer librement leurs fidèles et ne recevoir d'ordre que du roi ou du Saint-Siège. Honoriûs m fut obligé de leur notifier, en 1222, qu'ils devaient avant tout respect et obéissance aux évéques latins, ce qui impliquait l'obligation de se subordonner à leur contrôle et à leur inspection^. Mais la soumission ne fut jamais qu'apparente et contrainte. Si l'histoire ne s'occupe pas plus souvent des querelles de ces sectes particulières avec l'Église latine, c'est que leurs colonies étaient conune

' Lettre d*Honorius III , répondant , le a t décembre 1321, au roi ou au régent de Chypre. Autre lettre d'Honorius , du 3 janvier 12 22 , chargeant le patriarche de Jérusalem et les archevêques de Tyr et de Gésarée, de veiller à ce que les évéques grecs chypriotes fussent soumis à l'autorité des cvèques latins-, Rinaldi» 1222, S 8 et 9; Hist de Chypre, t. II, p. 45.

* Voy. ci-dessus , p. i25.

' Première lettre du patriarche Germain au clergé de Chypre , de Tan 1 2 23 , ap. Gotelier, t. II, p. ^62; Reinhard, 1. 1, pr. p. 18, 20, S 5, 6. Voy. les observations de Mansi sur Rinaldi , 1 2 2 2 , t. XX , p. 5o 1 .

* Lettre d*Honorius III, du 22 janvier 1222; Rinaldi , 1 222 , S 1 o ; Hist, lU Chypre, t. II, p. /i5,t. III, p. 618.

212 HISTOIRE DE l1lE DE CHYPRE.

1923. inaperçues au milieu de la population grecque, et qu^elles suivaient presque en tout sa destinée. Bien qu'aucune disposition expresse ne le détermine, on voit que les constitutions générales de Célestin III, réglant les rapports de TEglise grecque avec TEglise latine, comme les prescriptions du traité de 1 220 au sujet des immunités et des obligations du clergé grec, furent également applicables aux Syriens et à toutes les autres conununions dissidentes.

14 Mpi. 1222. Il avait été plus facile de faire comprendre les avantages d'un accommo- NoQTei «cconi dcmcnt sur ces diverses questions que d'en assurer l'exécution. Les barons et

des prélaU

et des baron* la couronuc, qui seuls avaient fait des sacrifices dans la convention de Limas-

BU sujet

des propn^i^ sol , montrèrcut peu d'empressement à s'y cx)nformer. Des difficultés nouvelles

rurales. , , ,

ne tardèrent pas à s élever sur les objets qui avaient été incomplètement réglés. A peine accepté, le traité se trouva contesté dans ses conséquences, et eut besoin d'être défendu.

Le cardinal d'Albano, saisi des plaintes du clergé chypriote à son passage dans l'ile en 1222, comme il revenait en Italie^ provoqua, du consentement de la reine, une conférence des prélats et des chevaliers à Famagouste même, où sa galère avait jeté l'ancre. Le i4 septembre 1222, dans une réunion à laquelle assistèrent les grands maîtres du Temple et de l'Hôpital, le premier accord de Limassol fut expliqué, renouvelé et revêtu par le légat de Tapprobation apostolique^. On y dit plus formellement que le roi et l'archevêque détermineraient , pour chacun des monastères grecs existant dans le royaume , le nombre fixe de religieux qui lui serait attribué'. Aucune admission nouvelle ne devait avoir lieu , à l'avenir, qu'après la réduction au chiffre normal du nombre actuel des caloîers ^. Les quatre évêchés grecs correspondant aux évéchés latins furent maintenus, comme ils avaient été établis par les bulles de Célestin III; mais les prélats indigènes durent fixer leur résidence dans une autre localité que la ville épiscopale latine. Il leur fut, en outre, rappelé expressément que les évêques latins étaient les véritables chefs spirituels des diocèses sur le territoire desquels se trouvaient des évéchés levantins, et qu^iis avaient droit, comme supérieurs, à leur déférence et à leur soumission ^

1223. Le clergé grec se voyait ainsi placé entre deux partis qui lui répugnaient

piainiei également. S'il se résignait à son sort, il pactisait avec l'hérésie et outra-

du tWTgé greCi

^ Cf. Oliv. le Schol. col. 1 ^5o. ' Article 9.

* Nous donnons le texte de l'accord , HisU * Ibid.

d€ Chypre, t. III, p. 619. ^ Art. 1 1 , p. 622.

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