‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 117 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IX

geait les sentiments de TEglise orientale ; s'il fuyait la persécution , s'il quittait i^âs. riie pour suivre les pas de son archevêque , il livrait ses ouailles à un joug hunùliant, et les abandonnait au moment du danger. Dans cette douloureuse incertitude, il tourna ses vues vers TÉglise de Constantinople, et demanda conseil au patriarche Germain Nauplius, en chargeant Tévéque de Soli et rhégoumène du monastère des Absinthes de se rendre à Nicée, où résidait le patriarche grec» depuis la conquête de Constantinople par les Latins. «• Notre situation avait été, jusqu'ici, bien alBigeante, disaient les Chypriotes, « mais nous avions cependant supporté nos malheurs , parce que nos corps « seub avaient à souffrir de la tyrannie des* Francs. Aujourd'hui , les âmes « mêmes sont menacées ; la voix de l'Eglise sainte est sur le point d'être «étouffée. Avec les guerriers latins, sont venus dans Tile des prêtres de la «même race, qui ont bouleversé nos églises, envahi nos domaines, et porté « une main sacrilège sur les choses divines. Notre légitime pasteur, le très- «heureux archevêque des Chypriotes, Néophyte, chassé de son si^e, a été « remplacé par un homme étranger, inexpert, pris parmi les Latins. Cet « honmie veut que nos évêques et nos prêtres fassent leur soumission dans « les mains des évêques latins, avant d'avoir le droit de diriger et d'instruire • leurs fidèles. S'ils n'obéissent pas, ils se voient obligés de quitter l'ile, et, «s'ils s'éloignent, ils laisseront le peuple romain errer vers les précipices, « sans pasteurs et sans maîtres ^ »

L'urgence du cas motiva la réunion immédiate d'un synode, dont les délibérations furent notifiées aux députés chypriotes par le gardien des archives de l'église métropolitaine de Nicée, vers le mois de juillet 1 223, sous forme de lettre patriarcale^.

Le synode engage les Chypriotes à céder aux prélats latins, dans toutes les questions d'intérêt pécuniaire, où le bien des âmes n'était pas manifestement en jeu ; il leur conseille de se résigner à la nécessité de l'installation des sujets grecs par l'évêque latin', et à la douleur de voir leurs fidèles appeler, s'il leur convient, de leurs propres décisions au jugement des officialités latines*. Certain de la foi du peuple orthodoxe, il affecte de considérer ces faits avec indifférence. H en parle ironiquement, et, pour lui, le clergé

* Le patriarche de Constantinople, Ger- et par Reinhard, H'xsi. àe Chypre, t. I. pr.

main, rappelle les plaintes des Chypriotes p. 16, 39 ; cf. p. 18 et 34. dans les deux lettres qu*il leur adressa en ' C'est la première des deux lettres de

12 23, après la mission de Tévéque de Soii. Germain aux Chypriotes. Ces lettres ont été publiées par Cotelier, ^ illettré, S 9, 10, 17.

Monnm. EccUsim grmcit, t. II , p. 462 , ^75 , * Ibid. S 17.

1229. latin ne tient à ces marques de déférence qu en raison des émoluments considérables qu'elles lui rapportent ^ Mais il veut que Ton refuse absoloment rhommage des mains, sujétion humiliante, signe de la servitude, imposée par les Latins à ceux qu'ils ont vaincus dans les combats^. «Imites T^iise

• de Constantinople» ô nos frères de Chypre, et ne cessez d'adresser au Sei- « gneur vos hymnes pieuses. Nos troupeaux ont été longtemps séparés de leurs «pasteurs, obligés de vivre au milieu de loups farouches, les barbes arra-

• chées et le visage flétri ; ils ont laissé hurler les loups, et les ont confondus « par leur calme, en gardant précieusement le dépôt sacré de la foi hérédi- « taire ^. » Dans une lettre adressée séparément aux Grecs et aux Syriens chypriotes, le patriarche revient particulièrement sur la défense de jurer fidélité aux prélats latins, et déclare que les laïques doivent refuser absolument le ministère de tout sujet ainsi assermenté. « Ne vaut-il pas mieux prier soli-

• tairement dans vos maisons , que d*aller faire les collectes avec des prêtres « qui partageraient les erreurs latines , ou qui , sans pitié pour vos églises « envahies et souillées, regarderaient le pape comme leur pontife^. >

Ainsi, pour Germain Nauplius, oublieux de toutes. les traditions de Thistoire, reconnaître la suprématie romaine, c'était condamner le passé de l'Eglise orientale; mieux valait subir les plus dures humiliations , l'exil et le joug musulman. Les clercs chypriotes auxquels parvinrent les avis du patriarche ne suivirent pas tous des résolutions aussi absolues. Beaucoup cédèrent aux nouvelles puissances de l'île, soit par dévouement à leurs peuples, soit peut-^re par intérêt personnel; mais ceux qui faiblirent n'en furent, au fond, que plus irrités contre l'Eglise latine. L'obéissance les dégradait à leurs propres yeux; et, sous les apparences de la résignation, se cachèrent des sentiments de rancune et d'aversion insurmontables.

Pcn de gravité Les qucrellcs des deux Eglises ne préoccupèrent point cependant sérieu-

de

CM querelles semeut le gouvememeut de l'ile. La race grecque était vouée par lui au tra-

pour

le ^uvoir vail ct à la servitude. Depuis le règne d'Amaury, sa soumission au pouvoir royal était entièrement assurée, et le clergé indigène aurait vainement employé ses efforts à provoquer un soulèvement armé pour sa défense, comme au temps des Templiers. Les Grecs, d'autre part, avaient tout intérêt à accepter paisiblement leur condition, et les rois de Chypre, en les ménageant, obéissaient bien plus aux sentiments d'équité qu'inspire l'Evangile qu'aux

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' Ibid.$ i3. * 2*lettre de Germain aux Chypriotes, S 8.

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