‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 118 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IX

suggestions de la politique. Assez d'Européens et d'Asiatiques ^ continuaient à i323. se rendre en Chypre, pour que les héritages ou les établissements abandonnés trouvassent promptement de nouveaux propriétaires, désireux de les cultiver, et empressés de participer aux bénéfices que commençait à donner le commerce maritime. Les vrais dangers de la domination latine, les seuls qu'elle eût alors à redouter, ne pouvaient provenir que des causes de mésintelligence entre la noblesse et la royauté, ou des propres dissentiments des chevaliers entre eux. De semblables conflits, toujours à craindi^e dans les Etats féodaux, menaçaient depuis quelque temps de troubler le royaume de Chypre.

Quelques honunes, jaloux de Tinfluence des princes dlbeiin, avaient in- L«rem«Aiii

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disposé Alix de Champagne à leur égard. Dans les premiers temps de son •«

veuvage, la reine avait sans peine accepté le partage de la souveraineté j pour toute la durée de la minorité de son fils. D elle-même elle s'était déchargée du gouvernement sur l'expérience et l'amitié de ses oncles, ne se réservant que la jouissance des revenus royaux. Des insinuations malveillantes et intéressées finirent par lui faire envisager ces arrangements comme une dépossession injuste, et ses oncles comme des tyrans; mais, quand elle voulut faire remarquer aux liges son éloignement à peu près complet du pouvoir, à peine trouva-t-elle, en dehors des complaisants qui la conseillaient, quelques chevaliers disposés à écouter ses plaintes. Blessée de voir méconnaître ainsi sa qualité de mère du roi, songeant d'ailleurs à se remarier, elle s'éloigna de l'île de Chypre et se retira en Syrie vers l'année 12 23^.

Eudes de M ontbéliard , cousin, à ce qu'il parait, de l'ancien régent de Jmo «i» Brimno

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Chypre, sous le règne de Hugues l•^ ^(ouvernait alors à Saint-Jean d'Acre, «oprèt da p«pe. au nom du roi Jean de Brienne, passé depuis peu en Europe'. Après la malheureuse issue de la guerre d'Egypte, dont l'insuccès était dû bien plus à l'aveugle impatience des croisés qu'aux retards de Frédéric, le pape Honorius avait mandé auprès de lui le légat et les chefs d'ordres militaires. Le roi Jean avait également quitté la Syrie, qu'il ne devait plus revoir, et

' Le I*' octobre (1230), à fépoque où bilanta s*est réfugiée en Chypre et ea Ar-

Jean de Brienne se trouvait momentanément ménie. (Arch.deTEmpire, J. 443, n* a. Orig.

à Acre, les prélats de Terre sainte écrivent scellé de neuf sceaux.)

au roi de France que le pays est désolé par ' Conlm, de GuilL de Tyr, p. 36 1.

le sultan de Damas et qu*une partie des ha- ^ Ibid. p. 355.

J2a3. s'était rendu à l'appel du Saint<Père, afin de conférer ensemble sur 1 étal des pays d outre-mer.

Sollicitude Le royaume de Jérusalem se retrouvait ainsi encore une fois sans roi.

aa Saint-Siégv

poar Depuis quarante ans une sorte de fatalité ruinait tous les projets formés d'ottire-mer. pour fixcr SOU aveuir et lui créer une dynastie. La famille de Godefiroy n^avait donné que des fenmies; ceux qui les avaient épousées, Conrad de Montferrat, Henri de Champagne, Amaury de Lusignan, avaient été enlevés coup sur coup avant d'avoir pu raffermir une autorité toujours contestée. Le Saint- Siège seul poursuivait, par son infatigable vigilance, l'œuvre qtxe la mort interrompait si souvent. Il rassurait les Orientaux, et sollicitait sans cesse pour eux des secours en Europe.

Les successeurs des princes qui avaient conquis Saint-Jean d'Acre ne pouvaient encore reprendre la croix ; mais la cour de Rome espérait que le nouvel empereur d'Allemagne, héritier de la maison de Souabe, sa créature et son élève, tiendrait à honneur de reconstituer le royaume de Terre sainte, en accomplissant la grande croisade, tentée seulement par son père et son aïeul, promise solennellement par lui-même, au jour de son couronnement ^

£t|>^niic«« Frédéric II, orphelin à l'âge de trois ans, tendrement élevé par Innocent III,

qu il fonde

•ur rempereur SOU tutcur, ct par Houorius m, son précepteur, paraissait appelé à réaliser les vœux du Saint-Siège. Toutes les faveurs lui avaient été prodiguées. Théritage de Sicile conservé, l'appui de l'Eglise assuré, la couronne impériale offerte et donnée, à deux conditions principales: ne réunir jamais à l'empire d'Allemagne le royaume de Sicile, et passer, aussitôt qu'il lui serait possible, à la tête d'une puissante armée, en Terre sainte. Frédéric avait promis tout ce qu'on exigeait de lui; mais il avait jusque-là trompé toutes les attentes. Innocent III mourut, doutant déjà de la reconnaissance de son pupille ; Honorius , désarmé par son affection , passa les onze années de son pontificat à demander, sans oser l'exiger, le respect des engagements si promptement oubliés par le jeune empereur. Sans scrupule pour sa parole, Frédéric, à peine sacré, avait indivisiblement garanti la Sicile avec la couronne d'Allemagne à son fils Henri; il éloignait de délai en délai sa croisade, retenu en Europe par les exigences croissantes de ses intérêts et de son ambition^. Les affaires d'Allemagne, l'agitation des Guelfes en Lombardie, le

' Voy. ci-dessus, p. 3o4. Tyr, p. 353 ; Richard de S. Germ. ap. Mural.

* Rinaidi , 1 320 , S 3 1 ; Conlin. de GuilL de t. VII , col. 992 , 994.

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