LIVRE I, CHAPITRE IX
soulèvement des Arabes de Sicile, roccupaieut bien plus que la situation de Jérusalem et le sort de Saint-Jean d'Acre. Avant tout il voulait agrandir et pacifier les Etats de son fils, dont Tingratitude devait cruellement tromper sa prévoyance et punir son parjure. Frédéric demandait encore un sursis, quHonorius III accordait, quand les chefs d'outre-mer, appelés en Italie, apportèrent à la cour romaine les détails de la prise de Damiette ^
Dès les premières conférences, ouvertes en présence de Jean de Brienne, Projet d'union
* * entra
du pape et de Tempereur ^, Herman de Saltza, grand maître de Tordre teuto- ^r^^ie ii
« • t r^ i« A 1 *' l'héritière
nique, proposa à l'empereur, veuf depuis peu de Constance d Aragon, de de prendre en mariage la fille de Jean de Brienne « Isabelle ou Yolande^, héritière directe de la couronne de Jérusalem, par Marie de Montferrat, fille d'Amaury 1", en réservant au roi Jean le titre et les honneurs.de la royauté, sa vie durant^. La pensée du grand-maître fut aussitôt accueillie. Honorius y vit le moyen le plus sûj d'intéresser Frédéric au sort de la Terre sainte; et l'empereur, la possibilité de réaliser, dans un moment plus opportun, les vues héréditaires de sa famille, en ajoutant au domaine impérial les royaumes d'outre-mer. Le projet d'union fut publiquement annoncé dans un parlement général ouvert à Ferentino, sur la frontière des Etats romains, vers le mois de mars i223^
Isabelle de Brienne, atteignant alors sa onzième année, était nubile dans un an environ. L'empereur avait vingt-huit ans. Le pape donna par avance les FnU^ncâode dispenses nécessaires au mariage des deux époux, alliés déjà par quelque pa- eogagenems. rente ^. Frédéric promit , sous la foi du serment , d'épouser la princesse et d'aller personnellement en Orient reprendre la guerre contre les Sarrasins, dans le délai de deux ans, à compter de la prochaine fête de Saint-Jean-Baptiste '^,
' Rinaldi, 1221» S 6, 7; 1S22, S 2, 5, 3i; Contin. de GuilL de Tyr, p. 355.
* ïbid, liv. XXXIJ, ch. xix, p. 355; eztr. du ms. G. p. 364 ; mss. D. 6. p. 366.
' Lds chroniqueurs donnent ces deux noms à la princesse.
* Contin» de GuUL de Tyr, p. 358; Sa-' nudo, p. 21 1.
' Rich. de S. Germ. col. 995 ; Contin. de Guiil. de Tjrr, liv. XXXII, ch. xix, p. 356; Godefr. de S. Panlal. AnnaL coL ap. Struve . Script, Germ. t. 1 , p. 392 ; Pierre de Coral ,
Alhéric des Trois Font. ap. Bouquet , t. XVIIf , p. 24o, 3o3, 793.
* Rinaldi , 1 223 , S 7 ; Huillard-Bréholles» H'ist. diplom. Frider. t. Il, p. 395.
^ Lettres d'Honorius 1 1 1 aux rois de France et d'Angleterre; Rinaldi, i223, S 3; Hist, dipl. Frider, t. IT, p. 376; Godef. de Saint- Pantaléon » p. 392 ; Richard de Saint-Germ. col. 996. Le Continuateur de Guillaume de Tyr (mss. de Fontainebleau et de Golbert). n a pas de notions exactes sur Tâge de l'impératrice Isabelle , ni sur le terme de Tenga-
c'est-à-dire avant l'été de l'an 1226. La situation de la Palestine n exigeait pas que les secours arrivassent avant ce terme, car la paix était garantie par les derniers accords de l'évacuation de Damiette, jusqu'à Tannée 1229. Frédéric mit d'autant plus d'empressement à faire les préparatifs apparents de sa croisade, qu'au fond il était résolu de ne point partir encore. Il ordonna de lever des troupes en Allemagne, il fit équiper une grande flotte sur l'Adriatique ' ; puis, à mesure que le terme fixé approcha, il allégua des motifs spécieux pour excuser ses nouveaux délais. Au lieu d'aller joindre Isabelle dans son royaume, en lui conduisant une armée, comme il l'avait promis, il se contenta d'envoyer un message pour épouser la reine et l'amener en Italie.
On célébra
•n Orieol
1« mariage
da
Fr^d^rie
al dMaabella
de
Briaona.
Parti de Brindes , au mois de mars 1220^, sur une flotte de quatorze galères aux ordFes de Henri de Malte, amiral de Sicile, Tévéque de Patti^, chargé des pouvoirs de Frédéric, descendit à Saint-Jean d'Acre, où les chevaliers du pays s'étaient réunis pour le recevoir. Il apportait de riches présents à la future impératrice et à ses oncles d'Ibelin. Guy Lenfant, chevalier syrien, venu avec l'évéquê de Patti, et mandataire du roi Jean de Brienne, présida à toutes les cérémonies, de concert avec le sire de Beyrouth, régent de Chypre, et avec le connétable, Eudes de Montbéliard^.
Isabelle , conduite d'abord à l'église de Sainte-Croix , reçut des mains de l'évéque l'anneau nuptial que lui avait destiné l'empereur. Elle fut peu après, suivant l'usage consacré depuis plusieurs règnes, couronnée solennellement par le patriarche Raoul , reine de Jérusalem , dans la ville de Tyr, où les hommes liges lui firent hommage^. Quinzejours se passèrent dans les fêtes et les divertissements publics. Partout les rues étaient pavoisées aux armes de Jérusalem et de Souabe. On distribua des présents et des vêtements de luxe aux seigneurs; on célébra par des tournois, des danses, des repas et des représentations
gement pris par Frédéric; cf. liv. XXXII» ch. XXIX , p. 356. Sanudo a suivi souvent ces données fautives. (Secret. JideL p. a 1 o » cb. x. )
' Godefr. de S. Pantaléon, ÂunaL coL p. 393; Rinaldi» ann. 132^; IHsL diplom. Frid. t. H, p. 4 10.
* Dans sa lettre du 5 mars 1 2s4 * Frédéric annonce au pape que l*évéque de Patti se rendra en Syrie pour épouser Isabelle au passage du futur mois de mars; Rinaldi, I sa4 . S 4 , 1 a ; Hisi, dipl. Frider.i. Il , p. 4 13 ;
cf. Sanudo p. a 1 1 , et le Continuateur, p. 35/, d*après lesquels la célébration du mariage de Tempereur en Orient eut lieu en iaa5.
Amadi et Florio Bustron rapportent cet événement dès 1 a a4* «
' Cette même année , Jacques , évéque de Patti, fut promu à Tarcbevéché de Capoue.
* Cf. Confifi. de Gaîtt. de Tyr, p. 357; Amadi, fol. 5a ; FI. Bustron, fol. 84.
^ Conùn. de GuilL de Tyr, p. ^b*]-^ Assises, t. II, p. 399.