LIVRE I, CHAPITRE IX
d'aventures de chevalerie, révénement heureux et ralliance auguste qui semblaient combler les vœux du pays^ L^impératrice partit accompagnée de son cousin germain, Balian, seigneur de Sidon, qui avait épousé Marguerite de Brienne, de Simon de Maugastel, archevêque de Tyr, et d'une nombreuse maison, choisie dans les principales familles du royaume'.
La reine de Chypre se trouvait également à Saint- Jean d'Acre, lors de ces Mariage d'Aiix solennités ; elle assista aux fiançailles et au couronnement de l'impératrice , Champagne. sa cousine^. Elle était venue se fixer en Syrie, comme on l'a vu, à la suite de difficultés qu'elle avait eues avec ses oncles, au sujet de la régence. Heureuse de rencontrer un appui en dehors de sa famille , elle épousa , vers 12 23^, le fils aine de fioémond IV, prince d'Antioche, qui succéda à son père en 1233, sous le nom de Boémond V. Le mariage se célébra presque clandestinement sur l'un des tlots bordant le port de Tripoli , parce que l'on supposa que les rochers et les sables de ce territoire maritime ne se trouvaient pas compris dans l'interdit dont les Etats de Boémond étaient frappés ^. L'alliance d'Alix mécontenta les Chypriotes, qui n'aimaient point les princes d'Antioche. Le pape la désapprouva aussi ^, son successeur la déclara incestueuse; mais ni Honorius III ni Grégoire IX ne voulurent frapper la reine de Chypre, qu'ils s'efforçaient de retenir en Orient, à la sollicitation du comte de Champagne et du roi de France ''. Plus tard cependant, la cour de Rome, au milieu de sa guerre contre Frédéric, prononça la nullité de cette union.
* Amadi.fol. 53 ; FI. Bustron, fol. 84.
' Ihid. Condn, de GuilL de Tyr, p. 358 ; Assises, t. II, p. 399. Nous prenons à partir du mariage de Frédéric et nous conservons j usqu*au delà de Tan 1 2 3 3 , comme nos sources principales, la Chronique dite de François Amadi (ms. de la Bibl. imp. Suppl. fr. n*^3oa 1 ), et celle de Florio Bustron (ms. ancien fonds , 11* 10Â93). Écrites à une époque relativement bien tardive, ces chroniques ont cependant un grand prix. Elles sont manifestement, dans cette période de dix années , composées d'emprunts faits aux Gestes des Chypriotes, histoire rimée dans laquelle Philippe de Navarre avait raconté la guerre des barons d'outre-mer contre Frédéric II et ses partisans. Navarre avait encore écrit des mémoires de sa vie , où les mêmes événements revenaient
nécessairement , et qu*ont pu connaître aussi les chroniqueurs chypriotes et vénitiens du XVI* siècle.
^ Contin. de GuiU. de Tyr, p. 37 1 ; Amadi , fol. 53. Florio Bustron retarde de plusieurs années la rupture d*Alix avec ses oncles , sa retraite en Syrie et son mariage avec Boémond» fol. 85 , 86.
^ Cette date paraît résulter de ce que dît Sanudo. [Secret, fideL p. 311.) Amadi , en contradiction avec lui-même dur ce fait , le rapporte d'abord en 1 2 ad » puis en 1 a a6 , fol. 53 et 57.
* Contin. de GuilL de Tyr, p. 36i.
* Lettre d'Honorius, de iaa5 et iaa6; HisL de Chypre, t. H , p. 47 ; Rinaldi , 1 a a6 , S 58.
^ Voy.lesch.viietix,p. i76,aaa,aa3,n.
1233-1225. du œnsentement des deux époux ^ et donna pour femme à Boémond la fille du comte de Signia , maison guelfe , héréditairement dévouée au Saint- Siège et alliée aux familles d'Innocent III et de Grégoire IX. Quant à Alix de Champagne, suivant sans trop de réflexion le cours des événements, elle vint en Europe avec l'intention de s*y fixer, puis retourna en Syrie, et finit, après avoir accepté la perspective de deux ou trois autres mariages, par donner sa main à un chevalier croisé qui Tabandonna bientôt^.
Origine H était dans la destinée de cette princesse de servir de jouet aux partis en
»n pr^traiions Oricut commc en France. Depuis longtemps son nom se trouvait mêlé aux
sur le coml^
deChaiDiMigBe. qucrellcs qui divisaient les barons du nord delà France. Blanche de Navarre, régente des comtés de Troyes et de Brie, formant alors le domaine des comtes de Champagne, avait eu de la peine à faire reconnaître dans toutes les châtellenies les droits de son fils, Thibaut le Posthume. Sans l'assistance du roi Louis VIII , elle n'aurait pu résister à la coalition des vassaux , jaloux de son autorité. Les Joinville , les Brienne, les Marigny , tous parents et ligués contre elle, contestaient la réalité de la donation, que de dignes témoins affirmaient avoir été faite par le comte Henri à son frère Thibaut III, en prenant la croix. Sous prétexte de défendre l'équité et la coutume, les barons champenois, soutenus par le duc de Lorraine, profitaient des troubles qu'ils avaient provoqués pour s'isoler et s'agrandir aux dépens du suzerain. Suivant eux, le comté de Troyes appartenait, non point au fils posthume de Thibaut lU, mais bien à ses cousines germaines, Alix et Philippine, que le comte Henri, frère aine de Thibaut, avait eues en Orient, de la reine Isabelle de Jérusalem, sa fenmie.
On doit se rappeler que Blanche de Navarre , afin d^éviter les dangers de la compétition qui pouvait naître un jour de ce coté, avait pris des dispositions avec les princes d'Ibelin pour assurer l'établissement de ses nièces dans les États d'outre-mer ^. Henri, leur père, avait pressenti lui-même et cherché à éloigner ces conflits avant Blanche , quand il arrêta l'union de ses filles avec les enfants d'Amaury de Lusignan , du vivant du roi Guy. Mais seule Alix avait pu être mariée conformément aux désirs de son père, et la main de Philippine restait encore libre pour un prétendant.
' En 1 a 38 seulement, d*aprës ie Conti- ici la véritable date. (Voy.ci-aprë5,chap.zii,
nuateur de Guillaume de Tyr (p. àoS) et ann. i233.)
d'après Sanudo (p. 2i5); mais dès 1238, * Voy. ci-après , ann. i233, lado-iaii'
d*aprèsAmadi (fol. 63),qui nous paraît donner ' Voy. ci-dessus, p. 175-177.