‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 12 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE I

Le roi Richard, heureux de ses premiers succès, voulut profiter de la pré- 12 M«i 1191. sence d'une si noble compagnie, et fit célébrer son mariage avec la fille du roi Richani de Navarre, avant de reprendre sa marche contre les Grecs. La cérémonie a* eut lieu à Limassol , le dimanche 1 2 mai , fête des saints Pancrace , Achille et Nérée^. En présence des seigneurs, des prélats et des troupes sous les armes, le chapelain du roi célébra Toffice divin et consacra Tunion de Richard et de Bérengère. Après la bénédiction, Tévéque dTork déposa sur la tête de la princesse la couronne de reine d'Angleterre^.

Instruit bientôt qulsaac Gomnène avait reformé son armée dans le centre n ponnuit

Comoine

de Tile, Richard laissé les princesses à Limassol avec les bagages sous une dans l'iDiénear garde suffisante, remet la flotte avec une partie de ses forces au roi Guy pour suivre les cotes, et se chai^ lui-même de conduire la principale armée, qui reste à terre. Craignant cependant de s'aventurer dans le haut pays, où les guides et les vivres auraient pu lui manquer, il tourne le groupe de montagnes qui s'étendent de l'Olympe au Sainte-Croix , et s'avance ainsi par une route facile et sûre, jusqu'à Lamaca, l'ancien Citium, sans avoir perdu de vue sa flotte. Comnène, après sa défaite, avait en eflet traversé les montagnes du Kilani avec ses troupes, et s'était porté dans les vastes plaides au milieu desquelles est située Nicosie, capitale de l'île, d'où il faisi^t observer la marche de l'armée anglaise '.

Les historiens du temps sont, ici^ pleins d'obscurités et d'assertions contraires, parce que la plupart, à l'exception du continuateur de Guillaume de Tyr, avaient probablement des notions inexactes sur la disposition géographique de l'île de Chypre. L'on ne peut arriver à une connaissance satisfaisante des faits qu'ils racontent, qu'en rectifiant leurs récits les uns par les autres, et qu'en tenant compte surtout de la configuration topographique du pays où les événements s'accomplissaient.

Il parait que les deux rois, après s'être réunis à Lamaca^, se séparèrent de nouveau en échangeant leurs commandements. Guy de Lusignan , à la tête d'un corps détaché, s'avança vers l'est, et se dirigea sur la ville maritime de Famagouste, qu'il occupa facilement^. Cette grande cité, relevée à

* Vinisanf, p.3aii;Brompton,col. 1199; cf. observai. Hlit. df Clvfpre, t. II, p. 5,

Roger de HoYeden , p. 69 1 ; Benoit de Péterb. note 5. t. II, p. 65o. ' Coiiftn. de GuiïL de Tyr, p. 167.

' Brompton , col. 1 1 99 ; Benoit de Péterb. * Ihid,

t. II, p. 5 18; Roger de Hoveden, p. 691 ; * Vinisauf, p. 3 a 6.

Mai 1101. quelques lieues des ruines de l'ancienne Salamine de Teucer, était le poil et Tarsenal de Tîle de Chypre, après en avoir été la capitale. Le roi Richard, hésitant encore à pénétrer dans Tintérieur de Tile, amena d'abord sa flotte en ce lieu^ Il y reçut des messagers du roi de France, qui le pressait de hâter son départ pour Saint- Jean d'Acre. Mais, engagé dans une entreprise où son honneur était aujourd'hui attaché, Richard ne pouvait l'abandonner sans avoir obtenu une entière satisfaction. Rassuré sur le sort de ses galères et de ses navires, qui tous avaient rejoint successivement l'île de Chypre; certain, au cas d'insuccès, de trouver à Famagouste une retraite assurée et les moyens de reprendre la mer, il se décida enfin à marcher sur Nicosie.

Combat Comnène, qui avait rassemblé ses divers corps de troupes, n'attendit pas

Tremitiioiiaaia. le roi. Eu apprenant le mouvement de l'armée anglaise, il se porja résolument à sa rencontre, et établit son camp près du village de Tremithoussia^, l'ancien Tremithus, au milieu de la plaine de la Messorée, où il pouvait développer sa cavalerie. Tout indique que là fut l'effort le plus considérable de la défense. Les deux chefs ennemis donnèrent, dans l'action, des preuves de courage, et prirent une part personnelle au combat. Mais l'armée grecque ne put résister longtemps à l'impétuosité de l'attaque des Anglo-Normands, Au nioment où le succès était encore incertain, Isaac Comnène, voulant ranimer les siens, se précipite au milieu des rangs opposés, parvient jusqu'au roi d'Angleterre, et le frappe d'un coup de sa masse d'armes. Enveloppé aussitôt par les chevaliers et les sergents, il est renversé de cheval et fait prisonnier^. Sa chute acheva d'ébranler les soldats grecs, qui se dispersèrent, sans songer à défendre Nicosie. Le souvenir du combat de Tremitboussia et de la prise de Comnène se perpétua en se dénaturant dans l'ile de Chypre. Longtemps après, les savants du pays voyaient, dans les ruines grecques et peut-être phéniciennes de Tremithas, l'effet de l'attaque du roi des Anglais, qui, solvant leur opinion, aurait assiégé et rasé l'antique ville jusqu'en ses fondements \

Occupation Lcs habitauts de Nicosie ne s'opposèrent pas plus que ceux de Limassol Nieosia. aux étrangers. Les primats de la ville allèrent au-devant du roi d'Angleterre,

^ Vinisauf , p. 326. Çypf^f Paris, i58o» fol. 3o ; rarchimandrite

' Conew. de GntU. de Tjr, p. 1 68. Kyprianos , lalopia riit yijaou KvTtpw, Venise»

^ Ibid.: Raoul de Goggeshale, col. 8i6. ia-d^ 1788» p. &2.

^ Le P. Etienne de Lusignan, Hist. de

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