LIVRE I, CHAPITRE I. Il
et lui jurèrent fidélité, en rassurant de 1 obéissance de leurs concitoyens. M«i n»j. S*il faut en croire un chroniqueur du temps, le roi, comme signe de sa domination nouvelle, aurait ordonné alors aux Chypriotes d*abattre les longues barbes qu'ils portaient, et de raser leurs mentons à la manière des Normands^.
Famagouste et Nicosie occupées, il fallait réduire les châteaux qui tenaient encore pour Isaac dans le nord de File. La force de ces places de refuge , la disposition des lieux, la facilité de leur défense, tout commandait à Farmée envahissante de s'en emparer sans délai, afin que les Grecs des villes et des campagnes, restés paisibles jusqu ici, ne fussent pas tentés de s'y rassembler et d'organiser un soulèvement général.
Llie de Chypre est protégée, dans sa partie nord-est, par une chaîne de sicmUou montagnes escarpées qui prend naissance au cap Cormakiti, l'ancien Crom- a»
OBAtra châteaux
myon, et s'étend, en s'afifaissant un peu, jusqu'à l'extrémité du cap Saint- aa ^
nord de l'tlr.
André, ou Dinarète. Cette muraille de trente lieues de longueur domine au sud les plaines de Morpho, de Nicosie et de la Messorée, dont les populations peuvent apercevoir les feux allumés sur ces cimes. Au nord, elle forme de courtes vallées, et se termine par une étroite lisière de terrain fertile, sur laquelle s'ouvrent le port de Cérines et de nombreux mouillages, d'où les navires, par un vent favorable, gagnent facilement la côte d'Anatolie en cinq ou six heures. Quelques passages sinueux, profonds et aisés à défendre, permettent seuls de franchir la chaîne des montagnes. Le principal défilé est celui qu'on appelle la Gorge de Cérines, ou de Nicosie, des deux villes qu'il met en communication. Trois pics d'un difficile accès dominent les autres crêtes de la montagne, et s'élèvent au-dessus de la mer de Caramanie comme les vigies naturelles de File de Chypre, exposée de tout temps aux descentes des pirates. A l'orient est Kantara, appdé parles Turcs Yuz iir ev, les Cent et une chambres, à cause des restes du grand château qui le termine. Plus rapproché de Nicosie est le mont Lion, nommé aussi Buffavent, ou Château de la reine. Enfin, plus à l'ouest, de Fautre côté du pas de Cérines, se trouvent le mont et le château de Saint-Hilarion , que les Français, maîtres de l'île, appelèrent peu après le Château da Dieu d'Amour, dénomination où paraissent confusément réunis, par l'altération étrangère, le nom hellénique de la montagne, Didymos, et les souvenirs du vieux culte chypriote^.
' Vinisauf, p. 3a 9. **^ * Voy. iiist, de Chypre, t. II, p. 1 » note.
Mai j 191. Ces trois sommets, ainsi que la position de Gérines, clef de la défense
de toute la côte, ont dû être fortifiés dès les temps les plus anciens, et nous verrons, dans Thistoire des princes qui va nous occuper, les partis ennemis s'en disputer souvent la possession. Les empereurs grecs n'en avaient pas négligé la garde; ils entretenaient avec soin les châteaux forts qui les défendaient, et Isaac Compène avait renfermé dans leurs murs, conune dans des retraites assurées, sa famille, ses bijoux et lés réserves de ses trésors^. C'est aussi dans ces lieux que se réfugièrent, après leur défaite, les derniers soldats décidés à servir encore Tempereur de Chypre.
ibMuiipris Retenu malade à Nicosie^, le roi Richard fut contraint de remettre queliM^igiui. que temps la conduite des troupes à Guy de Lusignan. L'ancien roi de Jérusalem avait accompagné Richard dans l'intérieur de Tile depuis la prise de Famagouste, et il figure au milieu de ces circonstances de la conquête de Chypre agissant et dirigeant, comme s'il avait déjà la connaissance du pays', où il avait pu venir, en effet, de Syrie, avant son élévation à la royauté. Attaqué le premier par terre et par mer, le château de Cérines capitula bientôt, livrant aux Anglais la fille, la femme et les trésors d'Isaac. Le roi Guy, après avoir laissé une garnison à Cérines et hissé la bannière du roi d'Angleterre sur ses remparts^, rentra dans la gorge de Nicosie, par où seulement sont accessibles les ravins qui mènent au mont Saint-Hilarion. Le fort, étage sur les pics les plus escarpés, opposa une vive résistance. Du haut des murs et des rochers où le pied de la chèvre semble seul pouvoir parvenir, les soldats grecs faisaient pleuvoir impunément sur leurs ennemis une grêle de traits et de pierres. Les flèches des assiégeants retombaient dans leurs rangs sans pouvoir atteindre à ces hauteurs presque invisibles, et les Anglais auraient été réduits vraisemblablement à entourer le château pour le prendre par la famine, si l'empereur Isaac n'eût envoyé l'ordre à ses défenseurs de cesser de combattre. Les châteaux de BuiTavent et de Kantara ouvrirent peu après leurs portes au roi Richard, revenu après quelques jours de repos à la santé ^.
soamiinoii La souiuission du pays était dès lors assurée, et le roi pouvait penser à se
des GbypriotM. '^ '' sr r
' Vinisauf, p. 327-338; Brompton, «vias planas et loca novit aapera.» (Itiner.
col. laoo; Raoul de Goggeshale, col. 817. Richardi, p. 327.)
* Vinisauf, p. 327. * Vinisauf, p. 327-, Brompton , col. 1 197-
* € Ipso duce , dit Gautier Vinisauf , cpii * VinUaiif iv ' -