LIVRE I, CHAPITRE X
soins à TadministratioD, et se fit promptement respecter dans le pays^ U 1235-1220. cherchait à préparer de son midux un favorable accueil à Tempereur, qui avait résolu de venir prochainement outre-mer, pour faire reconnaître luimême Tautorité impériale, tant en son nom qu'au nom de Tenfant que lui faisait espérer Isabelle.
Frédéric alléguait les coutumes d'Allemagne, et disait que la régence de s« prétentions
à fa r^gvnco
Chypre lui appartenait en sa qualité d'empereur d'Occident, et celle de Jéru- <!•
salem, en sa qualité de père du futur enfant de la reine, jusqu'à ce que le roi Henri et l'héritier de Syrie eussent chacun atteint leur majorité ^. Sans manquer aux égards dus à la dignité de leur neveu , les Ibelin surent résister à ses instances et à ses menaces, en se couvrant des prescriptions des assises, et Philippe continua, comme par le passé, à gouverner le royaume de Chypre, au nom seul du roi Henri.
L'empereur ne pouvait justifier ses exigences ni par la tradition, ni par aucun acte formel. Quelque condamnable que fût sa conduite comme époux et comme gendre, il se trouvait légalement investi de la royauté de Jérusalem. L'obéissance lui était due par conséquent en Syrie, s'il acceptait le concours des hommes liges et s'il venait, lui ou son enfant, résider dans le pays. Mais en Chypre, ses prétentions n'avaient plus de fondement. Bien loin que le roi de Jérusalem put revendiquer, dans l'ordre politique, un droit de supériorité ou de protection quelconque, c'était un roi de Chypre qui, pour l'avantage de la Syrie, avait consenti à réunir en sa main le gouvernement et la défense des deux couronnes. Frédéric ne pouvait invoquer davantage l'aveu de vassalité qu'avait fait autrefois Âmaury de Lusignan à son père Henri, en lui demandant le diadème. Aucun engagement n'avait rendu héréditairement obligatoire le devoir féodal pour les successeurs d'Amaury. La mère du roi Henri, et, à son défaut, Philippe d'Ibelin, à qui elle avait remis ses droits, étaient donc seuls en qualité d'exercer légalement le bailliage de Chypre.
Les vues de Frédéric, par le peu de sympathie qu'elles rencontraient, Conjumiion servaient ainsi à maintenir le crédit des Ibelin dans les deux royaumes, dont p«rcinq baron*
chypriotaa
les intérêts étaient aujourd'hui confondus. On voyait en eux les représentants eontre le» ibeiin.
' Amadi » fol. 67 ; Conlin. de GuilL de Tyr, * Cf. Sanudo, p. a 1 3 ; Amadi , fol. 55, 56 ;
p. 364 ; Hist. de Chypre, t. If , p. 16 , note. FI. Bustron, fol. 100.
1225-132C. naturels des traditions et des droits qui prot^aient lexistence des Etats d'outre-mer. On se confiait à leur prudence, à leur bon sens, à leur fermeté, et les chevaliers des deux pays, sans savoir quels dangers l'avenir pouvait renfermer, promettaient, en se prêtant un mutuel secours, de suivre toujours leur direction.
En Chypre cependant quelques seigneurs ne s'associaient qu'à regret à la déférence de la haute cour. Ils avaient déjà divisé la famille royale, et amené la reine Alix, aigrie contre ses oncles, à quitter l'ile de Chypre, en lui persuadant qu'on avait outragé sa dignité. Des calculs pistes se cachaient sous les apparences du deVoir et de la fidélité. L'ascendant des Ibeiin blessait leur orgueil et gênait leur ambition. Us n'osaient manifester encore publiquement leurs ^sentiments de haine contre les régents; mais ils espéraient s'en ouvrir bientôt à l'empereur, et ils comptaient recevoir de lui, pour prix de leur dévouement à la reine, le gouvernement que les Ibeiin détenaient irrégulièrement, disaient-ils, depuis qu'Alix le réclamait.
Ils étaient cinq plus particulièrement d'acx:ord sur ces projets ; la plupart jeunes, ambitieux, ^appartenant tous à de riches maisons de l'ile. L'un, Hugues de Giblet, tenait de près aux Ibeiin par sa mère. Les autres étaient Guillaume de Rivet, d'une ancienne famille française de Syrie; Gauvain de Ghenichy, qui serait d'origine italienne, si son second nom, écrit dans les chroniques italiennes, Gavano de'Rossi, n'est pas une altération du nom français de Gauvain le Roux ; Âmaury de Rethsan et son cousin , Camerin ou Amaury Barlas, d'une famille de Poitou établie en Orient^. Ce dernier, d'un âge mur déjà, hardi et prudent, très-habile à parler, était le guide et le modérateur de l'alliance qui s'était formée entre eux^.
Incident survenn Les prcmicrs symptômes du complot se manifestèrent à l'époque où le sire doiacheraWie de Bcyrouth arma chevJailièrs en Chypre ses deux fils aines, Balian, devenu
des fils ,
an après lui sire de Beyrouth. et connétable de Jérusalem, et Baudouin, plus
siredeBeyronlh. ^ ^ ^ ^
tard sénéchal de Chypre. La prise du baudrier militaire, qui faisait passer le jeune écuyer dans les rangs des hommes liges, et l'associait aux actes de la vie publique, était toujours l'occasion de fêtes de famille et souvent de réjouissances populaires. Jean d'Ibelin avait voulu qu'un éclat particulier marquât l'adoption militaire de ses enfants. Des joutes, des festins, des distributions d'étoffes précieuses eurent lieu à Nicosie. Entre les repas et les jeux,
* Amadi , fol. 55. — • Id, fol. 57 et 60.