LIVRE I. CHAPITRE X
barons de la haute cour. Il était plein de bravoure, de droiture et de bonté, lasô-m?. Sa fortune semblait appartenir à ses compagnons d'armes plus qu'à lui-même. Navarre, assez négligent de ses affaires personnelles, recourut sans doute plus d'une fois à cette générosité, qu'il a si courtoisement vantée. Comme Navarre, Ânseau était passionnément dévoué à la cause desibelin, qui, pour eux , était la cause du roi et l'honneur du pays. Il était d'ailleurs de leur proche parenté , se trouvant fils d'un cousin germain du sire de Beyrouth. Jean d'Ibelin avait pour lui une affection particulière et le traitait déjà comme un de ses enfants. Plus tard, lorsqu'il l'eut vu sur les champs de bataille, et que l'épreuve eut justifié ses espérances, son estime grandit avec son attachement, n était fier de posséder un tel homme dans son armée, et, quand il l'entendait dans la mêlée charger l'ennemi ou rallier ses hommes, il disait avec bonheur que son jeune lion rugissait ^.
L'accueil fait à l'envoyé d'Alix déconcerta les partisans de la reine. Barlas ReUtioos quitta aussitôt l'ile de Chypre, et revint auprès d'elle à Tripoli. En s'embar- «t d«
snltaii d Egypte*
quantàFamagouste, il cacha le profond dépit qu'il éprouvait sous les dehors de l'indifférence et de la légèreté. II raillait les Ibelin, et disait que ces prudents seigneurs, si hautains qu'ils fussent, changeraient bien de langage et de conduite quand l'empereur serait arrivé, ce qui ne pouvait tarder beaucoup ^.
Frédéric, après s'être joué des ménagements d'Innocent et d'Honorius, semblait en effet ne devoir pas reculer davantage l'exécution de ses engagements. Honorius III était mort; Grégoire IX, son successeur, vieillard énergique et sévère, dégagé des affections personnelles qui avaient gêné les rapports de ses prédécesseurs avec Frédéric, exigeait sans remise l'accomplissement du vœu fait depuis dix ans, et si publiquement renouvelé en 1 2 25, à Saint-Germain^. Les désirs de Frédéric s'accordaient d'ailleurs maintenant avec ses devoirs. Ses relations avec Malec-Kamel lui avaient permis de préparer par les négociations une croisade qui semblait devoir être rapide, brillante et peut-être pacifique. L'intérêt commercial de la Sicile et de l'Egypte avait été le prétexte apparent de communications suivies entre le sultan et l'empereur, et avait amené une entente politique entre les deux sourains.
Frédéric promettait, en venant outre-mer, d'aider le sultan à conquérir
' Amadi, fol. 1 33 et passim. ' On Va vu au début de ce chapitre,
' Id. fol. S8. p. 3 35, 336.
toute la Syrie sur son frère Malec-Moadam, à ia condition que Jérusalem et la Palestine entière , dépendant alors des princes de Damas , seraient abandonnées aux chrétiens^. Dans la prévision de son prochain départ, Frédéric faisait descendre en Apulie des troupes de l'Allemagne et de la Lombardie. Les vaisseaux activaient leurs préparatifs à Brindes. On était convaincu , dans les ports de la Méditerranée, qu'avant la fin de Tannée 1237 l'empereur aurait mis à la voile ^.
Le* ennemis
des Il>elin
s'unîssenl
au Impériaux.
Ces nouvelles entretenaient la confiance des détachements impériaux parvenus déjà en Syrie, et exaltaient Tespoir des ennemis d'Ibelin, dont l'adresse de Barias faisait autant de partisans déclarés de l'empereur. Des duds et des meurtres ensanglantaient déjà les querelles des partis. Gauvain, indigné d'avoir été appelé en champ clos par Guillaume de la Tour, chevalier de petite noblesse chypriote, que les amis de Barias avaient nuitamment assailli, alla informer l'empereur de ce qui se passait dans l'ile de Chypre, en lui représentant le sire de Beyrouth comme l'honune le plus dangereux des royaumes d'outre-mer et son ennemi personnel'. Les manières élégantes de Gauvain plurent à Frédéric, qui le retint quelque temps à son service^. 11 revint ensuite en Orient et débarqua à Saint -Jean d'Acre, avec un convoi de galères précédant de peu, croyait-on, la grande flotte impériale, et sur lequel se trouvait le nouveau patriarche de Jérusalem, Gérold, précédemment évéque de Valence, en Dauphiné^
Dvel
d'Amanry Barias
et d'Ansean
de Brie.
Le retour de Gauvain donna l'idée à Barias de venger publiquement l'affront que lui avait fait Anseau de Brie , en l'insultant dans la séance de la cour de Nicosie. Ce n'est pas que le Poitevin manquât de courage, ni qu'il eût besoin de soutien ; mais il calculait que la flotte de Frédéric arriverait en Chypre vers l'époque où il devrait se battre, et il espérait offrir à l'empereur, pour sa bienvenue, l'épée de son ennemi mort ou réduit à merci. .Amaury Barias, de petite taille et de forte corpulence, était un homme de guerre
* M. Reinaud , Ckron. Arabes , p. à a 7 , 4 3 9.
* Richard de Saint-Germ. ap. Murât, t. VII , col. ioo2-ioo3.
' Cf. Amadi, fol. Sg.
* Id, ibid. FI. Bu$troD, fol. 91. Gauvain figure en Italie , sous le nom de Gavicuius de Cypro , parmi les témoins de deux diplômes de Frédéric et d'Isabelle donnés au mois de
janvier 1326. [HisL diplom. Fnd.t. H , p. 536» 538.)
* Amad. fol. Sg ; FI. Bustr. fol. 92. Au mois d'avril 1227, Géndd, patriarche de Jérusalem , était encore en ItaUe. Grégoire IX annonçait , à cette date , (an. 1* 4 cal. maii ) le départ du prélat comme très-prochain an dei^ de Terre sainte. (HisL dipL Fr. t. ID . p. 69 . note.)