‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 129 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE X

déterminé et un maître accompli en fait de passes d^armes. Il avait un grand 1227. cheval de bataille, merveilleusement dressé; et si propre au combat, que, si le cavalier venait à être démonté, Tanimal le protégeait aussitôt de son corps en éloignant les assaillants avec ses pieds de derrière.

Il revint à Nicosie tout occupé de son projet, et se présenta devant la haute cour, où sa double qualité de chevalier et de feudataire royal lui donnait accès. Après avoir exposé sa plainte, il donna le démenti à Anseau de Brie, dans les formes requises, ofirit son gage de bataille au jeune roi Henri, qui l'accepta , sur quoi la cour fixa Tépreuve des armes ao délai ordinaire de quarante jours ^. La veille de la rencontre venue , ^empereur n'était pas arrivé. Les prélats tentèrent un effort pour arranger le différend ; mais Anseau de Brie se refusa aux pourpariers, et le duel eut lieu au milieu d'une grande enceinte entourée de palissades , autour desquelles se tenaient les parents et les amis des deux champions. Au premier choc, la lance d' Anseau de Brie vola en éclats. Barlas, prenant à deux mains la hampe de son arme, frappait à coups redoublés sur la visière du casque de son adversaire, quand Anseau parvient à saisir la lance de son ennemi, l'attire avec force et entraine Barlas, qui tombe pesamment à terre. Gêné par sa grosse armure et sa courte taille, Barlas ne put se remettre en selle, malgré l'habile jeu de son cheval. Adossé aux palissades , il tenait les rênes de sa main gauche et se couvrait de la droite avec son épée, pendant qtie son cheval défendait le t^rain en tournant autour de lui. Bien que les lois de la chevalerie ne permissent pas de frapper les bêtes dans un duel, Barlas aurait probablement fini par succomber, car Anseau, l'épée à la main, mattre du champ, libre de tous ses mouvements, plongeait sur lui et le serrait de près. Mais le sire de Beyrouth intervint, ne voulant pas qu'un vaillant homme, même son adversaire, périt dans une lutte d'honneur devenue trop inégale. 11 fit ouvrir les lices et entra dans l'arène. Dix chevaliers se précipitèrent sur le cheval d' Anseau qu'ils maintinrent, dix autres entourèrent Barlas pour qu'il ne remontât pas à cheval, et qu'on put traiter de la paix ^.

Un incident facilita l'accord. Au moment où l'on relevait les barrières, et où les champions se menaçaient encore, Anseau porta machinalement la main droite à la visière de son heaume , qui se détachait, oubliant que c'était le signal exigé par ses amis, inquiets de ses débuts, pour arrêter le combat,

' Âmadi, fo].6o; Fi. Bustron^fol. 92. (t. I, p. 160, 170, 487-A89), on voit que

' En comparant ce récit aux règles des les prescriptions des assises pouvaient, en duels rappelées par Ibelin et par Navarre beaucoup de cas, être modifiées.

1237. au cas où il se serait senti gravement blessé. En apercevant le geste convenu, ses amis lui crièrent de toutes parts de cesser Tattaque et de consentir à traiter, ce qu'il fit, ne sachant ce qui se passait.

Quand le sire de Beyrouth se fut assuré du champ clos et des deux adversaires, il invita des ecclésiastiques à s'approcher pour recevoir leur serment. Les chevaliers convinrent des conditions de la paix ; Barias et Anseau jurèrent de ne plus garder souvenir des faits passés, et scellèrent une solennelle réconciliation ^ Les événements rejetèrent bientôt Barias et Anseau de Brie dans des partis opposés, mais on ne voit pas qu'il y ait eu jamais depuis des inimitiés personnelles entre eux.

Mort do r^nt. Lc régeut dc Chypre, atteint d'une maladie mortelle, n'avait point paru dans ces dernières circonstances. La mort l'enleva à sa famille et au pays, vers le milieu de l'année 1227^. Les États d'outre-mer perdirent en lui un homme utile et sûr ; mais il était avantageusement remplacé par le sire de Beyrouth, son frère, caractère plus élevé, esprit plus pénétrant, plus ferme et en même temps plus conciliant. L'inunense majorité des honunes liges le reconnut avec empressement pour régent du royaume, et Jean d'Ibelin, déjà plus écouté que son frère, se trouva complètement chargé de la direction et de la responsabilité des événements dans les deux royaumes. Une considération tenait seule dans l'hésitation les amis d'Ibelin, disposés à s'opposer avec lui à toute prétention de l'empereur contraire aux assises. C'était la crainte, quelque légitime que fût leur résistance, d'être un obstacle aux utiles entreprises que Frédéric pouvait tenter avec son armée, une fois arrivé en Syrie. Leur piété mettait bien au-dessus des questions de suzeraineté ou de légalité politique les succès de la croisade et la conquête possible de Jérusalem, mobile et soutien de toutes les guerres d'outre-mer. Le sire de Beyrouth, en partageant le sentiment des chevaliers, attendait avec moins d'inquiétude l'arrivée de l'empereur.

1227.1328. De graves événements étaient survenus pendant ce temps en Italie, et la Trèàinc, position dc Frédéric, dont le voyage était encore retardé, se trouvait bien

exeommunî^ ,

M <)<|eido^^i compromise. Parti enfin de Brindes le 8 septembre 1227, obligé , peu de jours après, par l'intensité d'une épidémie qui se déclara sur sa flotte, et qui l'at-

' Amadi, foi. 61; Fi. Bostron, fol. 96. mort de Philippe dlbeiin, que le condnoft-

' Sanudo (p. ai 1), Amadi (fol. 63), et teur de Guillaume de Tyr retarde jusqpi'en FI. Bustron (fol. 96) , rapportent en 1 337 la 1 aa8.

pasMr en Orient.

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