‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 130 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE X

teignit lui-même, à débarquer àOtrante^ Tempereur avait été excommunié par Grégoire IX le 29 du même mois. Autant les papes précédents avaient usé de ménagements à son égard, autant le nouveau pontife se montrait impérieux et dur. Comme lassé d'avance des subterfuges qu'invoquerait infailliblement Frédéric, il n'admit aucune explication, il maintint Tanathème et menaça l'empereur de le déposer s'il ne s'humiliait.

Surpris, mais non abattu, de cette rigueur subite, Frédéric hésitait sur le parti à suivre, quand les événements d'Orient vinrent lui permettre de reprendre ses projets, et d'aller en quelque sorte chercher son pardon dans Jérusalem même, sans dégarnir la Fouille des troupes que les menaces du Saint-Siège y rendaient nécessaires. Malec-Moadam , sultan de Damas , était mort (novembre 1227), laissant un fils encore jeune , Malec-Daoud , que le sultan d'Egypte, son oncle, avait dépouillé de la Palestine, et réduit à se défendre dans le haut du pays. Malec-Kamel ne demandait plus le secours des étrangers, et semblait même voir avec appréhension les levées successives ordonnées par l'empereur dans ses Etats ^.

En présence de cette situation nouvelle, pleine de difficultés, mais of&ant encore des ressources favorables, Frédéric modifie aussitôt ses premières dispositions. Il charge le duc de Spolète, en lui laissant une armée, de surveiller les mouvements de Jean de Brienne, qui, à la tête des vassaux de saint Pierre, menaçait de se lier avec les Guelfes de la Lombardie'. Il envoie seulement au comte d'Acerra, son lieutenant en Syrie , un corps de cinq cents chevaliers, avec le maréchal Richard Filangier^. En même temps il rassure le sultan sur ses armements, et reprend personnellement, grâce à sa pratique accomplie de la langue arabe, et au zèle d'agents discrets, la négocia- . tion d'un traité qu'il déroba longtemps à la connaissance de ceux mêmes qui l'entouraient.

U offrit au sultan d'E^vpte de contracter une alliance offensive et défensive, Convemion en renouvelant la trêve de Damiette, qui devait expirer dans le cours de <•!(• l'été de 122g. u mettait à ses ordres les détachements rendus en Syrie, laissant le sultan libre de les employer partout où il voudrait, contre ses en-

^ Voy. M. de Gfaerrier, HisL de la lutte des papes et des emp, t. II , p. 3 1 7.

* M. Reinaud, Chron, arabes, p. 439; Richard de Saint-Germ. ap. Murât, t. VII, col. ioo3, ioo4.

' Richard de Saint-Germ. col. ioo3, ioo4> 1006; Conrad, ahbé d'Ursperg, Chroniq, p. 348.

* Richard de Saint-Germ. col. ioo4; cf. Conlin, de Guill, de Tjrr,^, 367.

itt7.i938. Demis, à la conquête de Damas ou ailleurs. U demandait en retour Jérusalem et la Palestine, dont la cession lui avait été offerte dans les précédentes ambassades ^ Quelque temps après, Tempereur, satisfait des réponses du sultan, se résolut à partir lui-même pour la Terre sainte. Il voulut que l'archevêque de Magdebourg se rendit à Rome pour essayer encore de faire accepter ses excuses, et, sans attendre son retour, il mit à la voile à Brindes, avec une flotte assez nombreuse (quarante galères), mais peu de troupes', an mépris des injonctions réitérées du pape, qui lui défendait de s'éloigner avant d'avoir obtenu son absolution de TEglise'.

Le moment arrivé, dans la pensée de Frédéric, de réaliser ses projets en Orient, ni les menaces, ni les prières ne l'en auraient détourné. U était persuadé d'ailleurs que tout allait réussir au gré de ses désirs. Il comptait se justifier suffisamment aux yeux des peuples en prenant la croix; il espérait mettre hors de contestation ses droits de suzeraineté et de régence sur les royaumes d'outre-mer, et forcer enfin le pape à anmistier le prince qui rendrait le saint sépulcre à la chrétienté.

ATrii 1S28. Il s'embarqua avec si peu de ressources, qu'à peine arrivé en Orient il fut Mort d*iMbeU6 obligé d'emprunter 3o,ooo besants d'or à Guy, seigneur de Giblet^, dont l'opu-

de BrieniM.

lente famille, rivale de celle des Ibelin , lui fut généralement dévouée. Au mois d'avril 1228, il avait rendu les derniers devoirs à l'impératrice Isabelle, morte à Adria, en donnant le jour à un fils, qui reçut le nom de Conrad ^ et à qui revenait désormais, d'après les coutumes d'outre-mer, la couronne de Jérusalem.

Si jmllrt 1328.

Arriva

a« Fréâint

•B Chypre.

Frédéric partit de Brindes le 28 juin, veille de la fête de saint Pierre,

^ Les propositions de Frédéric au sultan , restées cachées dans le secret de correspondances et de rapports d'agents intimes, ne sont point formulées par les historiens 'du temps d*une manière aussi positive que nous les présentons ici. Mais le but général de la négociation est indiqué par les chroniques arabes et chrétiennes (voy. les Contin, de Gaill, de Tyr, mss. c. D. G. p. 370 à 873 ; Ricord. Malispini, 5top. jiorenl. cap. cxxi , éd. 1816, p. 97; M. Reinaud, Chron, arob, p. 437 et suiv.) , et les points que nous précisons ressortcnt d'une manière certaine de

la suite même des relations de Femperenr avec Malec-Kamel.

* Cf. Richard de Saint-Germain , col. 1 oo5; Sanudo , p. a 1 1 ; il n'avait avec lui que cent chevaliers et leurs hommes d'armes , suivant les chroniques d'outre-mer (Conliii. de GaiH de Tyr, p. 366; et mss. c. D.G.p. 371-373); mais les corps expédiés déjà en Syrie pouvaient s'élever à dix ou dôuxe mille hommes.

' Rinaldi, ann. laaS; Conûti. de GmtL de Tyr, p. 366 , 370.

« Ibid. p. 366.

^ Conrad naquit le a 5 avril 1 aa8.

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