‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 131 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE X

et arriva au port de Limassol, en Chypre, après plusieurs relâches, le 2 1 du JaiUot i2S8. mois de juillet \ Les cinq barons qui avaient juré la perte des Ibelin, prévenus dé son départ, étaient allés l'attendre jusqu'en Morée^. Ils confirmèrent ce qu'avait dit Gauvain de la nécessité d'abattre l'influence du sire de Beyroudi , en représentant à l'empereur que le moment était venu pour lui de s'assurer à jamais la possession du royaume de Chypre, pays abondant en ressources de tout genre, et capable d'ajouter à ses armées plus de mille chevaliers ^ Frédéric se contenta de les remercier, sans élever aucune plainte contre Ibelin , et dès son débarquement à Limassol, où il trouva une partie des chevaliers de Syrie venus à sa rencontre , il écrivit une lettre amicale à son onde, demeuré à Nicosie. Il lui annonçait son arrivée, et lui témoignait le désir de voir le roi , son cousin , et les seigneurs de sa cour.

Leshonmies liges engageaient Ibelin à refuser une invitation qu'ils jugeaient insidieuse et compromettante. L'existence du royaume de Chypre leur semblait menacée, si Ton abandonnait la personne du jeune roi, et si on laissait rétablir seulement l'apparence de l'ancienne suzeraineté, dont il n'était plus question depuis le règne d'Âmaury. Ibelin , pour apaiser les chevaliers , cachait ses appréhensions et affectait de ne voir dans Frédéric que le chef d'une nouvelle croisade, à laquelle il fallait se dévouer sans arrière-pensée. «Je préférerai la mort ou la captivité, disait-il souvent, plutôt que de m'ex- « poser à nuire aux affaires du royaume de Jérusalem et au service de Dieu. « Nous irons tous auprès de l'empereur et nous l'aiderons dans sa grande • entreprise \»

La première entrevue de Frédéric et dlbelin fut cordiale. L'empereur ma- J«iHei-«oûi nifesta beaucoup d'amitié au roi, et parut heureux de voir les chevaliers de

DiscnMÎons

Chypre réunis autQur de lui. Il fit appel à leur confiiance, et leur demanda, d« Vamnenur conojne première marque d'affection, de quitter, en son honneur, les longs siredeBeyroaih. vêtements qu'ils portaient encore pour le deuil du régent 5. Il leur remit des cadeaux, il les flatta et les convia le lendemain à un grand festin. Il espérait

* Fragment d'itinéraire de l'empereur Frédéric en Terre sainte, ap. HuiHard-BréhoUes, /iût. diplom, Frià. t. III, p. 489; cf. Richard de Saint-Germ. col. 1006. On a des actes de Frédéric datés encore de Brindes et d'Otrante du mois de juin 1 2 a 8. ( Uist. diplom, t. III, p. 69, 71.) L'empereur ne put donc

arriver en Chypre le 1 " de ce mois , comme le marquent Amadi et FI. Bustron.

* Sanudo , p. 211.

' Jc2. p. 2 1 2 ; Amadi , fol. 63 \ FI. Bustron ,

* Sanudo , p. 2 1 2 ; Amadi , fol. 65. » Id. fol. 64 ; FI. Bustron , fol. 98.

1328. faire accepter sans difficulté ses volontés à Ibelin et aux liges, au milieu des épanchements de la fête.

Une longue estrade reçut les invités, tous richement vêtus, beaucoup portant les habits de drap écarlate , étoffe fort chère alors , qui leur avaient été distribués au nom de Tempereur. Frédéric occupait un des bouts de la table, ayant d'un côté son oncle Jean dlbelin et de Tautre le vieux connétable de Chypre, Gautier de Césarée. Le marquis deMontferrat, Boniface III, vena en Orient pour solliciter de Frédéric la confirmation du royaume de Salonique, était à Tautre extrémité de Testrade, auprès du roi de Chypre, qui occupait la place d'honneur. L'empereur avait voulu que les deux fils de Jean dlbelin, ses cousins, le servissent à l'instar des grands officiers d'un nouveau règne, l'un dans sa coupe , l'autre en mettant les mets dans son assiette; Anseau de Brie et le jeune seigneur de Césarée faisaient avec apparat les fonctions d'écuyers tranchants durant le repas , qui semblait le festin du couronnement et de la prise de possession ^. Des hommes armés entrèrent peu à peu dans la salle et se rangèrent autour des convives, conune pour ajouter à la pompe de la réunion. Les demiero mets n'étaient pas enlevés , que l'empereur, se tournant vers Ibelin , dit de manière à être entendu de tous les^ assistants: • Messire Jean , j'ai deux requêtes à vous présenter. Si vous me les accordez «gracieusement, vous vous en féliciterez, et vous prouverez que vous êtes, « conmie on le dit, un honmie sage. — Sire, reprit Ibelin, tout ce qui sera •juste, tout ce qui est du devoir d'un galant homme, je le ferai certaine- « ment. — La première chose que je demande , c'est le château de Beyrouth, « qui se trouve dans le royaume de mon fils Conrad , et que je dois par con- «séquent garder, comme toutes les autres forteresses, jusqu'à l'époque de sa « majorité. La seconde, c'est que vous me rendiez compte des revenus de la «couronne de Chypre, depuis dix ans que le roi Hugues est mort; car c'est « à moi qu'appartiennent les produits du domaine, d'après les lob et le droit « de l'empire d'Allemagne^. » Frédéric demandait ainsi la reconnaissance implicite mais complète de la suzeraineté impériale, inaugurée par le chancelier d'Henri VI, en remettant la royauté à Amaury. Le sire de Beyrouth feignit de croire que l'empereur ne parlait pas sérieusement et qu'il voulait sonder seulement ses dispositions. «Par cette tête, dit Frédéric en élevant la voix « et touchant son front de la main , par cette tête qui porte couronne, je vous

' Amadi, fol. 66; FI. Bustron, fol. 99 et * Sanudo, p. 91s; FI. Bustron, fol. 100;

suiv. Amadi, fol. 66.

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