LIVRE 1, CHAPITRE X
vie, sujet d'un prince, et s'obligeait à ne jamais porter les armes contre lui. i2->8. A ce serment, qui devenait le plus souvent illusoire par les complications de la vie féodale, se bornaient les devoirs du sujet vis-à-vis du haut suzerain. L'hommage, au contraire, en apparence plus restreint que la féauté, était en réalité plus efficace, parce qu'il s'interposait, au profit exclusif du seigneur immédiat, entre le haut suzerain et l'arrière-vassal. Il plaçait celui-ci dans la dépendance directe du seigneur; il l'obligeait, sous peine de perdre son fief, d'abord à lui demeurer fidèle aussi bien qu'au suzerain; en outre à lui fournir personnellement le service militaire^ et à n'avoir, pour toutes ses affaires, d'autre tribunal que celui du seigneur, c'est-à-dire la réunion de ses covassaux ou de ses pairs, que le seigneur présidait.
Moins libre que ses chevaliers et soumis à l'entière discrétion de ses maîtres , le roi Henri fut, à ce qu'il parait, obligé, malgré sa jeunesse, de prêter l'honmiage personnel à l'empereur. Plus tard, après sa majorité, inquiet de la responsabilité morale qu'il avait pu assumer par un serment que les circonstances lui firent bientôt et involontairement violer, il en demanda la libération au Saint-Siège , qui la prononça par un acte solennel ^
Plusieurs chevaliers, se trouvant à la fois feudataires des deux royaumes d'outre-mer, furent obligés, après avoir juré la féauté à l'empereur, en sa qualité de haut suzerain de la couronne de Chypre, de lui prêter hommage conune roi, ou, au moins, conmie régent du royaume de Jérusalem. De ce nombre fut le sire de Beyrouth. Ibelin promit , ce qu'il tint en effet , de rendre l'aveu et l'hommage à Frédéric, pour sa seigneurie de Beyrouth 2. D offrit, de plus , et tous les chevaliers offrirent avec lui d'accompagner l'empereur en Syrie et de le servir fidèlement à leurs frais, tout le temps de la croisade.
Dieu-d' Amour, Kantara et les autres forteresses du royaume furent ouvertes, au nom du roi, à l'empereur, qui mit aussitôt en liberté les cautions de Limassol. Le fils aîné du sire de Beyrouth , Balian , gagné par les instances amicales de l'empereur, consentit à rester auprès de lui comme un de ses commensaux'. Ce fait, rappelé par les chroniqueurs chypriotes eux-mêmes, sert de réfutation à ce qu'ils avaient dit précédemment des traitements cruels infligés, à les en croire, par ordre de l'empereur, à ses otages. 11 y a plus; suivant un des chroniqueurs d'outre-mer, le quatrième fils de Jean d'ibelin* nommé comme son père Jean , et devenu ensuite seigneur d'Arsur, par la
* HisL de Chypre, t II» p. 63. <quises.i [Condn. de Guill. de Tyr^ p. 669;
' «Et recevrait Fomage de Johan d*Ibe- Sanudo, p. 313; Amadi, fol. 7^.) «lin, sauve les requcstes que il li avoit re- ' Amadi» fol. 74 ; FI. Bustron, fol. 109.
Sep(crabiTi328. doDatioii dc sa mère, se serait attaché d*afiection à Tempereur, Taurait suivi à son retour en Italie, et aurait reçu de lui la possession ou ia garde du château de Foggia dans la Capitanate, d'où lui serait venu le surnom de Jean de Foies, qu'il porta parmi les Chypriotes ^
Le» ciiypriotet Barlas conmiençait enfin à toucher au but qu'il ambitionnait. Sans être avec l'empereor eucorc investis d'uue autorité politique, les cinq barons, chefs du parti opposé aux Ibelin , paraissent avoir été préposés, après la déclaration de suzeraineté, à l'administration des domaines de la couronne, que l'empereur s'était réservée^. Frédéric institua, sous leur autorité, de nouveaux baillis chaînés de la perception des revenus royaux , qu'on devait lui faire passer en Syrie. Il nomma des châtelains dévoués à la garde des forteresses , et alla s'embarquer à Famagouste, le 3 septembre, avec le roi Henri, son oncle et toute la noblesse chypriote'. Le prince d'Antioche avait feint une maladie et s'était furtivement retiré, suivi de ses chevaliers, ne se souciant pas que ses hommes prétassent de sitôt le serment de fidélité ou la ligèce, que l'empereur avait témoigné l'intention de leur demander prochainement ^
La flotte impériale, après s'être dirigée vers la ville de Tyr, où elle séjourna peu de temps, aborda à Saint- Jean d'Acre le 7 septembre, veille de la Nativité de la sainte Vierge. L'empereur y fut honorablement reçu, à son débarquement, par le clergé et les barons du pays^
1228<lS2g.
Difficalt^
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renconlro
en
Syrie.
Frédéric s'était trompé en espérant fléchir Grégoire DL Son débarquement à Otrante avait mécontenté le pape, son nouveau départ l'indigna. L'empereur partait sous le coup d'une condamnatM>n qu'il méprisait, non pas, comme il l'avait tant de fois promis, à la tête d'une armée capable d'anéantir l'empire des Sarrasins en Syrie , mais avec une troupe tellement insuffisante, que la croisade, pour ceux qui ne connaissaient pas les motifs secrets de ses espérances, n'était plus qu'un défi jeté au Saint-Siège. Grégoire IX envoya outre-mer l'injonction formelle aux trois maisons militaires de refuser l'obéissance à l'empereur; il chargea le patriarche de promulguer la sentence d'excommunication , et d'avance il frappa d'interdit tout lieu où Frédéric poserait le pied ^. Le Temple et l'Hôpital cessèrent ouvertement de reconnaître
^ Amadi, fol. 74.
* Cf. Contin, de GuiU. de Tyr, p. 376. ^ Idem, p. 369.
* Amadi , fol. 76; FI. Buslron . fol. 109.
' Mathieu Paris , Ckron. maj. ann. 1 a 99 ; Amadi , fol. 7 S.
^ Contin. de Gnill, de Tjrr, p. 370 ; Rinaidi, ann. 1 228.