LIVRE I, CHAPITRE X
Frédéric pour roi de Jérusalem, et firent publier les bans généraux de Tar- in^i229, mée « au nom de Dieu et de la chrétienté ^. > Le clergé du pays lui refusa son concours, et la plupart des croisés étrangers repartirent dans le découragement^.
L*énergie du vieux pontife, en désorganisant les moyens d'action de Tempereur, n'ébranla pas ses résolutions. Frédéric essaya de fléchir encore le pape par une nouvelle ambassade, et poursuivit plus activement ses projets. Indépendamment des chevaliers de Chypre et de Syrie, auxquels Grégoire IX ne commandait point la désobéissance, il lui restait les contingents impériaux déjà passés en Syrie, et Tordre Teutonique tout entier, qui n'avait pu se résoudre à l'abandonner. Ces troupes, réparties en deux corps, n'auraient pu agir très-efficacement dans une campagne réelle , vu leur petit nombre et leurs rivalités. Les gens d'outre-mer, formant à peine un effectif de deux mille chevaliers, furent placés sous les ordres du maréchal de l'empire, Richard Filangier et du connétable de Jérusalem, Eudes de Montbéliard^. Le grand maître Teutonique, Herman de Saltza, réunit à son magistère le commandement des chevaliers croisés et de tous les hommes soldés venus de l'Allemagne, de la Lombardie et des Deux-Siciles, dont le nombre peut être évalué environ à quinze cents cavaliers et dix mille piétons^.
Au mois de novembre 1228 , Frédéric se mit en marche vers Jaffa, pour n pr<^cipit«
/ les négociations.
se rapprocher du sultan d'Egypte, campé avec son frère, Malec-Aschraf, à l'entrée du désert de Gaza, pendant que le sultan de Damas, leur neveu, occupait le centre de la Samarie, en avant de Jérusalem^. Les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, effrayés de voir l'armée chrétienne s'engager au milieu de forces très-supérieures, la suivirent pour la protéger en cas de détresse, car la fin de la trêve approchait, et les hostilités pouvaient commencer d'un moment à l'autre, malgré la volonté de l'empereur.
Les ambassadeurs et les lettres de Frédéric au sultan d'Egypte se succédaient sans amener de résultats. Uni alors avec tous les princes de sa famille contre les chrétiens, Malec-Kamel pouvait compter, en outre, sur la coopéra-
* Contin. de Gttill. de Tjrr, p. 3'j 2 'ySanuàOt ^ Lettre d'Herman de Saitza au pape, p. 31^. datée de Jaffa , au mois de mars 1 3 29 ; lettre
' Cf. Contin. de Guill. de Tjrr,p. 365 , 869 ; de Frédéric II , datée de Jérusalem , 1 8 mars
Sanudo ,p. aia. 1399; lettre du patriarche Gérold au pape ,
' Richard de Saint-Germain , coi. 1 o 1 3. Acre, a 6 mars 1 2 3 9 ; HisL diplom. Frid, t. III ,
* G^est le calcul le plus favorable. Huil- p* 91* 96» io3; Contin. de GuiH de Tyr, lard-Bréholles, H'uL diplom. B^nd. p. cccux. p. 37^.
1228- 1220. lion de Malec-Aschraf, pour achever le dépouillement de leur parent de Damas, ce qui ne tarda guère ^ D'ailleurs Frédéric, pressé déjà, on le savait, de revenir en Italie^, n était plus un auxiliaire très- utile, ni un ennemi bien redoutable. Le pape avait même envoyé des députés au sultan pour rengager à ne pas traiter sérieusement de la cession de la Terre sainte avec nn prince qui, mal vu des Orientaux et frappé d'exconmiunication , manquait d'autorité et ne représentait plus les intérêts de la chrétienté'. Malec-Kamel, tout en désirant son alliance, ne voulait pas Tacheter par de trop grands sacrifices.
Frédéric, impatient des retards qu'il n'avait point prévus, redoubla d*instances en apprenant, par un galion venu de la Fouille au plus fort de Iliiver, que l'armée pontificale menaçait la province de Naples ^. Il avait eu d'abord de grandes prétentions et avait réclamé, en se fondant sur les ancienDes avances du sultan, toutes les villes occupées autrefois par les Francs; îl en vint depuis aux prières et aux supplications. «Je suis ton ami, écrivait-il un «jour à Malec-Kamel. Tu n'ignores pas combien je suis au-dessus de tous les «princes de l'Occident. C'est toi qui m'as engagé à venir ici; les rois et le « pape sont instruits de mon voyage; si je m'en retournais sans avoir rien « obtenu, je perdrais toute considération à leurs yeux. Après tout, cette Jéru- «salem, n'est-ce pas elle qui a donné naissance à la religion chrétienne.^ «N'est-ce pas vous qui l'avez détruite? Elle est maintenant réduite à la der- «nière misère. De grâce, rends-la-moi dai^s l'état où elle est, afin que je
• puisse lever la tête devant les rois. Je renonce d'avance à tous les avantages « que je pourrais en retirer*. »
Il n'aurait cependant rien obtenu du sultan, qui espérait le lasser en prolongeant les négociations, et qui craignait, d'ailleurs, un soulèvement, en cédant la ville sainte, s'il n'avait eu dans ses intérêts un des ministres arabes les plus influents. Depuis son premier voyage en Sicile, l'émir Fakr-Eddin, lié par une conomune indifiërence religieuse avec Frédéric, qui lui avait conféré l'ordre de la chevalerie, s'était toujours prononcé, dans les divans, en faveur d'une alliance permanente avec l'empereur. Grâce à ses efforts, on
* M. Reinaud, Chron. arabes, p. â34« (Hist, dipl. Frider. t. III, p. io4; cf. ContiiL
* Dès le mois de décembre i a s8 , les Sar- de GuilL de Tyr, p. 87 1 ; Sanudo , p. a 1 3.) rasîns savaient que Frédéric, à peine arrivé, ^ Lettre de Frédéric. {Hiat. </^2om. Frider, pensait à son départ (lettre citée du pa- t. V, p. a 96.)
triarcheGéroId) : t Longe ante Nativitatem * Conlin,de GuULdeTjr,p. Z'jZ \ Sênuào,
• Domini prascepit biscottum fieri et galeas p. ai 3.
• parari; quod audientes Sarraceni, etc.» ^ M. Reinaud, C^n. arate. p. 4 19.