‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 136 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE X

finit par arrêter les bases de la cession de Jérusalem , question dominante de is r^mer i»9. tout accord. Le sultan se détermina au sacrifice, disent les chroniques arabes, en considérant que la ville de Jérusalem, ouverte de tous côtés, était impossible à défendre et restait à la discrétion des musulmans, qui pouvaient la reprendre quand bon leur semblerait ^.

Le 11 février^, l'empereur , campé près de la ville de Jaffa, dont il rele- sonirtiu vait les fortifications, réunit quelques-uns des principaux seigneurs du royaume de Syrie'. Il leur annonça qu'il manquait totalement d'hommes et d'argent pour faire la guerre ; il se plaignit du pape , et se félicita , dans la difficile situation où onTavait placé, d'avoir pu arriver à un accord qui rendait enfin Jérusalem à la piété des chrétiens. Un pacte solennel allait assurer, sans combats, disait-il, ce triomphe inespéré, que les plus grandes armées d'Occident n'avaient pu obtenir avant lui.

En effet, le traité fut conclu peu après, mais avec mystère et précipitation. Le dimanche 18 février, les ambassadeurs du sultan s'étant rendus une dernière fois auprès de l'empereur, les points convenus furent rapidement rédigés en français et en arabe. On n'en donna pas même lecture au petit nombre de témoins admis à l'entrevue. Aussitôt que le traité fut écrit, l'empereur se leva, jura d'en observer fidèlement les dispositions, et les ambassadeurs se retirèrent, satisfaits d'obtenir, par quelques concessions momentanées et décevantes, le départ de l'empereur et la dispersion de la nouvelle croisade^. L'acte qui devait combler les vœux de la chrétienté entière et appeler la plus grande publicité fut ainsi rédigé à la hâte et. dans l'appréhension, promulgué'en dehors de toutes les formes reçues et à huis clos. Personne, pas même les Allemands, qui affectèrent de grandes démonstrations de joie en apprenant sa conclusion , personne ne se méprit sur sa valeur et ses conséquences. L'opinion générale, en Orient, caractérisa bientôt le traité de Frédéric, comme il méritait de l'être, en l'appelant la mauvaise paix, la fausse paix ^.

Le sultan restituait aux Francs , il est vrai , les trois villes saintes , Jérusalem , stiDuiatiou

illnsoires

* M. Reinaud, p. d3o. * Voy. lettres citées de Frédéric II et du

* Lettre citée da patriarche Gérold au patriarche Gérold. (Hûr.dï/>2oin. Frî(2. t. III, pape , du 36 mars 1 229. [Hist. Frid, diplom, p. 97, io5 , 106.)

t. III, p. io5.) * Coniin. de Guill, de Tyr, p. 370, 872 :

' «Girciter quatuor de majorihus Syrias,» «Gelé pais tint Ten à fause età mauvaise. 1 dit le patriarche. (Mss. c. d. g. p. 376.)

1229. Bethléem et Nazareth; mais, en dehors de lem*s murs, il ne livrait que les chemins et les hameaux qui rattachaient ces villes aux possessions de la côte. Les chevaliers, le patriarche, les couvents et les ordres militaires pouvaient • s'établir de nouveau à Jérusalem; mais on ne leur rendait pas les terres qui seules leur auraient permis d*y vivre ^. Quelques positions avantageuses du rivage et de Tintérieur leur étaient cédées, Jafifa, Césarée, le Toron et Montfort^; mais les musulmans retenaient toutes les défenses essentielles depuis la Judée et la Galilée jusqu'au nord de la Syrie. On reconnaissait sans doute à Tempereur le droit de reconstruire les remparts de Jérusalem'; mais il était notoire que Frédéric et les Orientaux se trouvaient dans l'impuissance absolue d'entreprendre cet inmiense labeur, qui exigeait des sommes considérables et une grande armée de défense. A Jérusalem même, les musulmans conservaient, avec le droit de juridiction sur leurs nationaux^, la propriété de la mosquée d'Omar, ancien temple de Salomon^. Le traité renfermait des dispositions plus fâcheuses encore pour l'honneur chrétien. Frédéric, blessé de la conduite du prince d'Antioche, abandonnait ses États à la vengeance du sultan, et interdisait à tous les sujets impériaux de lui donner assistance, s'il venait à être inquiété par les infidèles^. Pour lui, non-seulement il promettait la paix à Malec-Kamel '', mais il s'engageait à empêcher les rois d'Occident, autant qu'il serait en son pouvoir, de l'attaquer, et à employer ses propres forces à le défendre ^.

Telles étaient les conditions de ce traité, séduisant en apparence, et qu'aucun autre prince n'eût pu arracher au sultan, en réalité illusoire et impraticable. Il mécontenta les musulmans autant que les chrétiens, et le sultan de E>amas, Malec-Daoud, refusa absolument de le ratifier^. A en croire les Impériaux, il remplissait tous les engagements de Saint-Germain et de Ferentino; il relevait l'empereur de l'anathème, et rétablissait le vrai royaume de Jérusalem. En l'examinant sans préventions, on reconnaît qu'il

^ Lettre citée du patriarche Gérold. ( /fût. de Palestine en 122g; HuilIard-BréhoUe^,

dipîom, Frid, t. III, p. io5.) HisU diplom, Fridrr, t. III, p. 92, 97, io5

* Conlin. de GailL ds Tyr, p. 874; Ri- et 108.) chard de Saint-Germain, ool. 1012 ; lettres ^ Article 5 du traité,

citées, Hist. diplom, Fnder, t. III, p. 92 , 97. * Art. 2.

' Les dénégations des historiens arabes et * Art. 9.

de quelques historiens gudfes ne peuvent ^ Art. 6.

infirmer ce fait, qui résulte du 1*' article du * Art. 7.

traité. ( Hist de Chypre, t. III , p. 626. Voyez , * Lettre citée du patriarche Gérold. ( HisL

en outre, les lettres déjà citées d'Herman de diplom. Ftider. t. III, p. 106.) M. Reinaud,

Saltza , de Temperenr et du patriarche , écrites Chron. arabes , p. 4 3 d -

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