LIVRE I, CHAPITRE X
agrandissait un peu le territoire du royaume sans lui donner plus de force, lamanissç. et que son seul avantage fut de prolonger* pour dix années encore la trêve conclue à Damiette par Jean de Brienne, en rendant à la liberté quelques chrétiens restés prisonniers des Egyptiens depuis Texpédition de 1318 ^
L^empereur , doutant plus que les autres de la durée de son œuvre, voulut hâter la cérémonie qui devait, au moins en apparence, la compléter. Il se sépara du corps des barons chypriotes , qu'il laissa dans la ville de JafTa^, et, suivi du reste de son armée, il marcha rapidement vers Jérusalem, où il arriva le 1^7 mars'. Le lendemain, troisième dimanche de carême, au point du jour, il entre au Saint-Sépulcre avec les chevaliers et les prélats de son armée; là, sans demander les prières de TEg^ise, par déférence, à ce que Ton croit, pour le décret d'exconununication dont il était atteint, au seul bruit des armes, il pose un diadème d'or sur Tautel, le place ensuite sur sa tête, et se proclame roi de Jérusalem^. Le grand maître Teutonique prononça alors deux discours de circonstance, Tun en allemand, Tautre en français, exaltant la glorieuse et pacifique conquête de Tempereur, exhortant avec instance les assistants à donner les subsides nécessaires à la grande œuvre de la fortification de la ville. On éloigna les chanoines, et des chevaliers laïques parcoururent les rangs pour recevoir les ofiBrandes. Au sortir de Féglise, Frédéric tint cour plénière tout le jour; il donna un festin royal auquel les chefs arabes forent conviés, et alla pompeusement ouvrir les tranchées pour la reconstruction des remparts^ Mais, dès le lundi, de grand matin ^, il quitta Jérusalem, en laissant la garde de la ville aux hommes de Syrie. L'archevêque de Césarée arrivait, au même moment pour jeter l'interdit sur la dté par ordre du patriarche '^.
est coaroDO^
Frédéric rentra à Saint-Jean d'Acre en manifestant une grande satisfaction, mais le dépit et la rancune au fond du cœur. Il y vécut dans une véri-
^ Voy. lettres citées d*Hennaa de Saltxa et de Frédéric , du mois de mars 1 2 2 9 ( Hist, diplom, Frider, t. III , p. 93, 97, 99); Rich. de S. Germ. ap. Mur. t. VU, col. ioi3.
' Conbn, de GuiîL de Tyr, p. 37 &.
' Lettre de Frédéric datée de Jérusalem le 1 8 mars 1 a 39 ( UUt. diplom. Frider. t. III , p. 98 ) ; lettre d'Herman de Saltza , du a i mars 1319, p. 99; lettre de Gérold, du 36 mars 1229. p. 109.
* Coniin. de Gaill, de Tyr, p. 374 ; Sanudo , p. ai3; lettres précédemment citées [HîsL dipL Frid, t. III, p. 100, 109).
V * Gontin. de GuUJL de Tyr, p. 374; lettres citées, p. ICI, 106, 109.
• CoRtrn. de Gmll de Tyr, p. 374.
' Lettre d'Herman de Saltxa ( Hist. d^loau Frider, t. III, p. 101); Richard db Sainte Germain , ap. Murât. Script, ItaL tom. VU , col. 101 3.
II noi le ûre de Sidon
du royaume.
252 HISTOIRE DE LiLE DE CHYPRE.
1229. table hostilité avec la population , gardant à main armée toutes les issues de la ville, se défiant surtout des Templiers, et tenant le patriarche Gérold comme assiégé dans son palais^. Pressé de rentrer en Italie, il assembla la haute cour, pour déléguer les pouvoirs à ceux qui devaient gouverner le pays en son nom. Il nomma baile du royaume et son lieutenant particulier Balian , sire de Sidon , neveu de Jean d^Ibelin et cousin par alliance de Fimpératrice. Balian était fils de Renaud de Sidon et d'Héloîse d'Ibelin, sœur du sire de Beyrouth. Le roi Jean de Brienne Tavait marié à sa nièce, Margue> rite de Brienne, qu'il avait enunenée avec lui en Orient, et Balian avait été le chef de l'ambassade qui conduisit l'impératrice Isabelle à Frédéric en 1225^. Sa haute parenté , son caractère acconunodant et honorable , sa grande fortune, lui donnaient une position éminente parmi les barons d'outre-mer, et lui avaient depuis longtemps valu la confiance de l'empereur. Frédéric lui adjoignit Garnier l'Aleman, chevalier d'ancienne famille croisée, qui, étant entré quelque temps après dans l'ordre du Temple, fut remplacé par le connétable Eudes de Montbéliard '.
1" Mai 1229. L'empcrcur avait fait approvisionner le château de Tyr et en avait remis u quitte rorient. la gardc aux ordres personnels du sire de Sidon. Il plaça aussi une garnison dans le château d'Acre, et s'embarqua le i" mai avec le marquis de Montferrât et le roi de Chypre^. Gonmie il traversait le quartier de la Boucherie en se dirigeant vers le port, quelques hommes du peuple l'injurièrent et jetèrent des entrailles d'animaux sur son escorte. Le sire de Beyrouth et le connétable furent obligés d'accourir pour imposer silence à la multitude. Quand l'empereur fit éloigner ia barque qui devait le conduire à bord de son navire, le sire de Beyrouth lui adressa du rivage ses derniers adieux. L'empereur, en l'entendant, prononça, dit-on, quelques paroles douteuses, peutêtre malveillantes, puis, élevant la voix, il salua la foule avec aménité et répéta qu'il partait tranquille, en confiant la régence au sire de Sidon et à Garnier l'Aleman ^. Il semblait avoir oublié ses griefs contre Ibelin et abandonner les réclamations si vivement soutenues dès son débarquement en
' Lettre du patriarche, du mois de mai Assises, i. Il, p. Z^^\Conûn.deGnilLdeTjrr,
1 229 [HisL diplom, Frider. t III , p. i38).Cf. p. 376, 384; Amadi, fol. 79. Amadi, fol. 112; ConJÙn, as GuiH de Tyr, ^ Lettre du patriarche Gérold, de Saint>
p. 375. Jean d'Acre, au mois de mai 1229 (HisL
' Conflit, de GuilL de Tyr, p. 332; Li- (2^2oin. Frider. t. III, p. 139); Amadi, fol. 78;
gnages d'outre-mer. Assises, t. II, p. 456. FI. Bustron, fol. 1 13.
' Jean dlbelin, Fragm, sar la successib. ' Amadi, fol. 79; FI. Busiron, fol. 1 13.