‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 142 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XI

enchaîné aussitôt dans la salle même de rassemblée, nonobstant le sauf-con- 1220. duit qu'il avait reçu.

La nuit venue, les bailes n'osant mettre à mort leur prisonnier, dont ils étaient publiquement responsables, fournirent la caution nécessaire à sa mise en liberté ; mais ils envoyèrent clandestinement à son hôtel des émissaires chargés de l'attendre et de le frapper. Heureusement Navarre, se défiant de Barlas, était allé demander asile aux Hospitaliers de Saint-Jean. Il fortifia le couvent des chevaliers, il parvint à y réunir environ cent cinquante hommes restés fidèles à la cause du roi, et avertit le sire de Beyrouth de ce qui se passait ^. Les bailes considérèrent ces précautions défensives conmie une révolte contre leur autorité; ils craignirent cependant de forcer la maison de l'Hôpital, protégée par les immunités ecclésiastiques, et se bornèrent à prononcer la saisie des fiefs de tous les liges qui n'étaient pas avec eux en Chypre^.

Les chevaliers chypriotes, rendus à eux-mêmes depuis le départ de l'em- 23 juin 1229. pereur, faisaient alors leurs préparatifs pour rentrer dans l'ile. Ils avaient iwiin

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appris 1 installation de Barlas à la tète du gouvernement, et ses exactions «oosNicoBir. multipliées. Le moment de la résistance et de la réaction la plus légitime était arrivé. Ils avaient à venger les droits des liges, -à défendre leurs propriétés et à délivrer le roi, véritablement captif de ses tuteurs. Les nouvelles reçues par Navarre les déterminèrent à ne plus différer leur départ. Mêlant toujours la gaieté et la poésie aux affaires les plus sérieuses, Navarre avait écrit à Balian dlbelin, fils aîné du sire de Beyrouth, son seigneur direct', une longue épitre en vers sur ce qui lui était arrivé à Nicosie. Il racontait ses pourparlers avec les bailes, la scène de la haute cour, l'altercation qu'il avait eue particulièrement avec Hugues de Giblet, qu'il appelait plaisamment le singe, à cause des grimaces habituelles de sa bouche toute contrefaite^; il engageait ses amis, s'ils se sentaient assez nombreux, à venir au plus tôt, avant que les bailes n'eussent augmenté leurs troupes.

Le sire de Beyrouth mit aussitôt à la voile, et vint prendre terre à Gastria , dans le Karpas. Il repoussa sans difficulté les détachements envoyés contre lui, et entra dans la plaine de Nicosie. Il écrivit seulement au roi pour lui dire que les chevaliers de son royaume de Chypre quittaient à regret le ser-

I Amadi, fol. 85; Fi. Bustron, fol. 119; de Flassou , possédaient des fiefs sous la suze-

M. Beugnot, loc. cit. p. 6, 7. raineté de Balian d'Ibelin et lui devaient

' Amadi, fol. 85; FI. Bustron, fol. 120. hommage. (Amadi, fol. i35.) ' Philippe de Navarre , ainsi que Raymond * Idem, fol. 85.

23 juin 1220. vice de Dieu où ils étaient engagés, mais qu'ils venaient dans Tile afin de rentrer en possession de leurs fiefs, et qu'ils denotandaient le jugement de la cour, si Ton avait à leur adresser quelques réclamations. Les bailes ne répondirent pas à ses lettres, et partirent en bon ordre, entraînant une partie de la populace , qu'ils avaient armée et réunie aux turcoples ^ Eux-mêmes s'étaient mis aux premiers rangs, portant par-dessus leurs casques des espèces de tiares ou mitres dorées, armures qui les faisaient distinguer facilement de loin^.

La rencontre eut lieu en avant de Nicosie, vers l'ouest, le samedi 23 juin, sur des terrains nouvellement labourés. Bien que l'armée impériale dépassât de beaucoup en forces le corps des Chypriotes , elle fut promptement mise en déroute^. Navarre, sorti de la tour de l'Hôpital, survint pendant l'action et contribua au succès. Les bailes, cherchant surtout à se défaire du sire de Beyrouth, avaient chaîné vingt-cinq chevaliers de s'avancer au travers des bataillons et de l'attaquer à l'improviste. Quand Ibelin, au milieu de la mêlée, se vit en présence de ce groupe d'ennemis, dont la marche serrée annonçait quelque projet sinistre, il courut à eux et abattit d'un coup de lance an des premiers cavaliers. U fut lui-même démonté, et se défendit longtemps an milieu d'un violent tourbillon de poussière. Dans un moment où le vent s'abattit, il se retrouva presque seul avec quelques hommes d'armes, à pied comme lui, en face de quinze des conjurés, restés sur le champ de bataille. U se jeta avec ses compagnons dans la cour mal fermée d'un petit monastère, où ils se défendirent au moyen de leurs lances. Les clôtures étaient ébranlées, et le mur d'enceinte menaçait de céder, quand Ânseau de &îe, et peu après Baiian d'Ibelin arrivèrent, suivis d'une forte compagnie de cavaliers. Balian avait abandonné la poursuite des fuyards, et parcourait le théâtre du combat cherchant partout son père, dont il n'avait pas de nouvelles. Son approche dispersa aussitôt les assaillants, qui tombèrent la plupart sous ses coups.

Les Chypriotes avaient fait dans la journée quelques pertes sensibles. Le vieux connétable de Chypre, Gautier de Césarée, beau-frère du sire de Beyrouth, avait été tué par Gauvain de Chenichy ; Gérard de Montaigu, neven de l'archevêque de Nicosie, Eustorge, et de Fancien grand maître du Temple, avait été écrasé par son cheval^. La victoire des vrais royalistes n'en était

* Âmadi, foi. 87; FL Eustron, fol. 121. S. Pantaléon, Annal, colon, ap. Stmve. t. l,

' «Granmitere indorate. >(Ainadi, fol. 87.) p. 899.

^ idem, fol. 89; FI. Bustron, fol. 121; * Amadi, fol. 87; FI. Bustron, fol. isi;

cf. Conlin. de Guill. de Tyr, p. 877 ; Godef. de Conùn. de GuiU, de Tyr, p. 876.

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