‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 143 sur 283 · LIVRE ï, CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE ï, CHAPITRE XL

pas moins entière et décisive. Les bailes ne cherchèrent pas h couvrir Nicosie, 1229. et se renfermèrent dans les forts du Nord , refuge ordinaire de la défense.

Dieu-d' Amour, le château imprenable, avait déjà reçu le roi et d'immenses ibeiin

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approvisionnements. Trois des bailes, Amaury Barlas, Amaury de Bethsan, «laos et Hugues de Giblet, s'y retirèrent avec le principal corps de troupes , le jour fort». même de la bataille de Nicosie. Balian cerna aussitôt tous ses accès. Philippe de Navarre bloqua Guillaume de Rivet dans Buffavent'. Anseau de Brie se chargea d'attacjuer Kantara , où Gauvain de Chenichy était arrivé non sans peine, en faisant une marche rapide de quinze lieues, durant laquelle ses hommes perdirent la plupart de leurs armes ^. Le sire de Beyrouth s'établit devant les murs de Gérines, conservant des communications faciles avec les châteaux et avec Nicosie, dirigeant de là toutes les opérations de la guerre et les soins du gouvernement'.

Les Lombards de Cérines, éloignés des bailes, recevant irrégulièrement leur solde, se crurent abandonnés et songèrent les premiers à capituler. Ils appelèrent Philippe de Navarre, négociateur recherché de tous les partis, pour sa loyale humeur. Au jour convenu, les Impériaux, n'ayant pas reçu les secours qu'ils espéraient, ouvrirent leurs portes aux Chypriotes. Le sire de Beyrouth , comme Navarre en avait donné l'assurance , paya l'arriéré de leurs gages, et les fit transporter, sains et saufs, sur le continent^.

Le siège de Kantara et de Buflavent fut une opération plus laborieuse. 1229-1230. Anseau de Brie avait miné la première enceinte de Kantara au moyen d'une incidcm» «livm. forte machine construite par ses soins. Mais le corps de la place ne céda pas de sitôt, bien que les vivres et les munitions même lui fissent défaut. Jean de Césarée, fils de l'ancien connétable, campé sur un mamelon rapproché du château , faisait lancer sans interruption des traits et des pierres dans l'enceinte. Il avait parmi ses arbalétriers un tireur habile, qui connaissait Gauvain et qui lui en voulait personnellement. Cet homme , épiant sans cesse le baile dans ses mouvements, finit par l'atteindre un jour d'un carreau ou grosse (lèche empennée, comme il passait sur le haut du château. Les assises

' Cf. Loredano , Historié àtre LvLsvjnanx, ' Cantin. de GnilL J^Tyr^l. XXXIII, ch. x

lib. II, p. 71 , et FI. Bastron, fol. la^. Le ctxi, p. 377; Amadi, fol. 88, 89.

silence de la chronique de François Amadi ^ Idem, fol. 91..

sur cette circonstance la rend cependant dou- * Contin. de Guill. de Tyr, p. 877 ; Amadi ,

teuse. fol. 89; FI. Bustron, fol. 124.

1229-1230. eurent beau cacher sa mort , l'arbalétrier aiBnna que Gauvain n* existait plus^ et de fait on n'entendit plus parler de lui. Guillaume de Rivet, qui parait avoir quitté le commandement de Bufiavent pour celui de Kantara, étant allé peu de temps après enrôler des troupes en Arménie, mourut dans cette mission ^. La défense de Kantara passa alors à un chevalier fort apprécié nommé Philippe Génard, frère utérin de Gauvain de Chenichy.

On ne sait si la forteresse du Karpas et le château de la reine finirent par céder; mais Tattaque n'avança pas devant Saint-Hilarion. Les Chypriotes rencontraient là les difficultés de défense naturelle, que Tart des sièges ne pouvait surmonter. Les Anglais de Richard Cœur-de-Lion avaient vainement épuisé leurs forces contre ces hautes tourelles et ces rochers à pic, dont les gardiens ne cédaient qu'au temps et à la famine. Une négligence retarda le succès de l'investissement. Beaucoup de chevaliers , profitant des mois d'hiver, étaient allés à la chasse dans les montagnes de l'intérieur. Les assiégés surent que les fils du sire de Beyrouth avaient aussi quitté le camp, et se trouvaient à Nicosie. Leur père, venu au siège de Saint-Hilarion après la capitulation de Cérines, s'était de là rendu à Kantara, pour voir fonctionner la machine d'Anseau de Brie. Les Impériaux profitèrent de l'occasion, forcèrent les palissades des Chypriotes, et renouvelèrent leurs provisions prêtes à s'épuiser. Ibelin, informé bientôt de l'accident, ordonna qu'à l'avenir chacun de ses trois fils, Balian, Baudouin et Hugues, commanderait tour à tour pendant un mois et en personne devant Dieu-d' Amour, et qu'il y aurait toujours sous les tentes, indépendamment des piétons et des sei^ents d'armes, au moins cent chevaliers'. Le siège dura ainsi bien des mois encore.

Dans l'un des engagements livrés en avant des fortifications, Philippe Capiiaiaiioii dc Navarre, alors auprès de Balian d'Ibelin, courut un grand danger. Les Dîcv-d'AinfHir. Lombards tenaient déjà la bride de son cheval, et Amanry Barlas excitait ses gens contre lui. Balian accourut au secours de son vassal \ qui était un de ses plus chers amis, et parvint à le dégager; mais Navarre resta couvert de blessures^. On ne croyait plus le revoir, et, comme il était connu de tout le monde, on entendit les assiégés annoncer sa mort sur les remparts en criant : « Le poète est tué I il ne viendra plus nous ennuyer de ses chansons. » Son état n'avait cependant rien de très-grave, et le blessé recouvra prompte-

* Amadi, foi. 92; FI. Bustron, fol. 126.

* Cf. Amadi, fol. 92 , 1 3 1 .

^ Idem, fol. 90.

* Nous avons dit , p. 2 67 , note , que Navarre tenait des terres en fief de Balian dlbelin. ^ Amadi, fol.. 91 ; FI. Bustrôn» fol. is6.

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