‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 144 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE Xf · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Xf

ment ses sens. La nuit même qui suivit le combat, il eut assez de force pour Avni-Mai i2so. composer un dicté de circonstance. Le lendemain il se fit porter sur un rocher voisin du château, où il venait quelquefois réciter ses improvisations, et de là il fit savoir aux ennemis, par son nouveau chant, qu*il était encore plein de santé et de confiance ^

Rien n'annonçait cependant que le château fût prêt à céder. Jean dlbelin, manquant de monde pour forcer la position, pensait à envoyer Philippe de Navarre en Europe, demander assistance au pape ou au roi de France, quand les Lombards, exténués d'un siège de dix mois^, et réduits à manger leurs chevaux, firent ofiTrir la paix par un chevalier de THôpital, nommé Guillaume de Tiniers ou de Tiviers.

Ibelin accepta leurs offres ; il craignait toujours que le roi son neveu ne l* roi iienri fut envoyé en Fouille auprès de l'empereur, et il mit pour première condi- •«* ciiyprioiM. tion de la capitulation que le prince serait rendu aux Chypriotes. La convention fut exactement remplie, et Henri demeura depuis au milieu de ses fidèles vassaux. Mais ils avaient encore de dures épreuves à traverser pour assurer tout à fait leur indépendance. Les chroniques ne parlant point, en cette circonstance, d'Alix de Montferrat, il est vraisemblable que la reine n'était pas alors en Chypre, et qu'elle ne se trouvait pas, par conséquent, présente à Limassol , l'année précédente , quand le marquis Boniface III , son frère , et l'empereur Frédéric avaient conclu son mariage avec le roi Henri.

Après la capitulation de Dieu-d'Amour, ceux des liges qui étaient passés dans les rangs des bailes jurèrent de ne plus porter les armes contre les Ibelin ou contre le roi. Les bailes eux-mêmes, Barlas, Betbsan et Giblet, firent leur soumission. Ibelin ne leur témoigna ni défiance, ni ressentiment, et garantit la restitution de leurs fiefs. Seuls les parents deGauvain le Roux, qui avait tué le connétable au combat de Nicosie, durent s'exiler; mais on séquestra et on fit gérer pour leur compte les fiefs qu'ils possédaient'. En se soumettant aux dispositions de la paix arrêtée par leur seigneur, Anscau de Brie, Philippe de -Navarre et Toringello, le chevalier toscan frappé odieusement par les amis de Barlas, lors de la chevalerie des fils d'ibelin^, refusèrent d'assister à la conclusion du traité; et depuis, malgré les prévenances deé bailes, malgré les conseils et l'exemple du sire de Beyrouth , toujours disposé

^ Amadi , fol. 91. ' « Ma che li loro feudi gli fossero lisposti. 1

* Contin. de GuilL de Tyr, p. 377; Amadi (Fi. Bustron, fol. 128; Amadi, fol. 92.) et FI. Budtron disent un an. * Voy. ci-dcssiis , p. 23 1 .

1230. à chercher de généreuses excuses à la conduite de ses ennemis, ils n^adressèrent jamais la parole aux traîtres qu'ils savaient bien vendus à jamais à l'empereur *.

Barlas, inquiet de toute inimitié, voulait se réconcilier absolument avec eux. Ayant vu un jour, dans une séance de la haute cour, les trois amis causer ensemble et diriger leurs regards de son côté, il sortit en prétextant une indisposition subite, se mit au lit et envoya un religieux les supplier de venir donner le baiser d'oubli à un mourant. Ils répondirent qu'ils lui pardonnaient bien volontiers tous ses torts, s'il devait mourir, mais que pour rien au monde ils n'iraient rendre visite au Renard, C'est sous ce nom ironiqpie que les chevaliers désignalent le chef du parti impérialiste en Chypre^.

1330.1230. Barlas subissait sans se plaindre les contrariétés et les humiliations, dans Év^orments l'cspoIr dc prcudrc prochainement sa revanche. Pendant le siège du château de Saint-Hilarion il avait toujours cru qu'une diversion allait être opérée sur les côtes par les soins de l'empereur. Mais Frédéric, tout entier à la guerre d'Italie, qui pouvait compromettre sa couronne, n'avait pas envoyé de renforts en Chypre, et la présence de ses troupes était indispensable à Saint- Jean d'Acre, où le sire de Sidon, jouissant personnellement de beaucoup d'esb'me, mais n'ayant aucune influence comme lieutenant impérial , n'aurait pu, sans une force publique, maintenir l'ordre dans la ville. Les chevaliers eux-mêmes , hésitant à se soustraire par la violence à l'autorité de l'emperear, ne cachaient pas leur désir de profiter de tous les moyens légaux de s'en débarrasser, et de reconstituer, au sein de la haute cour, un gouvernement régulier, basé sur le respect et l'exécution des assises.

Tandis qu'aucune situation n'était bien établie, on conseilla à la reine Alix de profiter des circonstances douteuses où l'on se trouvait, pour réclamer la r^ence du royaume de Jérusalem, en se fondant sur l'absence prolongée de Frédéric et du roi son fils. La reine adhéra sans peine aux ouvertures qui lui furent faites, et la haute cour, au risque de déplaire au sire de Sidon, adopta ce projet, qui pouvait ouvrir une voie pacifique aux difficultés du moment.

La coutume d'outre-mer exigeait formellement que, dans le cas de vacance du trône, par suite de la mort, de la captivité ou de l'éloignement du roi, le royaume fût gouverné en bailliage par le parent le plus rapproché de la

' Amadi, fol. 93; FI. Bustron, fol. 128. — ' Amadi, foi. 9a.

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