‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 145 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XI

couronne, présent et réclamant la régence dans la haute cour ^ Alix de Cham- 12129-1:230 pagne, fille et petite-fille dlsabelle et d'Amaury I" de Jérusalem, était autorisée à demander personnellement le pouvoir, en raison de ra])sence, dont on ne prévoyait point le terme, du fils d'Isabelle de Brienne, son petit-neveu, comme le plus inmiédiat héritier et le représentant direct de la famille de Godefix>y. Les barons envoyèrent deux des leurs notifier respectueusement cet avis à Frédéric, en disant que, si le roi Conrad ne venait avant un an dans le pays, ils ne pouvaient plus voir en son père le régent du royaume, et qu'ils donneraient à un autre leur serment de fidélité. L'empereur ajourna sa réponse, promettant d'aviser avant peu à ce qui serait nécessaire^; vague parole, qui cachait plutôt une menace qu'une espérance. Il se proposait, non de rentrer dans l'exécution de la coutume, mais de mieux assurer ses volontés par- la force, en augmentant ]es troupes qu'il avait en Syrie.

L'espoir d'anéantir l'armée pontificale , déjà battue dans plusieurs ren- FicheaM contres, pesait bien plus dans les déterminations de Frédéric que les remon- do jérnsoioin. trances des chevaliers d'Orient sur les prescriptions des assises, et leurs doléances sur l'état de la Terre sainte, quelque fâcheuse que fut la situation du royaume d'outi*e-mer. L'inefficacité des garanties de son traité avec le sultan d'Egypte était apparue dès son départ. La garnison de Jérusalem, renfermée dans le château de David, auquel on avait rattaché par des fortifications quelques maisons voisines^, en était réduite à sa propre défense, sans pouvoir protéger la ville. Bien que Malec-Kamel et son frère Malec- Aschraf, devenu sultan de Damas, observassent rigoureusement la paix, et respectassent les terres chrétiennes, leur inaction autorisait les meurtres et les brigandages-, en les laissant impunis. Les Arabes, soulevés par les prédications des faquirs, montraient une animosité inconnue depuis longtemps en Syrie. Maîtres de la campagne, ils interrompaient les conmiunications et attaquaient sans cesse les voyageurs. L'intérieur du pays avait moins de sécurité depuis la paix définitive de Frédéric qu'à aucune autre époque des trêves antérieures^. Les pillards de la Samarie et de la mer Morte tenaient Jérusalem dans des alarmes journalières. Us s'avançaient quelquefois dans les rues, massacraient les habitants et dévastaient les maisons. La garnison.

* Assises, i, I, p. 4» 261 et suiv. t II, ' làem, livre XXXIII, chapitre xviii,

p. 398, 4oo et suiv. page 384.

' Contin, de GuiU. de Tjr, p. 38o. * Idem, Uv. XXXIII, cb. xvii, p. 384-

liSO.

soutenue par un détachement venu de JaSa , fit un jour un afiTreux carnage des Arabes qui Tassiégeaient ^; mais les mêmes dangers reparurent bientôt.

FrMéric,

réconcilié

avec le pape ,

envoie

la maréchal

Filangicr

en Orient.

Vers le milieu de Tannée i23o, après que Jean de Brienne eut quitté le commandement des troupes romaines et accepté la régence de Constantinople, Frédéric, réconcilié avec Grégoire IX, fut plus libre de s'occoper des aflaires de Syrie. Il n avait jamais eu la pensée d'envoyer son fils en Orient, ni le désir de renouveler lui-même son voyage. Il avait rendu Jérusalem aux chrétiens d'outre-mer; c'était à eux de défendre leur capitale. U ne voulait rien ajouter aux sacrifices d'ai^nt et d'amour-propre qu'avait exigés cette pénible conquête. U abandonnait les saints lieux à leur destinée. Mais il voulait relever son parti en Chypre; il tenait surtout à conserver le titre de roi de Jérusalem et la souveraineté effective qui en découlait « si restreinte qu'elle fût. U n'admettait pas que les coutumes ou assises, dont parlaient sans cesse les chevaliers, pussent prévaloir sur ses propres décisions. L'honneur du nom impérial exigeait l'abaissement des Ibelin et leur expulsion définitive de la ville de Beyrouth. Barlas, en lui faisant connaître la capitulation de Dieu-d' Amour, avait assuré l'empereur que les dispositions de ses amis étaient restées les mêmes ; ils avaient tous conservé leurs fiefs et leurs vassaux; peu d'efforts lui semblaient nécessaires pour reprendre ses premiers avantages dans l'ile de Chypre^.

Frédéric composa un corps de six ou sept cents cavaliers et d'un millier de fantassins, levés dans les provinces turbulentes des Abruzzes et de la Fouille'. Il en confia le conuhandement, en y joignant les pouvoirs les plus étendus, à Richard Filangier, maréchal de l'empire^, qui avait déjà conduit, quelques années auparavant, cinq cents chevaliers en Syrie ^. Le pape vit avec plaisir la réunion de ces troupes^, persuadé qu'elles étaient destinées à la défense de Jérusalem. Le nouvel armement fut distribué en deux conserves, la première comptant dix-huit galères effilées, appelées salandres, la seconde, quinze lourdes galères de transport ''. Les salandres partirent les

' Coni'ui. de GuilL de Tyr, p. 385 , 489.

* Âmadi , fol. 94.

' Les chroniques difi^rent sur ces chiffres. (Conti/i. de GuilL de Tyr^ p. 385; Amadi, fol. 95.)

* Conûn. de GidlL de Tyr, p. 386 ; Sanudo , p. 2i4; Amadi, fol, 9^; Fi. Bustron, fol. 128. Sur la famille de Richard Filangier,

devenue Filangieri, voy. HisL de Cfypf*, t. II, p. 16, note.

• Voy. ci-dessus, p. 237.

® Contin, de GuilL de Tyr, p. 385; Lettre de Grégoire IX, du 12 août i23i; Huiil. Bréholies , HisL diplom. Frider. L III , p. 299.

"^ Cf. Cotuin. de GuilL de Tyr, liv. XXXilI, ch. XIX, xxui, p. 386, 388.

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