LIVRE I, CHAPITRE XI
premières et vinrent jeter l'ancre en Chypre, à la pointe du Gavata, ou cap 1230. des Chats, près de Limassol, pendant que le maréchal, resté à Brindes, surveillait l'équipement des derniers navires.
Jean d'ibelin, alors à Saint-Jean d'Acre, prévenu des dispositions de l'empereur, vit bien qu'il devait se préparer à reconmiencer la guerre. Il enrôla aussitôt des hommes d'armes, il appela une partie de ses vassaux de Beyrouth, et emmena ces forces en Chypre, où elles se réunirent à la chevalerie du pays. Il envoya, peu après, le gros de l'armée à Limassol, sous le commandement de Balian ; il prit seulement un faible détachement pour escorter le roi , et vint s'établir avec son neveu à Lamaca ^. Barlas et ses amis du Saint- Hilarion se trouvaient encore, en ce moment, dans les rangs chypriotes^. Ils attendaient une occasion qui mit les chevaliers de la couronne en désaccord sur quelque point incertain de l'usage des fiefs, afin de se séparer d'eux ouvertement, avec une apparence de raison, et de rejoindre les Impériaux, en conservant l'avantage de dire qu'ils restaient fidèles aux devoirs des liges.
Le roi était établi depuis peu à Larnaca, quand trois ambassadeurs, partis u vc«t obliger
le roi
du Gavata, se présentèrent à lui, au nom de l'empereur. L'un était l'évéque de Chypre de Melfi , que l'on avait déjà vu en Orient ; les autres étaient deux chevaliers de Jérusalem, Jean de Bailleul, d'origine flamande, et Aymon, neveu de Gamier l'Aleman, tous deux attachés loyalement à la cause de Conrad. Ils vinrent, dans les formes voulues par les usages qui réglaient les rapports de suzerain à vassal, semondre formellement le roi Henri, comme honmie lige du seigneur empereur, d'avoir à expulser de sa terre le sire de Beyrouth, ses enfants et ses parents, tous parjures à leur foi vis-à-vis de Frédéric'. Sans s'autoriser de ce (pi'une semblable demande avait d'étrange , au nom d'un prince qui avait manqué aux engagements solennels pris à Limassol et à Nicosie, méconnu en toute occasion les lois en vertu desquelles lui-même avait reçu la régence et son fils la couronne de Jérusalem ; en l'examinant sans prévention , dans la rigueur des obligations de la féodalité, les conseillers du roi Henri purent y répondre légalement par un refus péremptoire. Aux exigences du haut suzerain vis-à-vis du roi, son homme lige, ils opposèrent les devoirs du roi , chef-seigneur de son royaume et protecteur de son vassal. La féodalité avait en elle le germe de ces perpétuels conflits de principes,
' Conûn. de GuilL de Tyr, p. 386. ' Conûti. de Gmll. de Tyr, Hv. XXXIII ,
' Amadi, fo]. 96. chap. xxi, p. 387.
qui aut(Mrisaient la soumission ou Thostilité, suivant le caprice ou Tintérét du seigneur immédiat.
Guillaume Vicomte , chevalier originaire de Tripoli , que le roi avait ap pelé et fieffé en Chypre, à cause de son rare mérite, fut chaigé de la réponse à faire aux envoyés impériaux. Il leur dit que le sire de Beyrouth, oncle du roi Henri et de la reine Alix, ainsi quune grande partie de ses parents, étaient avant tout honmies liges du roi de Chypre, à cause des terres qu^ils possédaient dans son royaume ; que le roi leur devait, conmie parent et comme seigneur, amitié et assistance, et que, par conséquent, il ne pouvait acquiescer à la demande de Tempereur ^
1291. Déçus dans cette première tentative, les Impériaux nliésitèrent plus à
i^LombardU rccourir à la force, sans attendre le maréchal. Peu après le retour des dé-
ASAt cirent
Dcyroaih. putés, Ics chcfs dos salaudrcs mirent à la voile, et s'avancèrent vers l'ancienne Bérithe, dont ils comptaient s'emparer facilement. L'indécision de l'évèque, que les chroniques chypriotes n'hésitent pas à appeler un traître^, leur permit de surprendi*e la ville. Mais la garnison du château ferma ses portes et montra une si grande énergie, que les Impériaux furent obligés d'organiser, autour de ses fossés, un sii^e régulier'. Quand Richard Filangier arriva à SaintJean d'Acre avec le reste des troupes^, il établit son frère Henri, à la . tète d'une forte division, dans le château de Tyr, et se hâta d'envoyer des renforts à Beyrouth, pour continuer vivement le siège de la forteresse^.
irr^iarii^ Le maréchal n'était pas seulement revêtu d'un commandement militaire,
la nomination Frédéric l'avait nommé baile du royaume de Jérusalem , légat impérial et
F^iianVer graud justicicr de Syrie «. Les pouvoirs précédemment et régulièrement
comme
baiic impérial, rcuiis au slrc de Sidon et à Garnier l'Aleman se trouvaient ainsi révoqués ou suspendus par l'arrivée du nouveau gouverneur, représentant l'autorité même de l'empereur dans tous les pays d'outre-mer. Afin de prendre puUii quement possession de sa dignité, Richard Filangier convoqua les notables des divers ordres dans la grande salle du château royal d'Acre, où il s'était établi dès son arrivée. Il ne les appelait pas pour ratifier ce qui avait été
1 Cont. de GuilL de Tyr, p. 887.
' Amadi, foi. 97.
^ Contîn. de GnilL de Tjrr, p. 388.
* Au mois de juin 1 23 1 . ( Rich. de Satnt- Genn. ap. Murât, t. VU , col. 1027.)
» Contin. de Gmil de Tyr, iiv. XXXIII. c. zxiii , p. 388.
* Rinaldi, 1 23 1 , S 1 2 ; Huill. Bréhoilcs, HisL Frîd. t. IV, p. 793; Sanudo, p. 2ii; Coniin. de GmU, de Tyr, p. 389.