‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 149 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XI

attendrie et subjuguée. Ibelin, en terminant son allocution, était tombé i23i. à genoux aux pieds du roi, et suppliait le prince de venir avec tous les seigneurs, ses compagnons, en Syrie, pour Taider à sauver à tout prix le château de Beyrouth, Thonneur de sa famille, Tun des boulevards de Tindépendance des deux royaumes^. A ces mots, Henri jette ses bras autour du cou de son oncle et Tembrasse avec effusion. La cour entière s'était levée en même temps que le roi ; elle s'agenouilla spontanément en voyant Ibelin dans cette humble posture, et ne se releva qu'avec lui. Les chevaliers, à l'exception des amis de Barlas, réduits au silence, offrirent tous au roi, au milieu de vives acclamations, de se rendre sur le continent pour délivrer Beyrouth, et repousser les Impériaux^.

On arrêta de suite les dispositions nécessaires, et l'on employa l'hiver aux 1291-1232. préparatifs de là campagne. On ne fut pas d'accord sur l'époque du départ Dispositions et sur les mesures à prendre pour garder l'ile pendant l'expédition. La mer pour u défense étant restée orageuse, beaucoup de chevaliers trouvèrent imprudent d'ex- ]« goovernemeni poser l'armée à une traversée avant le printemps, tandis que Jean d'Ibelin eut voulu porter de suite des forces en Syrie, afin d'entretenir les bonnes dispositions des habitants d'Acre, et encourager les défenseurs de Beyrouth. Navarre et quelques autres étaient d'avis qu'on laissât dans l'ile une partie des troupes et un chef qui pût commander avec autorité au nom du roi et du régent '. Ibelin répugnait à nonmier un lieutenant du royaume. Il disait qu'en cas de défaite en Syrie , le commandant de Chypre ne pourrait résister seul aux Impériaux, et que, si Dieu donnait la victoire aux royalistes sur le continent, l'ile n'aurait pas besoin d'un capitaine^. Les partisans de l'empereur crurent pouvoir profiter de ces divisions , et eurent un moment la pensée de se retirer de suite de l'obéissance du roi Henri, et de se renfermer au château de Gastria, en s'y fortifiant, d'où ils seraient passés ensuite en Syrie ^. Leur projet fat éventé, et on voulut les traduire devant la haute cour; le sire de Beyrouth s'y opposa, pour ne point donner d'importance au complot.

Sans instituer un gouverneur du royaume, Ibelin nonmia un capitaine de Vile, chargé du commandement général des châteaux et des chevaliers restant dans le pays. Cet office, de création momentanée, et auquel paraissent avoir été

* Contin. de GuilL de Tyr, p. 392; cf. ' Amadi.fol. 101; FI. Bustron.fol. i35.

Assises, i. II, p. 43 1. ^ Amadi, fol. 101 ; FI. Bustron, fol. i36.

^ Amadi, fo). 100; FI. Bustron, fol. i35. ^ Amadi, fol. 102.

Février 1232. rattachécs quelques fonctions de finances, fut confié à Heraoul de Giblet^ chevalier de mérite, qui manqua cependant, dans la circonstance, de prévoyance et de résolution.

Barlas abandonne

Après avoir longtemps attendu un temps favorable, le roi et Jean dTbelin Ub chyprioiw s'embarquèrent à Famagouste avec Tannée, le premier jour de carême*

dis leur *

dëbarqaeniont 20 févHcr 1232. Ou jcta Taucre au nord de Beyrouth, entre Nephin et Bu-

en Syrîo.

tron, auprès d'un lieu que les Francs appelaient le Pui ou la montagne da Connétable^. A peine débarqués, Barlas et ses adhérents, au nombre de quatrevingts, abandonnèrent secrètement le camp chypriote, et se retirèrent dans la ville de Tripoli , dont ils étaient peu éloignés. Ils ne prirent ni leurs chevaux, ni leurs armes, et cherchèrent à présenter leur départ conmie amené et légitimé par un simple dissentiment d'opinion sur les devoirs de la suzeraineté , prétendant être bien plus tenus du devoir féodal vis-à-vis de l'empereur Frédéric, leur chef-seigneur, qu'à l'égard du roi Henri, encore mineur; vain prétexte qui ne trompa personne, car l'hommage les obligeait avant tout à servir le roi de Chypre , leur suzerain inunédiat. Une galère du maréchal Filangier vint les prendre à Tripoli et les conduisit au camp de Beyrouth^. Les armées étaient «lors si peu nombreuses, que la retraite des quatre-vingts chevaliers impérialistes affaiblit sensiblement le corps chypriote, et inquiéta sérieusement quelques chefs. « Tant mieux, se contenta de dire ^«Ibelin en apprenant leur défection, j'aime mieux les savoir devant que • derrière *. »

Il se mit aussitôt en marche pour Beyrouth, suivi de la flottille qui longeait la côte, traversant tantôt un pays soumis aux chrétiens, conmie Giblet, tantôt des villages arabes dépendants du royaume de Damas, dont les terres arrivaient, en certains endroits, jusqu'à la mer^. Il parvint ainsi , au milieu de

^ Je m^écarte ici , en quelques détails , du récit que M. le comte Beugnot a donné de ces événements dans la savante biographie de Philippe de Navarre. (Bihl, de VÉc. des chartes, t II. ) Je me fonde sur les nouvelles notions fournies par les continuateurs de Guillaume de Tyr (liv. XXXIII, ch. xxxiii, p. 399), notions confirmées par la chronique d'Amadi ( fol. 1 1 5 ). Navarre , que Jauna croit avoir été nommé alors gouverneur de lï/e de Chypre, s'éloigna , au contraire , de Tile et prit part à la campagne de Syrie. On Ty voit figurer des le

début. Quant à Hernoul de Giblet. il est désigné par les continuateurs de Guillaume de Tyr comme capitaine de tile, en Tabsence d'Ibelin, et par Amadi, dans les mêmes circonstances , comme hailU de la Secrètt.

* Coniin, de GuiU, de Tyr,ip, Sgs.

' /idem^p. 393; Amadi, fol. 102; Bustron, fol. i36.

* Couûn. de GuiU. de Tyr, p. 393.

* Amadi» fol. 10a.

* Cf. Amadi , fol. 1 o3 , 1 08 , 1 09 ; FI. Bustron, fol. 137, i43.

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