LIVRE I, CHAPITRE XI
pluies continuelles, près de Beyrouth, et s*établit du côté de la rivière, dans une position ayant vue sur la ville et le château. La garnison répondit à ses signaux et fêta son arrivée par des feux de joie. Philippe de Navarre composa à cette occasion un chant de guerre , dont le refrain , revenant en cadence à la fin de chaque strophe, se terminait par ces mots : • Que Dieu nous donne la « force, en défendant Beyrouth, de reconquérir notre bien et notre honneur ^ ! »
Les Chypriotes n'avaient pas de troupes suffisantes pour cerner la ville et obliger le maréchal à la retraite. Us étaient mal installés, parce qu'ils avaient perdu leurs tentes au milieu d'une tourmente, dans le port de Batroun^ ; les vivres leur manquaient, leurs chevaux, sans orge, étaient réduits à manger les feuilles de cannes à sucre ^. A force de résolution et d'industrie, Ibelih parvint cependant à se clore, et fit si bonne contenance, que les Impériaux, bien que dix fois supérieurs en nombre, n'osèrent l'attaquer. Il se rapprochait en même temps de la ville et du château , et cherchait toujours à faire pénétrer quelques-uns des siens dans le fort. C'était le plus pressant besoin ; les vivres ni le courage ne faisaient défaut à ses honmies. Pour sauver le château, ils ne demandaient que quelques renforts ^. Ibelin voulut qu'un de ses fils , Jean d'Arsur ou de Foggia, le même que l'on croit avoir été quelque temps auparavant près de Frédéric en Italie^, allât avec cent nouveaux chevaliers partager les périls de ces braves gens. Il fallut user de violence pour éloigner tous ceux qui s'offrirent à l'accompagner. Un bonheur inespéré conduisit leur bateau, par une nuit obscure, à travers les galères ennemies, jusqu'à une poterne donnant dans l'intérieur même du port^. Des feux, et,. peu de jours après, une vive sortie, dans laquelle on détruisit les travaux du siège, apprirent aux Lombards que la défense du château était pour longtemps encore assurée.
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dn château
do Beyrouth,
U restait à déloger les Impériaux de la ville. Ibelin ne pouvait tenter celte ii demande difficile entreprise sans avoir reçu des secours. Dès son débarquement , il aux chevaUcn avait écrit à quelques-uns de ses amis de Saint-Jean d'Acre et à ses deux ^
neveux, Balian de Sidon et Jean de Césarée, pour demander surtout un corps de fantassins et des navires. Peu après, il adressa une supplique générale à
^ Amadi, fol. io3.
' Idem, fol. io3, loii; FI. Bustron, fol. 187. Batroun , au moyen âge Batron, est un petit port entre Beyrouth et Tripoli.
' Amadl, fol. io4; FI. Bustron, fol. i38.
* Amadi , fol. 1 d5 ; cf. FI. Bustron , fol. 1 89. ^ Voy. ci-dessus, p. 2^5-246.
* Amadi, fol. 106; FI. Bustron, fol. ido.
1232. tous ses pairs du royaume de Jérusalem, et requit leur coopération contre le maréchal , au nom de la solidarité féodale ^ L^assemblée des hommes liges, réunie chez le sire de Sidon , fut partagée entre deux avis. Plusieurs chevaliers, entrés dans l'association de Saint-André pour s'assurer des premiers moyens de défense et amener, s'il était possible, Filangier à s'entendre avec la haute cour, ne crurent pas pouvoir aller au delà. C'était une inconséquence et une faiblesse : une inconséquence, puisque leur coalition avec les bourgeois les constituait déjà en état de rébellion vis-à-vis du maréchal; une , faiblesse, car Richard Filangier, ayant supprimé la haute cour et manifestement violé la coutume en se faisant lui-même justice sur la seigneurie de Beyrouth, sa conduite autorisait tout possesseur de fief à défendre par les armes la communauté des liges et chacun de ses membres. Ainsi en pensèrent d'autres feudataires, parmi lesquels Jean de Césarée, Rohart de Caïphas, Baudouin de Bonvoisin, Geoffroy le Tort, en tout quarante-trois seigneurs marquants, qui se mirent en route avec cent cinquante chevaux et deux cents fantassins. Ils repoussèrent chemin faisant une attaque des Lombards sortis de Tyr, et vinrent joindre les Chypriotes sous les murs de Beyrouth ^.
Le sire de Sidon hésitait entre son attachement pour son oncle Ibelin et son inclination politique vers l'empereur. Le connétable Eudes de Montbéliard, que Frédéric avait ménagé tout en concentrant les pouvoirs de baile dans les mains du maréchal , n'était pas moins embarrassé de son rôle. L'un et l'autre auraient voulu amener un accommodement entre Ibelin et Filangier. Secondés par les grands maîtres et les consuls étrangers, ils vinrent à Beyrouth; mais ils reconnurent bientôt qu'ils ne pourraient concilier les partis, convaincus tous deux de leur bonne cause et comptant également sur le succès'.
Ibelin Jean d'Ibelin , ne pouvant agir contre la ville de Beyrouth , résolut de lever
i cntraiorr Ic Camp pour rcvcuir avec de nouvelles forces. Il voulait aller à Saint-Jean d'Anttocbe d Acre juger par lui-même des dispositions des chevaliers et leur montrer
iI.-iD$ son parti. ,•■,,., *
les dangers de l'isolement, quand les projets de Frédéric menaçaient les Etate d'outre-mer d'un péril commun. Il se préoccupait de l'indifférence du prince
» Contin. de GniK. de Tyr, p. SgS-Sg/l. ' Conùn, de Goitt. de Tyr, liv. XXXin,
* Idem,p, 39/1 ; Amadi, fol. io3; FI. Bus- chap. xxviii ; p. 894 ; cf. Amadi, fol. io3; iron , fol. 1 38. Fi. Bustron , foi. 1 38.