‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 15 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

les chrétiens de Syrie, resserrés depuis quelques années dans les villes de la côte, où la disette les exposait souvent aux derniers périls, acquéraient à leur proximité un pays renommé par sa fertilité, et qui allait, en assurant leurs approvisionnements , permettre à Tarmée franque de reprendre Tofiensive contre les Sarrasins.

U est nécessaire que le lecteur s'habitue à ces expressions anciennes en leur attribuant le sens qu'elles avaient autrefois et que plusieurs ont conservé jusqu'à nos jours en Orient. Tous les chrétiens de l'Europe occidentale, tous les peuples rattachés à la loi de l'Eglise romaine, quelque diiférence qu'il y eût d'ailleurs entre leurs pays et leurs langues, étaient et sont encore aujourd'hui indistinctement des Latins pour les Grecs. Quant aux musulmans, ils appelaient les Occidentaux ligués contre eux par la guerre sacrée du nom générique de Francs, indépendamment de leurs nationalités respectives, dont ils n'avaient qu'une idée très-confuse. De même, les populations diverses de l'islamisme recevaient indifféremment de nos croisés les noms de Turcs ou de Sarrasins, A mesure que nous avancerons dans cette histoire , il faudra distinguer les races et les croyances diverses que confondaient ces dénominations un peu trop vagues.

Jaia 1101

Le voyage des rois de France et d'Angleterre n'est pas l'objet qui doit particulièrement nous occuper. Au milieu des actions de guerre dont la Palestine fut alors le théâtre, nous devons nous attacher surtout aux circonstances qui concernent iHe de Chypre et sa nouvelle situation. Mais il convient, en raison de la conmiunauté d'intérêts qui va se former entre les Latins de Chypre et de Syrie, par suite des événements mêmes au milieu desquels nous sommes engagés, de rechercher rapidement les causes déjà anciennes qui avaient afiBsiibli l'établissement des Francs en Terre sainte et les faits plus récents qui le menat^ent d'une destruction complète, quand les plus puissants princes de l'Europe passaient la mer pour le secourir.

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L'élan qui avait produit la première croisade et amené la délivrance des saints lieux, en fondant un État destiné à les protéger, suffit encore, pendant un demi-siècle, à fournir des défenseurs au royaume des croisés, et lui permit de se fortifier en se dévdoppant. Devenus maîtres de presque tout le littoral de la Syrie, depuis la Judée jusqu'au golfe d'Alexandrette, les chrétiens, au moyen des vaisseaux de l'Italie et de la Provence, entretinrent dès lors de faciles rapports avec TEufope, d'où, pendant longtemps, ils durent tirer exclu-

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1006-1180. sivement leurs renforts. Assurés par là du recrutement des hommes, leur premier besoin , ils auraient fini par occuper au fond de la Méditerranée une position peut-être inexpugnable, s'ils avaient réussi à étendre leur domination jusqu'au désert, dans le nord comme dans le sud du pays conquis d'abord par leurs armes. A ces conditions seules, ils pouvaient empêcher les populations turcomanes de l'Asie de s'unir contre eux aux Arabes de l'Egypte et de la Syrie. A l'est de l'Oronte et du Jourdain, entre les terres chrétiennes et le bord du désert, se trouvait en eflet une route naturelle que suivaient les immenses caravanes de marchands, de soldats et de pèlerins, semblables à l'émigration d'une ville entière, qui, rassemblées du fond du Curdistan et de l'Asie Mineure, se rendaient au Caire pour le comjnerce, et à la Mecque, pour le pieux voyage exigé de tout bon musulman une fois au moins en sa vie.

C*est par la même voie que se sont rassemblées et entretenues, souvent combattues, mais plus souvent réunies contre les ennemis de l'islamisme, les armées innombrables des atabecs, des sultans et des émirs de l'Afrique et de l'Asie. Les lieux où les caravanes, à leur entrée en Syrie, se reposaient, en se grossissant de tous les pèlerins du pays, et achevaient leurs préparatifs pour la grande traversée, sont Alep et Damas. Ceux qui étaient maîtres de ces deux villes tenaient en leurs mains les clefs du passage entre l'Egypte et la Mésopotamie. Aussi les Francs, tant qu'ils ont conservé un coin de la Palestine, et les Européens qui vinrent à leur aide, depuis le roi Louis Vil, au XII* siècle, jusqu'aux dernières croisades du xiii*, alors même qu'ils dirigeaient leurs principaux efforts sur l'Egypte, ont- ils toujours cherché à s'emparer de tout le pays situé au delà de l'Anti-Liban jusqu'au désert de la Palmyrène, afin de couper les communications entre le Tigre et le Nil. Mais ils ne parvinrent jamais à conquérir ces frontières avancées , que ne pouvait leur donner la bravoure sans l'union et la persévérance. Les inconvénients du réffine politique importé par eux en Orient empêchèrent non-seulement le succès de toutes ces expéditions éloignées et laborieuses; ils mirent en péril l'existence même du royaume de Jérusalem dès son origine.

AntntcaiiMs La coustitutiou foudéc sur les Assises de Jérusalem, en respectant l'indé-

d^eadojrte. peudancc des grands vassaux, et permettant aux feudataires de contester le

.-^ service militaire hors des limites de l'État^, réduisit souvent la royauté à une

* Ce fut un perpétuel sujet de discussions Orient. (M. Beugnot, Assises, t. I, p. ^27 entre la noblesse et la royauté féodale en et suiv. t. II, p. xix.)

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