LIVRE I, CHAPITRE XI
d'Ântioche et cherchait à obtenir son concours. Il fit reprendre, à cette occa- 1332. sion, les pi^positions présentées autrefois par Guillaume Vicomte, alors sujet des Boémond, pour marier la sœur du roi Henri, Isabelle, avec le fils cadet de Boémond IV, qu'on appelait le prince Henri ^: Des liens de famille unissaient déjà les Boémond aux Lusignan. On se rappelle que Théritier présomptif d'Antioche, nonmié Boémond, comme son père, et frère aîné du prince Henri, avait, en 12 23, épousé la mère du roi de Chypre, Alix de Champagne. Mais Thumeur inconstante de cette princesse empêchait d'espérer aucun sérieux parti de son intervention. D'ailleurs TËglise, après avoir attendu longtemps une séparation volontaire des deux époux, qu'elle considérait comme proches parents, avait prononcé la nullité de leur union en 1228^. Si le mariage d'Isabelle.- de Lusignan se fût réalisé quand Guillaume Vicomte s'en occupa d'abord, la reine Alix, sa mère, se fût trouvée à la fois belle-sœur et belle-mère du prince Henri.
Le sire de Beyrouth attachait beaucoup de prix à conclure la nouvelle alliance, et il voyait quelques motifs de l'espérer. Boémond IV, après avoir abandonné la cour de l'empereur, qu'il était venu joindre en Chypre, avait pris une position tellement hostile vis-à-vis des Impériaux pour défendre son indépendance, que Frédéric l'avait- personnellenient exclu du traité de paix conclu en 1229 avec le sultan d'Egypte^. Jean d'Ibelin chargea Philippe de Navarre et Guillaume Vicomte d'aller à Tripoli, en leur adjoignant son fib aine Balian, et d'offirir au prince Henri une riche dotation territoriale dans nie de Chypre, si son père, en agréant pour lui la main d'Isabelle, envoyait des renforts à Beyrouth^. Mais Boémond resta dans une indécision calculée. Il fit traîner la négociation ; il dit avoir reçu des lettres de l'empereur qui ne lui permettaient pas de prendre parti contre lui. On le soupçonna même d'avoir tenté d'enlever les messagers chypriotes sur leur route, comme s'il eût voulu regagner les bonnes grâces de l'empereur par cette lâcheté. Balian d'Ibelin fut obligé de demander un sauf-conduit pour lui et ses compagnons au nouveau sultan de Damas, Malec-Aschraf, avec qui l'on était en paix. Navarre seul put profiter des lettres de sécurité et gagner Saint- Jean d'Acre^. Balian parvint à rester caché quelque temps dans les
* Amadi,fol. 137. (Voy. HisL de Chypre, * Amadi, fol. 107; Florio Bustron, foi. t. II, p. 1 5, 48, note 5.) i4i.
* Voy. ci-dessas , p. 2 1 9-3 90 . et ci-après , ' Amadi , fol. 1 09 ; M. Beugnot , Notice sur p. 3o5,note5. Philippe de NoMure» [Wilioi, de l'Ecole des
^ Voy. p. 2^6 et aSo. chartes, t. II, p. 9, 10.)
1232. en\îrons de Tripoli et passa plas tard en Chypre sur des galères génoises, au moment où son père se rendait aussi dans Tile à ia poursuite des Impériaux ^
Origine Le mariage d'Henri d'Antioche, frère de Boémond V, avec Isabelle de
de la Mconde
«•••on Lusignan se conclut cependant vers cette époque, et nous devons le remar-
fle» Lnsignan
de Chypre, qucr, car de cette union naquirent deux enfants, Marguerite et Hugues, qui tous deux ont laissé de grands souvenirs dans Thistoire d^outre-m^er.
Hugues, après avoir contribué, comme régent de Chypre, à défendre Saint- Jean d*Âcre contre Bondocdar, sultan d'Egypte, fut appelé au trône de Nicosie en 1267, à la mort du roi Hugues II de Lusignan, fils d'Henri I*', son cousin, dernier héritier direct des fondateurs du royaume. Il conuuença, sous le nom de Hugues III, la seconde maison royale de Chypre, en reprenant dans rhéritage maternel le nom de Lusignan , que ses successeurs ont conservé de préférence à celui d'Antioche^. Marguerite, sa sœur, épousa Jean de Montfort, sire de Tyr et de Toron, fils de Philippe P' de Montfort, seigneur de Castres en Albigeois^. Restée veuve et sans enfants, Maiiguerite d'Antioche-Lusignan défendit habilement, par des négociations, sa principauté de Tyr, qu'épargna Kélaoun tlurant tout son règne.
Avril 1232. Jean d'Ibelin, en quittant Beyrouth, était descendu à Sidon. Il établit le ibeiin roi et l'armée dans cette ville, et remit le commandement des troupes à
quille Beyroalh
«t Anseau de Brie^. Il prit seulement un détachement de chevaliers et arriva à
vienl à Acre ,
où u population Saiut-Jeau d'Acre, après avoir évité les Impériaux de Tyr. Il ne s'était pas
se prononce - .
*n trompé sur l'efifet dç sa présence. Partout où il parut , la confiance et le courage
revinrent aux plus incertains. Sans perdre de temps, il convoqua la population dans la grande église de la ville. Là il s'approcha du lutrin, fit le serment d'adhésion à la confrérie de Saint-André, et harangua l'assemblée pour l'engager à l'union et à la persévérance. « Vous avez un moyen facile de vous «venger de nos ennemis, dit-il en terminant. Leurs salandres sont dans le « port, prenez-les, et nous pourrons ainsi plus sûrement secourir Beyrouth et « continuer la guerre. » A ces mots, le cri aux salandres! retentit dans relise. Le peuple sort en désordre , monte sur les barques de la rive et ^'avance vers
* Amadi, fol. 110. 118; FI. Bustron, * /6i(/. p. 73, 74, not.
fol. 1 43 , 1 5 1 . * Contin. de Guill. de Tyr, p. 396 ; Amadi
" Hist. de Chypre, t. II, p. 73. fol. 1 10.