LIVRE I, CHAPITRE Xi
les dix-huit salandres impériales , qui furent prises , à Texception d'une Âvrii 1332. seule, assez heureuse pour s'enfuir jusqu'à Tyr*.
. Dès ce jour, l'autorité du lieutenant impérial était complètement détruite à Saint-Jean d'Acre, et la ville indépendante. La confrérie de Saint- André s^étendit et se transforma aussitôt. Sans négliger l'objet pieux de sa première fondation, elle devint une institution politique. Les chevaliers et les bourgeois, unis par la nécessité d'une mutuelle défense; organisèrent, dans son sein et sous son nom, une véritable commune , telle qu'il en existait en Europe et particulièrement en Italie. Les royaumes d'outre-mer n'avaient eu rien de semblable encore. Les coloni'es de marchands européens, désignés en Orient sous le nom de communes, n'exerçaient qu'une partie des attributions municipales. Elles jouissaient du droit de prononcer la justice entre leurs nationaux, sauf les cas réservés aux cours royales^; mais elles ne pouvaient disposer d'aucune force militaire. Au roi seul appartenait le soin de veiller à la protection des villes et du royaume. La confrérie de Saint-André usa complètement du pouvoir politique et municipal; elle régla et surveilla la garde de la cité, elle nomma des consuls pour l'administration civile et des capitaines pour le commandement des honmies d'armes. Elle établit une cloche , au son de laquelle les chevaliers et les bourgeois se réunissaient pour délibérer en commun sur leurs affaires ^.
La oonfrério da Sainl-Andrë
•'organise CD commune.
L'arrivée du roi Henri et des chevaliers chypriotes affermit le mouvement de Saint-Jean d'Acre. Ibelin, assuré du concours de la population et de l'alliance des Génois, qui offraient leurs vaisseaux, voulut tenter une grande reconnaissance vers Tyr, avant de remonter ^ à Beyrouth^. Le maréchal se trouvait depuis peu à Tyr et avait appris dès son arrivée les événements de Saint-Jean d'Acre. Croyant la ville, qui était son quartier général, sérieusement menacée, il manda à son frère Lothaire de brûler tous les engins du siège de Beyrouth , et de venir le rejoindre au plus vite avec ses hommes et ses navires^. La concentration des Impériaux changea les projets d'Ibelin. Il
Ibelia
menace Tyr
et
^Ublit l'armée
chypriote à Casal-Imbert.
* Cont'in, de Gaill, de Tyr, p. 89 5; cf. Âmadi , fol. 1 1 7 et FI. Bustron , fol. 1 5o » qui retardent cet évéaement ; Richard de S. Germ. ap. Murât /t. VII, col. 1029.
' La haute cour et la cour des bourgeois.
' Voy. la lettre deGrc^goirc IX à Frédéric,
du 3 2 septenihre i235, ap. Rinaldi » i235, S 43, 44; Huillard Bréhoiles , Hist. diplom, Frider. t. IV, p. 77 A , 775.
^ Cf. Con/m. de GmlL de Tyr, p. 396 , 896 v Amadi, fol. 110.
* Contin. de Gaill. de Tyr, p. 396.
Avril 13S3. s'arrêta à trois où quatre heures de marche en avant de Saint-Jean d'Acre, en un lieu appelé, dans le langage des Francs, Casal-Imbert, ce qui voulait dire le village d'Lnbert, où Ânseau de Brie campa avec le roi et Tarmée de Chypre. Ibelin ramena le corps des chevaliers de Jérusalem, et peu après, pour n'avoir rien à regretter, il consentit à se rendre à des pourparlers que demandait le patriarche d*Antioche, au nom des Impériaux.
Ce prélat, nommé Albert, ancien évéque de Brescia, avait reçu du Saint- Siège les fonctions de légat apostolique en Syrie, que l'hostilité trop notoire de Gérold contre l'empereur ne permettait plus de lui conserver. Le dévouement à Frédéric de Tancien évéque lombard inspira de la défiance aux Orientaux, et les chroniqueurs chypriotes ne lui ménagent pas les injures. A les en croire , le patriarche d'Antioche était chargé par le maréchal d'occuper le sire de Beyrouth de semblants de négociations, pendant qu'on allait assaillir son armée ^ Rien ne justifie ces accusations, qui semblent avoir été imaginées après coup, pour expliquer l'échec qu'éprouva bientôt l'armée du roi. Les efforts du patriarche étaient aussi sincères que sa mission était réelle. Peu, de temps après, il fut chargé directement par Grégoire IX de tenter avec les grands maîtres une médiation entre les Chypriotes et les Impériaux ^. « En admettant que l'empereur Frédéric ait eu des torts vis-à-vis «des gens d'outre-mer, disait le pape, que peut-on reprocher à son fils R Conrad, jeune enfant de quatre ans, héritier légitime du royaume de Jé- «rusalem? Et d'ailleurs le Saint-Siège, qui a tant fait pour les Orientaux, « ne devait-il pas être saisi de leurs plaintes avant qu'ils recourussent à la « violence. » Le pape défendait, en conséquence, aux ordres militaires d'aider en quoi que ce fût « ceux qui avaient levé les drapeaux de la révolte contre « Frédéric '. » La situation d'Ibelin devenait ainsi plus difficile par les changements de la politique de Grégoire IX; mais, en restant humblement attaché à l'Eglise, le sire de Beyrouth sut ne pas abandonner les avantages conquis. Il résista aux injonctions qu'il reçut peu après personnellement du pape^, et ne déposa les armes, qu'on l'avait forcé de prendre, qu'après avoir détruit le parti impérial en Chypre, et assuré aux siens, car il mourut avant le triomphe, le complet affranchissement de la Syrie.
^ Amadi , fol. 1 1 1 ; FI. Bustron , foi. làk» * Lettre au grand maitre de TlU^ital, du