‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 153 sur 283 · LIVRE 1, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XI

Le sire de Beyrouth s'était, on l'a vu, séparé du roi et de Tarmée chypriote Mai is93. à CasaMmbert, se reposant sur la vigilance d'Anseau de Brie. Le jeune com- Dtir.uo

^ des Chypriotes

mandant apprit en ce lieu , par une dure leçon , que la valeur la plus brillante ^ /• ne peut réparer toujours les fautes de la témérité et de la négligence. Il afTçptait de mépriser les Impériaux; il dédaignait la discipline et les plus simples précautions de sécurité. A ceux qui blâmaient la dispersion de ses cantonnements, il répondait que les lombards, n'ayant pas osé affronter les Chypriotes à Beyrouth, quand ils en étaient seulement à six traits d'arc, ne feraient pas certainement les six grandes lieues qui les en réparaient aujourd'hui ^. U n'observait pas la route de Tyr« et il établissait un gue^ du côté d'Acre, d'où ne pouvait lui venir aucun danger.

Le chef de ce poste avancé et inutile était d'ailleurs un digne jeune homme, devenu depuis un grand jurisconsulte, qui fit en cette occasion un beau début militaire. U >se nommait Jean d'Ibelin , conmie son oncle , le sire de Beyrouth, et fut plus tard comte de Jaffa et d'Ascalon. On reconnaît à ces titres l'auteur des célèbres Assises de Jérusalem, ouvrage qui a plus contribué à l'illustration du nom d'Ibelin que tous les événements, depuis si longtemps oubliés, dont nous écrivons l'histoire. Jean n'avait alors que dixsept ans; sa chevalerie ne datait que de deux ans^.

Informé du mauvais campement des Chypriotes, le maréchal Filangier organisa rapidement un coup de main. Le 2 mai,. à l'entrée de la nuit, il part de Tyr avec une forte division, qui prend la roule de terre, et se fait suivre le long de la cote par une flottille de vingt-deux galères chargées de troupes. Avant l'aube, il arrive à Casal-Imbert, et tombe sur le camp des Chypriotes au moment où l'on criait pour la première fois aux armes.

Une lutte épouvantable s'engagea dans l'obscurité. Les Chypriotes, quoique mal armés et à peine vêtus, reçurent l'attaque sans reculer. Anseau de Brie, sentant toute la responsabilité qui pesait sur lui, fit des prodiges de célérité et de bravoure. Il réunit ses forces, il parut partout où était le danger et se jeta vingt fois en avant. Les fils du sire de Beyrouth, Baudouin, Hugues et Guy, le secondèrent admirablement, et reçurent tous de graves blessures. Jean d'Ibelin, surpris avec son poste, s'était mis bientôt sous les armes. U se conduisit si résolument, que la journée de CasaMmbert lui fut rappelée toute sa vie comme un titre d'honneur^. L'énergie d'Anseau de

' Contin. de GuilL de Tyr, p. 396. ' Amadi, fol. 1 1 2 ; FI. BastroD , fol. 145.

* Idem, p. 397 ; Amadi , fol. 1 1 1 -, FI. Bus- « Gioanne , 3uo nepote , fece tanto che in TÎta ^ tron , fol. 1 45. « sua poi fu seinpre lodato. »

Mai 1233. Brie et Tignorance où étaient les Lombards de la force des corps auxquels ils avaient affaire prolongèrent l'action tant que la nuit dura^ Mais, à la levée du jour, le maréchal fit débarquer les honmies de réserve, et les Chypriotes, eyreloppés de tous côtés par un ennemi supérieur, s'enfuirent en désordre vers Saint Jean d'Acre, abandonnant leurs tentes et leurs armes. Un petit nombre de combattants se jetèrent en désespoir dans une tour isolée sans vouloir se rendre ^

Le roi Mt Uiwi. Au premier bruit de l'arrivée des Impériaux , le chevalier chai^ de la garde du roi en qualité de gouverneur, avait fait monter le jeune prince à cheval et l'avait confié à des honmoies sûrs pour le conduire rapidement à Saint-Jean d'Acre. Ce seigneur était Jean Babin , de la famille française de Syrie établie déjà en Chypre, et restée, jusqu'à la fin du règne des Lusignan, dans les hautes charges. Le roi parti, Babin se précipita dans la mêlée, y fut horriblement blessé au visage et fait prisonnier^.

Cependant Jean d'Ibelin, rentré à Saint- Jean d'Acre, après d'inutiles conférences avec le patriarche d'Antioche, et prévenu de l'attaque des Impériaux, accourait au galop avec Jean de Césarée, Renaut de Caîphas, le ' connétable Eudes de Montbéliard, Balian de Sidon lui-même et tous les chevaliers de Jérusalem^, inquiets des projets du maréchal. Ils rencontrèrent bientôt l'escorte du roi ; Ibelin rendit grâces à Dieu et continua sa marche. Peu après, un des gens de sa maison, fuyant le massacre, le rejoint sur la route. Troublé par la douleur, il lui donne, les larmes aux yeux, la fausse nouvelle de la mort de trois de ses fils. Conmie Ibelin faisait semblant de ne pas entendre et poussait plus vivement son cheval : < Ah! monseigneur, « répétait le vieux serviteur en le suivant, ah! monseigneur, nos beaux en- « fants ont été tous tués. » — «Tais- toi, maître vilain, lui répondit le sire « de Beyrouth, c'est ainsi que doit finir tout chevalier quand la vie ou l'hon- « neur est en danger*. »

Il arriva à temps à Casal-Imbert pour sauver les honmies retirés dans la tour; mais tout le reste avait fui, le camp était perdu; les bagages, les chevaux, les équipements, avaient été pillés. Ibelin poursuivit les Impériaux dans la plaine jusqu'au défilé de Passe -Poulain, qui est probablement le

^ Amadi, fol. ii3; Florio Bustron, fol. ' Idem,p.3^S.

A 6. * Amadi, fol. ii3; Florio Bustron, fol.

' Contin. de GuUl. de Tyr, p. 397. 147.

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