‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 154 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XI

passage montueux du Ras-ei-Mecherfé ^, et revint en bon ordre à Saint-Jean M«i 1232. d'Acre^.

Le maréchal Filangier, dès sa rentrée à Tyr, où. Ton partagea le butin, fit iM»n r^rguiie partir Amaury Barlas et la compagnie des chevaliers chypriotes avec un corps çtypriou. de troupes pour occuper l'tle de Chypre*. II se préparait à passer au besoin dans rile, bien que Barlas parût en état de se suffire à lui-même et Tarmée du roi entièrement anéantie.

Les Chypriotes étaient dans l'abattement le plus complet. Quelques jaloux s'en prenaient au seigneur de Beyrouth de leur défaite de Casal-Imbert. Ils commençaient à regretter d'être venus faire la guerre pour lui sur le continent. Déjà ils cherchaient s'il n'y aurait pas moyen de s'entendre avec le maréchal et de traiter une bonne fois de la paix à l'insu d'Ibelin. Le roi était majeur, car, le 3 mai, le jour même de la malheureuse affaire de Casal-Imbert, il avait accompli sa quinzième année ^. On avait inauguré sans pompe son avènement et laissé en réalité au sire de Beyrouth toute la direction du gouvernement. Mais le roi n'en était pas moins de droit et de fait hors de page; il pouvait validement exercer le pouvoir royal, et, comme il avait jusque-là montré peu de décision personnelle ^, les mécontents espéraient l'entraîner facilement à eux , s'ils pouvaient lui faire reconnaître les torts qu'ils donnaient au régent.

La promptitude d'Ibelin détourna le nouveau danger qui menaçait son parti. Il eut bientôt trouvé l'argent et les hommes nécessaires pour reconstituer l'armée, grâce au dévouement des siens et au loyal concours du jeune roi. Jean de Césarée vendit l'un de ses villages à l'Hôpital , au prix de quinze mille besants, qu'il apporta à son oncle; Jean d'Ibelin de Jalfa lui remit pareille somme, produit de la vente d'un village faite au Temple. Avec ces ressources, Ibelin avança quelques sommes aux Chypriotes qui avaient le plus perdu dans la déroute ; il donna des chevaux à ceux qui en manquaient

' Scala Tjrriornm. li est hoi*s de toute vrai- d'une excellente carte de la Syrie méridio-

semblance qu*Ibelin se soit hasardé à pour- nale, à qui je fais part de mes observations,

suivre les Impériaux dans les montagnes est entièrement de mon avis,

situées entre le Ras-el-Mecherfé et le Ras-el- * Conlin, de Guill, jie Tjrr, livre XXXIII ,

Abiad, et, par conséquent, il ne parait pas chapitre xxxi, p. 898; Amadi, fol. 116;

possible que le défilé de Passe-Poulain fût en FI. Bustron , fol. 1 47.

ce dernier lieu. Je le place plutôt vers le sud , ' Condn, de Guill. de Tyr, p. 899.

à rentrée du massif qui sépare Tyr de Saint- * Idem, p. 898.

Jean d'Acre. M. le général Callier, auteur ^ Idem, ibid.

Mai 1232. et eorôia de nouveaux hommes d'armes ^ ; il compléta en même temps les rangs de la noblesse, en conseillant le roi de s'attacher, comme liges, plusieurs chevaliers du royaume de Jérusalem et plusieurs étrangers , auxquels on accorda des fiefs dans Tile ^.

Tout ainsi reformé par son intelligente activité, il disposa son départ afin de poursuivre les Impériaux en Chypre. L'armée de Jérusalem restait à Saint- Jean d'Acre. Il n'amenait que les Chypriotes et les hommes ou les soldats enrôlés sur les revenus de l'ile. A en croire les chroniques du pays, disposées à affaiblir ici les chiffres, toute cette armée ne comptait pas plus de deux cent vingt-cinq chevaliers complètement équipés^; ses voiles se composaient des seize salandres impériales prises à Beyrouth, et des vaisseaux génois, qu'accompagnait l'un des consuls de la république, Guillaume de Orto^. Il y avait, en outre, dans la flottille qui portait les Chypriotes et leurs équipements, quelques navires appai*tenant à des Levantins d'origine occidentale, qu'on appelait Poulains, auxquels le roi Henri avait concédé aussi des fiefs, en exigeant d'eux le service militaire sur mer^.

L«»imp^naai Bdrlas et Ic premier corps des Impériaux avaient surpris l'ile de Chypre

ruvahikMnt ....

de nouveau au dépourvu. Hernoul de Giblet avait négligé d'envoyer des approvisionne-

l'île do Chypre. i * i -i i» • i a

ments aux châtelains des forteresses. Dieu-d Amour, notamment, qui, par sa position unique et Thabileté de son capitaine Philippe de Cafran , aurait pu résister longtemps, h condition d'avoir des vivres, donnait les plus grandes inquiétudes ^. A la première sommation , Cérines çt Kantara s'étaient rendus aux bailes. Nicosie, qui n'avait alors pour toute défense que le fort intérieur bâti par les premiers rois, n'opposa aucune résistance. Les familles des chevaliers partis avec Ibelin se réfugièrent dans les châteaux; beaucoup, chassées des églises et des couvents où eUes avaient demandé reiuge, furent contraintes de chercher un asile dans la campagne ou de se cacher dans les bois ''. Hernoul de Giblet se renferma dans Dieu-d' Amour , avec les deux sœurs aînées du roi , Marie, unie Tannée suivante à Gautier le Grand, comte de Brienne, et Isabelle, dont nous avons vu le mariage avec Henri d'Antioche, projeté, repris et ajourné, par les calculs de Boémond IV ^.

* Contin, de Gaill. de Tyr, p. 398, 899; ^ Idem, fol. 118.

Amadi , fol. 117. ^ Contin. de GuilL de Tyr, p. 899; Amadi .

* Contin. de Guxll, de Tyr, p. 899 ; Amadi , foi. 1 1 5 ; FI. Bustron. fol. 116, 118. ^ Amadi, foi. 11 5.

^ Idem, foi. 1 1 9 ; FI. Dusiron . fol 1 à 1 . ^ ^ Contin. de GailL de Tyr, p. 899. ( Yoy. ci-

^ Amadi, fol. 130. dessus, p. 275.)

Page 1