LIVRE I, CHAPITRE XL
Le château de Buffavent dut son salut au courage de la femme de Balian Mai-jnin 1232. dlbelin, Échive de Montbéliard, fille de Tancien régent de Chypre, sons Hugues P^ Échive s'était retirée dans la maison de THôpital , dès Tarrivée des Impériaux. En voyant Barlas maître de Nicosie, elle sortit de son refuge sous des habits de franciscain , et se rendit à Buffavent, où c>ommandait un vieux chevalier royaliste , nommé Gérard de Couches ^. Elle détermina le châtelain à fermer ses porte$; elle réunit des vivres, elle recruta des hommes dans la campagne, et organisa si bien la défense, que ni les troupes d'Amaury Barlas, ni Richard Fiiangier, qui passa dans Tiie en apprenant les apprêts des Chypriotes à Saint-Jean d'Acre, ne voulurent entreprendre le siège du château. A Texception de Dieu-d' Amour et de Buffavent, Tlle entière obéit bientôt au maréchal ^. Il accumula une grande quantité d'approvisionnements dans le château de Cérines, dont il fit sa place de réserve; il envoya une partie de ses galères stationner à Paphos, et vint s'établir avec son armée à Famagouste, où il pensait qu'aborderait Ibelin '.
Ch^re.
Les Chypriotes s'embarquèrent à Saint Jean d'Acre, le trentième jour de ]beiin pounuii mai, fête de la Pentecôte*. Ibelin avait donné rendez-vous à ses deux enfants, ^ "^p*"*'" Balian et Jean de Foggia, sur les côtes de Chypre, à la pointe de la Grée ou de la Grecque, le Pedalion Acra, vaste promontoire qui s'avance entre les golfes de Famagouste et de Larnaca, et sur lequel parait avoir été le port de LeacoUa, où Démétrius Poliorcète battit Ptolémée Lagus. Balian d'Ibelin, demeuré dans les environs de Tripoli , devait conduire en Chypre quelques nouvelles voiles génoises ; Jean ramenait l'excédant de la garnison de Beyrouth , qui n'avait plus rien à craindre^. Ses ^forces réunies, Ibelin, informé de la position du maréchal , remonta vers Famagouste. Il était impatient de joindre les Lombards , et de prendre une revanche ^e Casal-Imbert. Les chroniques locales ont rappelé ou imaginé des circonstances qui attestent la confiance des chefs royalistes en ce moment. Un écuyer demandait à l'éclaireur envoyé à la découverte sur le cap quel pouvait être le nombre des Impériaux, Ibelin, sans lui donner le temps de parler, aurait répondu : « Il nous suffit de savoir « où ils sont, la victoire est à nous^. »
Comme les côtes de la baie de Famagouste se couvraient de troupes, il
^ Amadi, foi. 11 5. ^ Contin, de GmU. de Tyr, liv. XXXIII,
* Conûiu de GuilL de Tjr, p. 399. chap. xxxiv, p. 4oo.
' Idem, liv. XXXIII , chap. luxiv» p. 4oo ; * Amadi , fol. 1 1 8 ; FI. Bustron . fol. 1 5 1 .
Amadi, fol. 116, 118. ^ Amadi, fol. 118; Fi. Buatron,fol. i5i.
Juin 1232. atterrit à un îlot vers le sud de ia ville, et fit immédiatement occuper, mal gré la vive résistance de Tennemi , un passage étroit par où Ton peut gagner le rivage, quand les eaux sont basses. Tout semblait annoncer une bataille pour le lendemain, au moment où les Chypriotes voudraient prendre terre. 11 n'en fut rien. Quelques hommes de la flotte, ayant, pendant la nuit, pénétré ^sur des barques au milieu du port, s'avancèrent jusqu'au quai, sans trouver d'empêchement, et entrèrent dans la ville en criant: Vive le roi H^nri / Filangier, persuadé qu'Ibelin avait opéré son débarquement, et ne voulant pas engager le combat, se retira avant le jour vers Nicosie, en mettant le feu à ses navires. L'armée royale occupa le jour même Famagoaste, sans coup férir. La tour de la marine, où était resté un corps de défense, capitula immédiatement; Kantara, le château de l'est le plus éloigné de la ligne des Impériaux, et subordonné d'ordinaire avec tout le Karpas au sort de Famagouste, ne put résister. Philippe de Navarre détermina trois des Chypriotes qui s'y trouvaient à venir, au nom de la garnison, faire leur soumission au roi ^
10 jaio 1232. Avant de^e séparer des capitaines génois, Ibelin voulut étendre à nie de Origine Chypre les avantages qu'il avait accordés, dans sa seigneurie, aux gens de
descoDsuhls * .
et des leur pays , ses plus tidèles auxiliaires ^. •o Chypre. Chypre n'était encore qu'une des stations secondaires du commerce de
l'Europe avec la Syrie. Tant qu'il resta quelque partie du royaume de Jérusalem au pouvoir des Francs; tant que le pavillon chrétien flotta sur les murs de Tyr, de Tripoli, de Beyrouth, de Saint-Jean d'Acre, les marchands occidentaux firent de préférence leur commerce sur la côte. Les consuls entretenus par eux en Syrie avaient sous leur juridiction les armateurs et les matelots qui fréquentaient l'ile de Chypre et la petite Arménie; les consuls temporaires envoyés en ces pays étaient même subordonnés aux premiers, comme les simples consuls relèvent, de nos jours, des consuls généraux'. Les Amalfitains, les Pisans, les Génois, les Vénitiens, les Provençaux, et peut-être les Catalans, faisaient tous le commerce à Limassol, à peu près dans ces mêmes conditions. Us n'avaient en Chypre que des établissements et des marchands isolés, en relations plus ou moins dépendantes de ceux du royaume de Jérusalem.
Un privilège royal, dressé à Famagouste, le lo juin i232, en présence
' Amadi .foi. i 20; Fi. Bustron , fol. 1 53. ^ Voy. les observations sur ce traité, Hist.
^ nUt. de Chypre, t. II , p. 43. de Chypre, t. II, p. 5i, not. 3.