‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 156 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE XI

des deux consuls génois de Syrie et des seigneurs de la haute cour, constitua J»»» 1232. la nationalité génoise dans le royaume de Chypre, et lui donna les moyens de développer son commerce sur tous les points de Tile, en correspondant directement avec Gènes ^. On accorda aux sujets et aux protégés de la republique le droit de faire juger par leurs propres consuls, résidant en Chypre, et suivant les lois de Gènes, toutes leurs aiTaires commerciales et civiles. Les délits et les crimes même, à Texception de quelques cas extrêmes, comme rhomicide, la trahison et le vol, réservés à la justice du pays , et jugés par la cour des bourgeois, appartinrent aux consuls nommés par la république^. Les Génois furent exemptés de toute espèce de taxe de douanes et de navi> gation pour leurs marchandises, tant à Tentrée qu'à la sortie de Tile'. On leur donna des maisons et des terrains , pour établir leurs entrepôts et leurs consulats, dans les quatre grandes villes du royaume, Nicosie, Famagouste, Limassol et Paphos. On y ajouta enfin un village en toute propriété, ^t le droit d'avoir un bain particulier, précaution destinée à prévenir des contestations avec les autres étrangers et avec les gens du pays , pour qui Tusage des bains est d'une absolue et habituelle nécessité ^.

Des traités postérieurs développèrent sur quelques points les avantages accordés alors à la nation génoise. Mais le privilège du roi Henri fut toujours invoqué dans les relations de la république avec les rois de Chypre, conrnae le fondement de ses droits et Torigine de la position exceptionnellement favorisée que ses nationaux eurent longtemps dans le royaume. Nul ne pouvait prévoir alors que ces faveurs seraient précisément Foccasion de la perte de Famagouste et de la ruine des rois de Chypre.

Marche de Filanffier

dt nie.

En quittant les côtes où sont encore les ruines de la nouvelle Salamine,

de f ilangier

le maréchal de l'empereur s'était dirigé vers Nicosie* Son passage à travers la da.trint&e«r Messorée fut marqué par une trace de cendres et de ruines. Il incendia les moissons qui couvraient ces champs inmienses, grenier habituel de l'ile; il renversa les cabanes des paysans. Il détacha une compagnie, qui alla briser les moulins du torrent de Kythrea; il détruisit les moulins à bras de Nicosie^. Ces dévastations n'empêchèrent pas les approvisionnements d'Ibelin et nuisirent à la cause impériale, en indisposant les populations de la campagne, dont les récoltes étaient ravagées. A de tels actes, disent les anciennes chro-

* Voy. nos preuves, Hist, de Chypre, t. II , p. 5 1 ; cf. Amadi , fol. 1 20-1 2 1 .

* Art. 1*' du privilège.

' Art. 2.

* An. 3-8.

^ Amadi , fol. 1 2 1 ; FI. Bustron , fol. 1 53.

jminiius. niques, on voyait bien le peu d'espoir qu'avaient les Lombards d'hêtre jamais paisibles souverains de Tile.

Filangier ne s'arrêta pas longtemps à Nicosie, dans la crainte d'être devancé par Ibelin vers son port de refuge. H partit précipitamment, laissant derrière lui des magasins de vivres ^, et vint se poster en observation à l'entrée du défilé profond qui conduit de Nicosie à Cérines, à travers ia chaîne du Saint-Hilarion , pour en interdire le passage aux Chypriotes.

Le sire de Beyrouth et le roi Henri s'approchèrent à petites journées de la capitale. Etonné de trouver des approvisionnements dans la ville, Ibelin n'y laissa pas séjourner l'armée, s'attendant à quelque surprise. Le jour même de leur arrivée, le lundi 1 4 juin, il alla dresser ses tentes, sur le soir, à une demi -heure au nord de Nicosie, près des jardins de Trakona-, redoublant de surveillance. Il n'était plus éloigné des Impériaux que de trois petites lieues.

i5jQin]232. Du point où se trouvaient les Chypriotes au lieu où campaient les Lom- DUposiiioDs bards, la plaine de Nicosie, qui n'est qu'une continuation de la Messorée,

uuuied'Agridi. s'étend encore pendant une heure vers le nord ; puis le terrain s'élève peu à peu et forme la base de la chaîne de montagnes qui court parallèlement à la mer de Caramanie, depuis Kormakiti jusqu'au Karpas. Entre les villages de Dikomo et d'Agridi, plus près de ce dernier, se trouve l'entrée principale de la goige qu'occupait le maréchal. L'armée impériale était établie au delà du village d'Agridi , en avant des chemins qui se détachent du fcmd de la vallée, pour conduire au château de Dieu-d' Amour.

En comprenant touUce qu'il avait de chevaliers allemands et italiens, de cavaliers de Tripoli et d'Arménie, ou de turcopliers de Chypre, le maréchal, d'après TévaluatioCi de ses ennemis, réunissait environ deux mille chevaux. Dans la cavalerie royale, il y aurait eu seulement deux cent trente*trois

chevaliers, réduits presque tous à n'avoir qu'un cheval, ce qui les obligeait à porter leurs armures suspendues à l'arçon de leur selle, quand ils n'étaient pas en présence de l'ennemi ^. On ne connaît pas le nombre des piétons des deux camps; mais on sait qu'il y avait parmi les Chypriotes un corps de sergents à pied qui rendit de grands services dans l'action.

^ Amadi, fol. las; FI. Bustron, foi. i54. ^ Amadi, foi. 119; Fi. Bvfltron, fol. i5i.

' ConXin, de Guill, de Tyr» p. &00; cf. « Gonvenivagli portar ie arme in ii ardooi.

Amadi, fol. lat ; Fi. Bustron, fol. i54. «se n«n volevano caminar sempre armali.*

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